‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 54 sur 149 · LES OISEAUX DE PROIE · texte numérisé non relu

LES OISEAUX DE PROIE

lièrement des oiseaux. Les devins ne sont que les interprètes de leurs prédictions. Si donc les oiseaux nous

indiquent par des signes tout ce que Dieu leur a révélé, il suit de là qu'ils sont dans une intimité plus étroite que nous avec la divinité, nous passent en cette science et sont plus chers à Dieu que nous*. » Porphyre dit, presque dans les mêmes termes, que les oiseaux comprennent, plus vite que les hommes, la volonté silencieuse des dieux*.

La vocation toute spéciale des oiseaux pour le rôle de révélateurs n'a donc jamais été mise en doute par l'opinion générale dans le monde gréco-romain.

Mais tous les oiseaux ne sont pas également aptes à fournir des présages. Les plus grands, les plus forts, les plus intelligents et en même temps ceux qui doivent à leurs habitudes solitaires une individualité plus caractérisée, les oiseaux de proie, ont été choisis de préférence comme sujets d'observation par les devins de l'antiquité. C'est à ceux-là que s'appliquait d'abord exclusivement le nom d'oiônoSj « oiseau solitaire^ » ou oiseau à présages. Aux avantages physiques qui les recommandaient à l'attention, les oiseaux carnivores joignaient une aptitude toute particulière à la divination. On trouve, dans les croyances mal systématisées de la Grèce, des traces d'une foi tout orientale aux vertus magiques du sang versé. On voit les âmes des morts recouvrer la mémoire et le don de prophétie en buvant le sang des victimes ; certaines recettes employaient des mixtures sanglantes pour créer des animaux prophétiques qu'il suffisait d'avaler ensuite pour s'incorporer la faculté divinatoire*. Le rôle que jouait le foie dans l'extispicine l'ayant fait considérer comme un organe

1)Cels. ap. OuiGEN. Contra Cels., IV, 88. —2) Porphyr. De abslin,, l\l, 5. — 3)Oîa)v6ç de oToç, d'après Schœuann, Griechisclie Alterthûmer, U^, p. 272. G. CcRTitJs, Griech. EtymologiCf I, p. 359, dérive o?wv65 de ôFt = avis, Voy. û-dessas l'étymologie platonicienne (de oî/,aiç) — 4) Voy., dans l'introducUon, les idées attribuées à Démocrite et à Porphyre. Cf. Philostr. Vit. ApolL I,

doué d^une vertu prophétique, on prétendit que cette vertu pouvait se communiquer par le même moyen. Qui sait même si Hésiode n'a pas tenu compte de cette croyance en appliquant à Prométhée le supplice de Tityos ? Dans la tragédie d'Eschyle, c'est au moment où le Titan se vante de posséder un secret inconnu de Zeus que celui-ci se décide à déchsumer sur son rival vaincu l'aigle dévorant chargé de le punir et peut-être de lui arracher, avec le foie, le secret qui doit y avoir laissé sa trace.

Les oiseaux de proie, qui vivent de carnage et qui souvent pouvaient goûter même aux entrailles fatidiques des victimes, suivaient donc un régime éminemment propre à développer eu eux, sinon la connaissance, au moins l'instinct des choses de l'avenir. Cette prédisposition, qui devient tout à fait inutile si Ton admet que les animaux sont réduits au rôle d'instruments providentiels, a dû avoir sa valeur à une époque où la divination conjecturale n'était pas attachée, par une logique aussi serrée, à la mantique par inspiration. Aussi les oiseaux à présages (^viec< (aovtixoC, xp^Mp^oO* furent choisis à peu près exclusivement parmi les carnassiers, et les théories raisonnées qui reconnurent à la Providence le droit de choisir à son gré ses instruments ne firent guère entrer de recrues nouvelles dans ce groupe privilégié. Le terme o2o)v<Sc, dans son acception moyenne, désigne donc à la fois l'oiseau de proie et l'oiseau mantique*.

Mais l'usage étendit à plaisir le sens de ce mot. On le transporta d'abord, par métonymie, de l'agent à l'acte, de l'oiseau au présage, puis, une généralisation qui s'explique parla vogue de l'art augurai fit de om^ l'équivalent de « présage » en général, et appliqua ce terme même aux indications

20; m, 9. [On voit déjà, dans un hymne homérique (AdMercur,^ 522. o63), les Thries acquérir la faculté prophétique en mangeant des rayons de mieU] — DiEscHTL. Sept.adTheb,^^o. —2) V. Suidas, s. v, Oî«vo(.

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fournies par d'autres modes de divination. Les Romains en firent autant du mot auspicium\ L'instinct populaire était si prompt à suivre la pente de l'analogie que, la distinction encore maintenue par Homère entre oîcuviSç et «pvtç s'étant effacée, le sens d'«pviç s'étendit de la même manière et par le même procédé. « Pour vous, dit Aristophane aux Athéniens de son temps, vous donnez le nom d'^pviç (oiseau) à tous les signes qui annoncent l'avenir. Pour vous, une parole est un oiseau, vous appelez oiseau un éternuement, oiseau une rencontre, oiseau un bruit inconnu ; un esclave est un oiseau, un âne est un oiseau*. »

En dépit des érudits et des grammairiens qui, le plus souvent, ajoutent à la confusion sous prétexte de préciser le sens des mots', la divination par les oiseaux ou augurale fut désignée indifféremment par les termes dérivés d'oiwv6ç et d'^pvtç*.

L'ornithomancie apparaît toute constituée dans Homère. Elle est pratiquée avec une habileté infaillible par Calchas, Hélénos, Halithersès, comme elle l'a été dans l'âge précédent par Mélampus, Amphiaraos et Tirésias. Lorsque les Grecs se demandèrent d'où leur était venu cet art, ils eurent recours, comme d'ordinaire, aux origines mythi«iues. L'inventeur de l'ornithomancie est tantôt Parnassos, fils de Poséidon*, tantôt l'auteur de toute civilisation, Prométhée*. On

1) Voy., aa vol. IV, la Divination romaine, — 2) Abistoph. Aves, 719 sqq. — • 3) Hesychios, par exemple, fait de oltù^àç le synonyme de ^t(. Suidas explique comme il soit Voionistique : oiov, c? Iv Tfi ar^yT] lfi^r\ foX^, ^ fi^iç^ T6oe -Cl 0T{(iLa(vsi. On voit même, par abus de Tanalogie, nxipov = oltunàç = auspicium = imperium. — 4) On l'appelait (te^vv)) oZcoviotixiJ, ou o2(i>vixi{, olunooKOTila, ouavojiaviefa, dpvi6o(JLavTe{ay dpvi0o9XO3c{a, dpveofAovTsfay opveooxonla, 9^( dix' o2(Dv<5v, oi(i>v(a[A>, olii)^v9\k6ç, et ceux qui l'exerçaient prenaient le titre d'oiu)vo7c6Xo(, o{(ovo(LàvTei(, o2(i>vi(tt2(, o2u}vi9-n{pE(, oi(dvo9x67:o(, 6pvi0o(&dvtetc, 6pv(0oox6icot, ôpviOoxpCiat, épveoox^ffoi, dpveo|iivTEi( et même oîcovoO^iat. Lés termes les plos usités sont : oîwvoC = auspieia; o{b)voaxoK{a = disciplina auguralis; o2byvo<ix6i;oi = augures. — 5). Pausan., X, 5, 5. — 6) iEsceYL. Prometh.y 486 sqq.

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pensa peut-être aussi aux Centaures, parmi lesquels on rencontre un certain Orneios'. Des érudits moins faciles à contenter faisaient venir cette méthode de la Phrygie" et même de l'Arabie». Pline l'attribue à Tirésias, ou à Car le Phrygien*. C'est en Phrygie qu'à l'époque de la décadence, on allait chercher les saines traditions de l'art augurai*. Des compilateurs maladroits, supprimant en quelque sorte toute l'histoire homérique, faisaient honneur de cette trouvaille à Telegonos, fils d'Ulysse, soi-disant auteurd'un ouvrage sur la matière*.

L'ornithoscopie divinatoire, une fois systématisée, dut fixer peu à peu la liste ou canon des oiseaux fatidiques, pour en limiter le nombre et déterminer aussi quels étaient ceux de leurs actes qui pouvaient fournir matière à conjectures. Il fallait, en eflFet, se borner, et déjà les devins homériques l'avaient compris. « Beaucoup d'oiseaux volent sous le regard du soleil, dit un héros de VOdyssée, mais tous ne portent pas de présages\ De même pour ce qui concerne les détails de l'observation. « Les» habitudes des oiseaux sont si nombreuses, dit Porphyre, leurs cris si divers que les ornithoscopes euxmêmes n'en observent qu'une partie". »

Le choix entre les diverses espèces s'est fait par habitude plutôt qu'en vertu d'une raison théorique. Chaque dieu ayant son oiseau% on n'aurait dû exclure du canon ornithoscopique que les volatiles non attribués à une divinité**, à supposer

\) Ovic. Metam.^t XII, 302. — 2) Clesi. Albx. Stromat., I, p. 361. Grex;or. Nazianz. Adv. Julian.y Oral. I, p. iOO. Suida?, s. t. Oîwviaxtx/jV. — 3) Appian. Pragm.y ap. Miller, Revue Archéol. Noav. série. XIX, p. \02, sqq. Theo- DORET. Grxc. aff, cur., I, p. 467. Les Arabes passaient pour entendre le langage des oiseaux, surtout des corbeaux. (Philostrat. Vit. Apoll.s I, 20. For- PHYR. DeAbsHn., Ifï, 4.) — 4)Plin., VII, 56, 203. — 5) V.Ctprian. ap. BoJland. ih. PtiiLLEKj Ausgew, AufsHtze^ p. 280). — 6) Suidas, loccit. — 7)Hom. Odyss.^ Il, 182. Les oiseaux insignifiants étaient dits dbS(i6oXo(, diéx[AapTo(, ^XfOiou — 8) PoRPHYH. De Abslin.y III, 4. — 9) Plutarch. Quœst. rom.^ 2i. — 10) La Iperdrix était peut-être seule dans ce cas : elle ayait, on ne sait pourquoi, une

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