‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 106 sur 152 · PROBLÈME POSE PAR L'ASTROLOOIE · texte numérisé non relu

PROBLÈME POSE PAR L'ASTROLOOIE

duise la tâche de Tastrologue à sa plus simple expression; qu'on écarte toute discussion relative à la valeur des influences astrales et à Tefifet qu'elles peuvent produire sur un organisme terrestre; il reste toujours, en définitive, à déterminer la résultante d'un grand nombre d'actions diverses d'intensité et susceptibles de s'altérer par influence réciproque, à peu près semblables aux attractions dans la théorie newtonienne. Or, le calculateur le plus acharné ne pourrait épuiser la série des combinaisons ainsi formées par cette réciprocité d'énergies toujours agissantes, logées dans des corps mobiles. Les astrologues cherchaient, il est vrai, à simplifier la question en étudiant le ciel conçu comme immobile, fixé au moment indivisible de Thoroscope. Mais, -même allégé de ce grave embarras, le problème dépassait les forces humaines et il fallait bien le calculer avec l'imagination.

Les Grecs ont cherché à éliminer, autant que possible, les irrégularités capricieuses qui ne pouvaient se ramener à un principe simple. Mais ils étaient obligés de s'incliner devant leurs maîtres, et n'avaient rien à objecter contre des faits qu'on disait tant de fois constatés. En d'autres temps, leur raison si lucide se fût peut-être révoltée, soutenue par leur amour-propre national; mais l'astrologie vint les surprendre au moment oîi, avec la liberté, ils avaient perdu le sentiment de leur supériorité sur les Barbares et où le conflit des opinions philosophiques avait enlevé quelque chose à l'autorité de la raison elle-même. Déjà, du reste, la philosophie, préoccupée de la toute-puissance divine, préparait les esprits à accepter des doctrines fatalistes que l'antique polythéisme eûténergiquement repoussées. Le panthéisme stoïcien surtout, avec sa théorie de la solidarité absolue detoutesles parties du monde, avait déjà accueilli les principes de l'astrologie. Des gens aux yeux desquels un doigt remué modifie l'équilibre de tout l'u-

nivers ne pouvaient refuser la prépotence aux astres dont, au reste, le platonisme, habile à rajeunir d'anciens mythes, avait déjà fait des dieux. Le stoïcisme, dont le fondateur est né sur un sol à demi-phénicien, a pris sa forme définitive sous Pinfluence du fatalisme chaldéen*. L'astrologie, au commencement du ni« siècle avant notre ère, avait chance de trouver bon accueil partout, sauf peut-être en Arcadie, où la vieille foi survivait encore t,et dans le jardin d'Épicure, d'où le maître avait banni tout ce qui menace la liberté et met en péril la paix de l'âme.

Aussi Taccueil fut-il enthousiaste. Le prêtre babylonien Bérose devint le héros du jour. Les Athéniens lui élevèrent, dans le gymnase de leur cité, une statue dont la langue était dorée, « à cause de ses divines prédictions •. » En même temps, rÉgj'ptien Manéthon, de Sébennytos, mettait en circulation les thoories de l'astrologie égyptienne, qui ajouta encore à Tespèce de fascination produite par le prophète chaldéen. Depuis lors, la divination astrologique ne rencontre plus guère d'incrédules. Les écoles philosophiques, surtout le Portique, l'accueillirent comme une auxiliaire et la défendirent contre les rares protestations des épicuriens et des sceptiques. Sa cause s'identifia peu à peu avec celle du sentiment religieux en général, parce qu'elle faisait ressortir, avec une énergie singulière, la dépendance de l'homme vis-à-vis des dieux. On eût dit même que l'astrologie trouvait sa justification jusque dans les noms les plus révérés de la mythologie. Les antiques Mœres furent identifiées tout naturellement, par un jeu de mots ingénieux, avec les degrés (uorpai) du cercle,

i) Le stoïcisme a déduit rigoureasement sa palingénésie des principes astrologiques d'après lesquels il est évident que chaque » grande année » doit reproduire la précédente. Voy., dans F Introduction, Texposé des idées stoïciennes et le nMe de Posidonius, multum asirologiap dedilus. (Aug. Civ. Dej\ V, 2.) — 2) LuciAN. Astrol., 20. — 3) Plin., Vil, 37, 123.

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Il serait intéressant de rechercher la trace des corrections que Tesprit grec fit nécessairement subir aux principes de l'astrologie, dans le cours des siècles. Ni en Chaldée, ni en Egypte, cette science n'avait subi l'épreuve de la discussion; elle y était la propriété d'une caste et demeurait un mystère pour les autres. En Grèce, au contraire, il n'y avait pas de question réservée, et les astrologues ont dû, dans l'intérêt même de leur industrie, tenir compte des objections qui leur étaient faites.

Aussi, je croirais volontiers que l'astrologie a été obligée par la dialectique des Grecs à étendre jusqu'aux plus humbles les influences astrales qu'elle réservait jusque-là* pour les puissants. On dit qu'en Chaldée elle s'occupait même des morts et, en Egypte, des animaux; mais les morts pouvaient être des personnages illustres, et les animaux plus que des hommes*. En Grèce, l'astrologie se déclare faite pour tous, et la destinée du plus obscur tâcheron est réglée par les corps célestes, au même titre que celle des rois et des empires.

Les astrologues durent prendre aussi en considération une conséquence tirée de leurs propres principes. Si la destinée se frappe, pour ainsi dire, en un instant, pourquoi cet instant serait-il celui de la naissance plutôt que celui de la conception? Le moment oîi commence réellement la vie n'est-il pas autrement décisif que celui où l'enfant commence à respirer? Un certain Achinapolus, d'ailleurs inconnu, mais postérieur à Bérose, se décida à tirer l'horoscope des conceptions*. Le moment de la conception ne pou-

i) Li destinée des animaux doit être déterminée par les astres au même titre que tout le reste, et les astrologues n'avaient garde d'y contredire. On essayait toutefois leur pénétration en leur apportant des thèmes de génilure dressés pour des animaux, sans les prévenir de la qualité du Client. Les horoscopes des chiens étaient particulièrement à la mode. (Aug. Civ, Dei^ V, 7.) — - 2) ViTRUV., IX, 6. Un système éclectique supposait que le moment de la conception était décisif pour la santé physique, celui de la naissance pour les autres éléments de l'existence. (Augustin. Civ. Dci\ V, 5.)

vant guère être déterminé que par celui de la naissance, il fallut une théorie qui permît de remonter de celle-ci à celle-là. L'astrologie élabora celle que nous a conservée Censorinus et qui est fondée sur les aspects du soleil*. Le soleil étant le principe de la vie, c'est lui qui fait mûrir le fruit dans le sein de la mère ; mais il n'agit efficacement que suivant les aspects et l'opposition diamétrale. En s'éloignant du lieu qu'il occupait lors de la conception, il se trouve, au bout de deux mois, en aspect sextil, d'influence encore faible ou nulle; au bout de trois mois, en aspect quadrat et, à partir du cinquième mois, en aspect trigone. Au sixième mois, son influence est nulle, parce que la corde sous-tendue n'est le côté d'aucun polygone régulier. Au septième mois, arrivé en opposition diamétrale, il agit avec énergie et peut même achever son œuvre. L'enfant peut naître alors, « suivant le diamètre.» Si le fœtus n'est pas mûr, le soleil l'amène à terme au neuvième mois, m suivant le trigone, » ou au dixième, « suivant le tétragone. » Les partisans de l'aspect sextil admettaient même la possibilité de naissances suivant oet aspect, c'est-à-dire, au onzième mois.

L'astrologie invoquait ainsi, à l'appui d'une doctrine conçue a prioi% certains faits physiologiques généralement acceptés qui , expliqués par elle, devenaient autant de témoignages en faveur de sa véracité. Armés de cette théorie, les imitateurs d'Achinapolus purent déterminer avec une exactitude suffisante le moment de la conception.

En disant exactitude suffisante, nous nous plaçons au point de vue des astrologues, car la dialectique serrée des Grecs ne fut jamais satisfaite de leurs eflbrts. L'astrologie se trouvait enfermée dans un dilemme d'où elle ne pouvait sortir à son honneur. D'un côté, pour expliquer les différences qui se révélaient entre des destinées identiques en apparence, par

I ) Censorin. De die natali^ 8.

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