CONDITIONS PHYSIOLOGIQUES
oairocritiques de profession enseignent que les fumées de la ripaille empêchent de voir la vérité, même le matin.
C'est sans doute là qu'il faut chercher la raison de certaines observations pythagoriciennes. Pythagore, disciple des Égyptiens, attachait une grande importance aux révélations oniromantiques, et il légua cette foi à son école. Le moins soumis peut-être de ses sectateurs, Épicharme, pensait là-dessus comme le maître*. Or, la fève passait pour donner des rêves faux et pour défigurer les vrais. De là, selon Popinion rapportée par les auteurs les plus sérieux'. Tinterdiction qui excluait ce légume du régime pythagoricien. Dioscoride approuve, comme médecin, cette mesure; et Plutarque défend, pour lo même motif, les poulpes».
La position du corps pendant le sommeil n'était pas non plus indifférente. Il ne fallait pas se coucher sur le dos ni sur le côté droit, parce que, dans cette position, les viscères, et particulièrement le foie, miroir des images révélatrices, se trouvaient foulés*.
L'opinion générale attribuait aussi aux saisons une influence spéciale sur les songes. Cette influence pouvait s'expliquer, sans théorie nouvelle, par le changement de régime qu'elles entraînent, et telle était l'opinion d'Aristote; mais on préférait d'ordinaire des explications moins simples. Ainsi, l'on disait que le printemps laisse aux images toute leur netteté, parce qu'il est comme le matin de Tannée et ouvre les êtres aux effluves du dehors, tandis que l'automne, avec . ses maladies et le resserrement qu'il entraîne, est une saison défavorable. « Or, comme entre les corps et les âmes il existe une sympathie nécessaire, il est immanquable qu'à la suite de Tépaississement des esprits animaux, la vue divinatoire
i) Tbrt. De An,, 46. — 2) Cic. Divin., ï, 30. Apoll. Dysc. Hist. comment..^ 48. PuN., XViif, 12, i i8. Platon, toujours pythagoricien en morale, recommande également la sobriété comme préparation à la révélation oniromantiques (Cic. Dmn.,lf 29.) —3) Plut. QuaesL conv., VUI, 10. —4) Teet. De in., 48.
perde de sa lucidité, comme un miroir terni par le brouillard. Les images qui se forment dans lo cerveau ne conservent plus rien qui soit net, significatif, tant que ces esprits sont compacts, ténébreux et refoulés sur eux-mêmes*. » Démocrite. que combat Tauteur de ce verbiage, s'était donné la peine de justifier par sa théorie des images le préjugé populaire. Les songes sont, à ses yeux, des décalques impalpables des objets qu'ils représentent, semblables de tout point à ceux qui frappent les sens pendant la veille. Non altérées, ces images apportent au cerveau des impressions exactes; déformées par les accidents atmosphériques, ce qui arrive surtout en automne, elles ne procurent que des perceptions trompeuses *.
Étant donné le principe sur lequel repose l'oniromancie, la saine raison ne pouvait qu'approuver des précautions dont le but était d'assurer l'intégrité et la netteté des signes révélateurs. Mais la raison se défendit mal contre des superstitions grossières, empruntées à la magie orientale ou produites spontanément par l'instinct populaire. On crut que certains adjuvants extérieurs, par exemple, une branche de laurier près de la tête, aideraient à obtenir des songes favorables'. Cette recommandation était d'ailleurs contresignée par les spécialistes les plus compétents, tels que Antiphon, Philochore, Artémon, Sérapion d'Ascalon. Ce qui étonne ici, ce n'est pas le fait en lui-même, qui pourrait être exact ; c'est l'inconséquence de gens qui, prédisant l'avenir par les songes, croyaient sans doute modifier l'avenir en modifiant le songe. Un degré plus bas, l'on rencontre les amulettes, les formules magiques qui ont le pouvoir de procurer des songes véridiques et de faire que l'on s'en souvienne au réveil. Une de ces amulettes porte gravée une adjuration en langue grecque « au maître de l'opinion et des oracles (?) pour ob-
i) Plut. Ibid. — 2) Voy., ci-dessus, p. 109. — 3) Fdlo. Mylh., 1, 13.