‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 136 sur 152 · ÉVOCATION DES DIEUX · texte numérisé non relu

ÉVOCATION DES DIEUX

indifféremment aux évocations des morts bu à celles des génies, des héros, des dieux, tous êtres surnaturels dont la magie néoplatonicienne troublait souvent le repos.

Il est inutile, par .conséquent, d'ouvrir un chapitre à part pour les théophanies ou apparitions d'êtres divins, car nous nous trouverions en présence des théories et des procédés qui servent à la nécromancie. Les évhéméristes, qui regardaient les dieux comme des morts divinisés, supprimaient même toute différence entre ces deux ordres de phénomènes surnaturels. On ne conçut d'abord les apparitions divines que comme spontanées, ou tout au plus appelées par la prière. Généralement, les dieux et, surtout les héros, apparaissaient pour demander des honneurs nouveaux, un culte spécial, ou pour donner des avertissements utiles, ou pour protéger à l'heure du péril, rarement pour épouvanter ou pour menacera Encore prenaient-ils d'ordinaire le parti de se montrer en songe. La théurgie néoplatonicienne opéra des évocations divines ou héroïques parla force des recettes magiques, abso-

lablement « euhcanté. » C'est de cette façon qae Didias Julianus apprit sa chute prochaine et l'avènement de Sévère (Spartian. Did, JuL^ 7). On imagina aussi de faire parler des tètes de morts (Phlkig. Trall. Mirab., l\l, 50) des statues de dieux, de héros, etc.. Tout cela dérive logiquement de Tidée première, à savoir, que les esprits révélateurs peuvent être attirés et fixés, par le pouvoir des formules, dans des instruments matériels. — 1) Voy. les apparitions divines à Marathon et à Salamine (Herod., VI. 117; Pausan., y III, 10, 4), ceUe de Poséidon, dans une bâtai He entre Mantinéens et Spartiates (Pausan. Ibid.), d'Héraklès à Leuctres (Xenoph. Hellen,, VI, 4, 7), des Dioscures à Stenyclaros, dans les guerres de Messénie (Pausan., VI, 25, 3). Apollon, assisté de quatre anciens héros, défend lui-même son temple de Delphes contre les Gaulois (Justin., XXIV, 8. Pausan., ï, 4, 4; X, 23, 2). Déinéter tue elle-même Pyrrhus à Argos (Pausan., VI, 25, 3), etc.. Un certain nombre de ces théopbanies sont du ressort de la divination. C'est ainsi que Pan envoie un message aux Athéniens par le héraut (Hkrod., VI, 105. Pausan., VHI, 5i, 5), et que Jupiter envoie à deux reprises des courrieri munis de ses instructions àSylla (Augustin. Civ. Dci,, II, 2i). Le relevé de tous les faits de ce çenre serait interminable. Sur les théoplianies, \oy, une sérii^ de mémoires de l'abbé Foucher, dont le cinquième (1766) sur les Théophanies païennes, (Mém. de TAcad. des fnsT.. XXXVl, p. 292 «qq.)

lument comme on contraignait les morts à satisfaire la curiosité des consultants. On disait cependant que cette manière peu respectueuse d'entrer en relation avec les dieux n'était pas nouvelle, et que les plus pieux des mortels, Numa et Pythagore, en avaient jadis usé*.

Toutes ces rêveries et pratiques mystérieuses sont en-dehors du champ lumineux où l'imagination grecque aimait à se mouvoir, avant d'être subjuguée et comme enivrée par les superstitions orientales". Il est temps enfin d'échapper à cette fantasmagorie, et de nous replacer sur le terrain du merveilleux raisonnable que le génie hellénique, tant qu'il a été maître de lui-même, a refoulé et contenu dans les profondeurs

i) AuGOSTiN. Civ, Dei,, VII, 35. — 2) On voit, ea Grèce, la croyance aax apparitions miraculeuses reculer peu à pen devant les progrès de la rais n et reprendre ensuite tout le terrain que celle-ci, accablée par Tinyasion du mysticisme oriental, lui cède presque sans combat. Homère était déjà un esprit à demi émancipé. 11 croit les théophanies fréquentes dans Tàge héroïque dont il est le chantre, mais rares ou plutôt impossibles de son temps. On peut même constater que, de V Iliade à VOdyssée, le commerce entre les dieux et les héros devient moins fréquent ôt moins matériel. Atbénè apparaît à Ulysse, mais sans se lais^r voir de Télémaque, car, dit le i oète, « les dieux n*apparaissent pas visibles à tout le monde. » (Hom. Odyss,, XVI, i6i*. Cf. NjEGBlsbach, Hom, Theolog,, p. 153 sqq.). Dans Tàge classique, les apparitions sont laissées à la légende et au théâtre qui l'exploite. Hérodote ne garantit aucune de celles qu'il insère çà et là dans son histoire. La foi aux théophanies reprend avec la décadence et devient une obsession fastidieuse, stimulée qu'elle est à la fois par le patriotisme local, par l'émulation que développe la rivalité des religions, et protégée contre l'esprit scientifique par une ignorance de jour en jour plus complète. Chaque ville se vante d'avoir été visitée, conseillée, défendue par ses dieux et ses héros ; l'imagination, encouragée par la crédulité, forge ainsi, à peu de frais, des documents pour les panégyriques et des arguments pour les polémistes. C'est ainsi que les apôtres Paul et Barnabe sont pris pour Zeus et Hermès par les gens de Lystra Uct. AposL, xiv. M), Il faut lire, dans VHistoire romaine de Dion Cassius, l'incroyable équipée de ce « génie qui se disait Alexandre de Macédoine, » et qui, après avoir mené grand tapage avec son escorte de quatre cents fanatiques à travers la Moesie et le Thrace, partout héber^é par les autorités civiles et militaires, rentra sous terre, une certaine nuit, près de Cbalcédoioe. Cela se passait sous le règne d'Héliogabale, et l'historien, sans être sûr que ce génie fut bien Alexandre, n'a pas l'air de soupç'mner que ce devait être un imposteur en chair et en os.

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