‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 141 sur 152 · RÉALITÉ HISTORIQUE DES PYTHIES · texte numérisé non relu

RÉALITÉ HISTORIQUE DES PYTHIES

tard de créer, en l'honneur de cette divination nouvelle, une série de chresmologues libres, comparables aux glorieux devins de l'âge héroïque. L'Asie-Mineure revendiqua pour sa Sibylle légendaire l'honneur d'avoir, la première, prêté sa voix à Apollon ; mais nous verrons, en étudiant de plus près ces prétentions diverses, qu'il est impossible d'y découvrir un fait positif, une réalité constatée comme l'existence des pythies apolliniénnes. Nous admettons donc que chresmologues ou sibylles, loin d'avoir été des modèles imités par les oracles d'Apollon, sont, au contraire, des copies idéalisées que l'imagination s'est plu à affranchir du joug des rites matériels nécessaires à la production de l'enthousiasme, et surtout à investir personnellement d'un privilège que les corporations sacerdotales déclaraient attaché au sol *. En un mot, il ne paraît pas contestable que la divination par l'enthousiasme soit née, historiquement, au sein du plus ancien oracle d'Apollon, de celui qui, n'ayant jamais passé pour avoir emprunté ses procédés aux autres, a dû les créer lui-même*.

La tâche qui nous incombe est, par conséquent, de démêler, dans les traditions et les habitudes locales, tout ce qui peut servir à une explication vraisemblable d'un fait considéré comme acquis.

— ïpLjcveuoToi — Tcejcvufiivoi — xdbo)^oi h âtoZ — èvÔouaifl^fftixof, et stibstanti- Tement, 5e(nci())do( — y(jpri<s[i.ok6-xoi. Il Hst impossible d'épuiser ici la liste des synoD jQies : nous renvoyons pour cela aux lexiques (Polldx, Onom. i, 15-18.) La langue l&tine ne peut exprimer que par des périphrases une idée qui lui est étrangère. Elle dit communément vaiicinaiio—divinatioper fUrorem, deo ' plena, vaUctnatrio!, — furor divinus, et traduit les adjectifs grecs par (vates) arrepH spiritu^ miwti deOy qui deo patiuniur, ou, dans un sens plus complexe, fanatici^ lymphatici (vujjL96XT)7ctoi).

i) Voy., vol. Il, Chresmologues et sibylles. — 2) On poète, dont Cicéron (Divin» ^ n, 56) cite une version anonyme, afûrme cette priorité^ qui était^ du reste, généralement reconnue :

êoncU ApollOf qui umbilieum cêrlwn ttrrarum obtidêi Undt iuptrttiiioia ptimum taera tvoiU vox f$ra.

En triaut, pour les grouper suivant leurs affinités, les divers éléments confondus dans cette énigme, on reconnaît à Delphes au moins trois cultes superposés, tous trois d'origine et de nature différente. En premier lieu, le culte archaïque des Nymphes, c'est-à-dire des sources vives, de l'élément fécond et réparateur qui, dans toutes les mythologies aryennes, apparaît comme le véhicule de la force et aussi de la pensée divine, soit qu^il descende des nuages célestes, soit qu'il jaillisse du sein de la Terre, mère commune des dieux. Les Nymphes sont représentées à Delphes par Kastalia, que l'on disait fille d'Achéloos, le plus ancien des fieuves, et par les Muses, que la tradition plaçait à son gré sur l'Olympe, l'Hélicon et le Parnasse. L'eau épanchée par Kastalia était l'agent nécessaire de l'inspiration prophétique et poétique.

A coté des Nymphes, figure Dionysos, qu'on pourrait appeler leur nourrisson et leur compagnon inséparable. Fils de Zeus et de la Terre ^ élevé par les Hyades, il est, lui aussi, le symbole de l'humidité féconde, de celle qui gonfle la grappe sous les pampres ou nourrit le vert profond du lierre; et l'art, en sculptant son image, a fait tous ses efforts pour le rapprocher du type féminin que la religion populaire prêtait toujours aux divinités des fontaines. On le disait né dans un repli de l'Hélicon; la Béotie était pleine de sa renommée; les régions qui s'étendent au nord du Parnasse étaient peu- I)lées de ses adorateurs. Il fréquentait l'antre Corycien, fraîche demeure des Nymphes, et, plus haut, au sommet du Parnasse, il menait les rondes nocturnes des Thyiades échevelées. On savait qu'avant de devenir un dieu immortel, il était descendu aux enfers, victime soit de Persée, soit du

i) tt[iù.ri est identique à 3s;x0.t), c'est-à-dire à la Terre^ support et fondement de tout ce qui existe (Apollod., op. lo. Lyd. Mens.^ IV, 38. Welcrer, Griech, GôUerlchre, l, p. 436. Bacchus esl donc le produit du sol humecte par la pluie.

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