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grande à réternuement, qui a été observé dès le temps d'Homère. Au moment où Pénélope fait des vœux pour le retour d'Ulysse et la punition des prétendants, « Télémaque fait entendre un éternuement terrible; la maison entière en retentit. Pénélope rit et dit rapidement à Eumée : « Cours, « fais-moi venir cet hôte en ma présence; ne vois-tu pas que <c mon fils vient d'étornuor comme j'achevais mes paroles? « Ainsi donc, la mort serait près de tous les prétendants'. » Éternuer sur quelqu'un ^isinTalpeiv) signifia depuis lors, dans la langue paitique, lui porter bonheur*. Tout le monde n'était pas de cet avis pourtant, comme en témoigne l'apostrophe : Zcu (T(â9ov, par laquelle on cherchait immédiatement à détourner, ou de l'éternuant ou de soi-même et des autres assistants, l'effet du présage». « Nous nous affligeons lorsque quelqu'un éternue,» dit un personnage de Ménandre*.
Il y avait un moyen d'accorder les deux opinions: c'était de distinguer entre l'éternuement entendu à droite et l'éternuement entendu à gauche. C'est ce que l'on fit"; mais le procédé n'était guère applicable, car il conduisait à des conjectures insoutenables. Un homme placé entre deux autres aurait, en éternuant, porté bonheur à l'un de ses voisins et malheur à l'autre. Un éternuement au milieu d'une réunion aurait eu un sens difficile à apprécier. Enfin, on ne peut pas appliquer la détermination dans l'espace à l'éternuement dont le présage regarde l'éternuant lui-même. On dut, par conséquent, adopter suivant les cas les deux modes d'interprétatioli, tantôt accordant à l'éternuement une valeur prophétique intrinsèque, tantôt faisant dépendre cette valeur de sa position dans l'espace, par rapport à celui qui l'obsene.
{) IIoM. Odjjss.^XyU, 5H sqq. (trad. P. Gi-uct.) Cf. Xenoph. Anab., Ilf, 2, 5. — 2) TttEocR. IdylL, VII, 96; XVIIÏ, 16. — 3) Anthol. Palat., XI, 268. Olympiod. ad Plat., Phadon., p. 30. Cf. Plin., XXVIII, 2, 5. — 4) Mex. ap. Stob. Sermon.^ XCVIII, 8. — 5) Plut. Themist., 13. Cf. Xenoph. Ànab.^ Ilf, 2, îi. PoLYA£N. Slraleg., HI, 102.
ETERNUEMENT FATIDIQUE 163
Ce phénomène physiologique, dont Aristote n'a pas dédaigné de s'occuper', a pu prendre un sens fâcheux pour des motifs rationnels, s'il est vrai qu'on le regarda comme le prodrome de maladies graves; mais le sens heureux qu'il avait à l'origine est plus fondé au point de vue religieux. C'est là, en effet, une croyance qui doit dater de l'enfance de l'humanité et il est probable qu'on en trouverait la véritable explication chez les peuples restés aujourd'hui à l'état d'enfance. Or, une théorie naïve rencontrée chez les Zoulous d'Afrique rendrait assez bien compte de l'éternuement heureux, tel que l'entendait Pénélope. Ce spasme involontaire serait l'effet du chatouillement produit sur les fosses nasales par un esprit qui entre à ce moment dans la poitrine, mêlé à Tair respirable. L'esprit, ordinairement l'âme d'un ancêtre, est un auxiliaire, un conseiller bienveillant qui annonce ainsi son arrivée*. Quelque tradition analogue* avait sans doute servi de première assise à ce fragile échafaudage de conjectures divinatoires que la foi en la Providence protégea pourtant toujours contre les dédains de la raison. On se rappelait encore vaguement, dans l'âge historique, que l'éternuement indiquait l'arrivée d'un être surnaturel. Lorsque les soldais de Xénophon, après une harangue de leur chef, entendent un des leurs eternuer, « d'un seul mouvement, ils s'inclinent tous devant le dieu*. >
Est-il nécessaire d'ajouter que la divination physiologique prêtait au ridicule, même dans l'antiquité, et qu'avant Aristophane, un aède homérique en avait fait déjà la caricature î Comme Apollon emportait dans ses bras le jeune Hermès qui lui avait volé ses bœufs, « celui-ci fit partir un présage (oîojvôv), misérable mercenaire de son ventre, impertinent mes-
i) Aristot. Problem.^ XXXHI, 7. — 2) Voy. Revue britannique (1876\ t. VI, p. 312. — 3) Une légende, dont je n'ai pu vérifier Torigine, vouloit que le premier homme eùtéternué lorsque Promélhée lui fit a:>pirer son âi.e. (MoKiN, op. c/^, p. 326.) — 4) Xenoph. Anàb., IH, 2, 5.
sager, et, aussitôt après, il éternua*. » C'est sur un présage de cette nature, entendu à droite, que compte le charcutier d'Aristophane*. Nous ne voulons pas, comme tel de nos devanciers, inscrire sérieusement cette parodie burlesque au nombre des méthodes divinatoires. Il n*y a rien là de commun avec une inspiration quelconque.
Il ne manquait pas de théories savantes pour faire contrepoids à ces plaisanteries. Certaines gens couvraient la ptarmoscopie du grand nomdeSocrate dontle démon n'aurait été, à les entendre, qu'un éternuement, soit de Socrate lui-même, soit d'autres*. Les astrologues dressaient des tables d'oternuements diflférenciés suivant la position de la lune, Theure du jour ou de la nuit, le sexe de la personne, le nombre, la succession ou la simultanéité des signes observés. Enfin, Olympiodore voulut bien assimiler Téternuement à l'extase, c'està-dire qu'il en fît, ou peu s'en faut, une marque de sainteté*.
Les tintements d'oreilles avaient déjà dans l'antiquité le sens qu'ils ont gardé depuis. On croyait être averti par là à distance qu'on était au même instant, quelque part, un sujet de conversation*. Les pythagoriciens croyaient y reconnaître, dit-on, la voix des génies'.
Il est inutile d'ouvrir un chapitre à part pour tous les heurts ou soubresauts du corps, dans lesquels les gens superstitieux se plaisaient à voir des avertissements providentiels; pied trébuchant contre un obstacle, courroie rompue, etc. Comme le dit Cicéron^ la logique défend de faire un triage dans les superstitions et qui admet l'une est désarmé contre l'autre ; mais le dénombrement de ces mille riens, qui vont
\) Hymn. Hom. m Mcrcur,, 29o-297. — 2) Aristoph. Equit,^ 638 sqq. — 3) Pll't. Gen, Socr,, il. — 4) Olympiod., ap. Casaub. ad Alhen. Deipnos, H, § 72. Cette exta*e tuerait bien vite « la bote, » à laquelle on s'empresse de crier : Zffii {vis). — 5) Plin., XXVIII, 2, 24. Lucian. Dial. merelr., lï, 2. Anthol. Plancd , I, 19, 5. — 6) iEuAN. Var. /^'5^, IV, 17. Cic. Divin.y I, 4o. — - 7) Cic. Divin. ^ II, 40.