LES NYMPHES ET DIONYSOS
farouche Lycurgue, roi d'Édonie, soit des Titans, ennemis des enfants de Zeus. C'était à Delphes encore qu'il avait laissé sa dépouille périssable. On montrait son tombeau dans le sanctuaire même de Pytho, sous Vomphalosj le nombril ou centre de la terre, ou près du trépied mantique^ Ce tombeau était honoré d'un sacrifice annuel, et, tous les neuf ans, les Thyiades célébraient la fête de VheroiSy c'est*à-dire la résurrection deSémélé, ramenée des enfers par son fils*.
Le culte de Dionysos était si fortement implanté sur le Parnasse, si bien attaché au sol par son association avec les Nymphes, qu'il n'en put être arraché par la religion apoUiûienne, accoutumée pourtant à régner sans partage sur les régions conquises par sa propagande. Le caractère dominateur dii sacerdoce d^ApoUon, son application constante à détruire ou à dénaturer au profit de son dieu les traditions antérieures à ses conquêtes, nous permettent d'affirmer qu'une corporation puissante comme celle de Delphes n'aurait point laissé le culte bruyant de Dionysos envahir un lieu choisi et déjà occupé par Apollon. Il est vraisemblable que Dionysos, dieu originaire des contrées circon voisines*, a précédé sur le Parnasse le dieu solaire, venu des rivages lointains de la Lycie et de la Crète.
Cette conjecture paraît, à première vue, en désaccord avec l'ordre de succession que l'histoire générale de la mythologie établit entre les deux cultes envisagés ici. Dionysos n'est encore pour Homère qu'un dieu de second ordre, tandis qu'Apollon est alors dans tout l'éclat de sa gloire. Hérodote voit
J)PeiLocHoii. Fr., 22-23. [Fragm. Hist. Grxc.y éd. Mûller,l, p. 387],etc.Voy. C. Bœtticheb, Dos Grab des Dionysos. Berlin, 1858, et ci-dessoos, vol. III, l'Oracle de Delphes. — 2) Pldtarch. Quaest. graec, i2. — 3) Dionysos est originaire de ces régions en tant que dieu grec, Zeus de Nysa. On n'entend pas nier qu'il soit le congénère du dieu védique Soma et que son culte, apporté de rexirôme Orient, ait été transformé par une nouvelle infusion d'esprit asiatique, émané du culte phrygien de Sabazios. Cî. F. Lenormant, art. Bacchus. (Dict. des antiqq. de Daremberg et Saglio.)
en lui « le plus récent » des dieux de la Grèce*, et il n'est pas douteux que le culte de Dionysos n*ait attendu, pour s'emparer de la faveur publique, le déclin de la religion apollinienne. Il est vrai encore que Taède homérique qui a chanté Apollon Pythien et raconté la fondation de l'oracle pythique ne fait pas mention de Dionysos. Mais que peut-on inférer de là? Qu'au temps d'Homère, la Grèce orientale connaissait peu le dieu béotien ou thrace de Nysa ; que Taède venu à Pytho pour chanter Apollon a bien rempli son office, et qu'Hérodote a constaté, la vogue tardive des dévotions bachiques. Ces témoignages ne prouvent rien de plus. Ils n'empêchent pas de croire que Dionysos ait possédé avant Apollon les régions où les plus anciennes légendes plaçaient son berceau et même sa tombe. Cette antériorité de possession explique seule que le culte dionysiaque, antipathique à la gravité sereine des rites apolliniens,ait pénétré jusque dans le sanctuaire qui était, par excellence, la demeure d'Apollon. La place qu'il occupait, il n^aurait pu la prendre; il faut donc qu'il l'ait gardée^.
On peut se figurer une période durant laquelle Apollon régnait à Krisa, où les Cretois lui avaient élevé des autels, et Dionysos, avec les Nymphes, sur le Parnasse; le premier considéré comme un dieu exotique, servi par des prêtres étrangers au pays, l'autre comme le dieu indigène. L'arrivée des Doriens, de ces néophytes belliqueux qui mettaient au service d'Apollon et de ses prêtres une docilité sans bornes, changea cet état de choses*. Le culte d'Apollon s'installa sur
1) Heroo,, II, 52. — 2) M. Ross (De Baccho Delphico, Bona., 1865) peose que le culte de Dionysos a été apporté à Delphes par les Thraces, et qae, relégué dans Tombre sous la doniination des Achéeos et des Dorieos, il fut remis en vogue au vu* siècle par les prêtres de Delphes, alors convertie aux idées or-» phiquei. — 3) Oo raconta plus tard qu*Âpollon, après avoir tué le serpent Python, s*éiait enfui à travers la Thessalie jusque dans la vallée de Tempe, et qu'il en était revenu purilié, pour recevoir de Thémis Tinvestiture pro«