‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 143 sur 152 · APOLLON ET DIONYSOS · texte numérisé non relu

APOLLON ET DIONYSOS

le Parnasse, en cet endroit où la nature semblait avoir tout disposé pour produire les impressions profondes qui engendrent et alimentent la foi religieuse. Peut-être y venait-on chercher des révélations que les uns attribuaient à la Terre, mère des songes, d*autres à Poséidon, dont le trident avait fendu le rocher et fait couler les sources. Il est du moins resté quelques traces de ces usages antérieurs à la constitution de Toracle apollinien dans des légendes incohérentes sur lesquelles nous aurons occasion de revenir,. On est étonné de ne pas trouver, parmi les divinités qui sont citées comme ayant détenu Toracle avant Apollon, le nom de Dionysos. Il est possible que Dionysos ait préféré à Delphes Amphiksea, sur l'autre versant du Parnasse, lieu où se trouvait, durant la période historique, son oracle particulier •. Mais cette omission s'explique parle soin que mit le sacerdoce apollinien à écarter toute compétition relative au monopole prophétique de son dieu. Il ne pouvait accorder à Dionysos, dont le culte restait en honneur à Delphes, ce qu'il concédait sans danger à des divinités dont on ne gardait plus en ce lieu qu'un vague souvenir, telles que Gœa, Thémis, Poséidon. Encore ne put-il empêcher cette tradition importune de reparaître plus tard. Un scoliaste de Pindare, parlant du « trépied prophétique » de Pytho, dit que « Dionysos fut le premier qui y monta pour révéler l'avenir'. »

Résolus à ne pas transiger sur ce point, les prêtres d'Apollon se montrèrent conciliants pour tout le reste. Dionysos partagea avec son rival le gouvernement des Nymphes. L'un eut pour escorte les Thyiades, et l'autre, les Muses. Les deux divinités mirent en commun leurs adorateurs et presque leurs attributs. On put couronner Apollon de lierre et Dionysos de

phétiqae. Sous la légende sa cache Thistoire véritable. Apollon est, en effet, revenu du fond de laThessalie avec les Dorleos et a été mis par eux en possession du lieu qu'il convoitait. — 1) Voy., vol. III, Oracle de Delphes. — 2) Voy.,vol. U, Oracles de Dionysos. — 3) Schol. Pind. Argum. Pylh.

lauriers*. Avec le temps, l'assimilation alla si loin que Ton entend parler d'un Dionysos jouant de la lyre (Xup<wca{yj«av)« ou même conducteur des Muses (MouaoYiTTjç)', et qu'Aristote put soutenir l'identité de Dionysos et d'Apollon, envisagés l'un et l'autre comme divinités fatidiques*. Il n'y avait pas de raison, en effet, pour que Dionysos, prophète à Amphikaea, fût incapable de révélation à Pytho. Cette pénétration intime des cultes s'opéra par la force des choses, par l'eflFet de la cohabitation dans un même lieu, sans que la légende ait rien fait pour mêler la biographie de Dionysos à celle d'Apollon et pour atténuer le contraste, ou pour mieux dire, l'opposition absolue de leurs caractères*.

Nous voici donc en présence de trois traditions religieuses groupées autour de l'antre qui a été, croyons-nous, le berceau de la divination enthousiaste en Grèce. C'est plus qu'il n'en faut pour expliquer, d'une façon plausible, une création qui aurait pu sortir tout achevée du culte des Nymphes ou des orgies dionysiaques. L'enthousiasme, en effet, est la manifestation ordinaire, normale, en quelque sorte, de l'influence exercée par les Nymphes et par Dionysos sur leurs adorateurs, comme la folie furieuse est le châtiment ordinaire de leurs contempteurs*. Bienveillante ou funeste, leur action se traduit toujours par le trouble de l'âme et des sens, par une sorte de poussée intérieure qui

I) JEscHYL. Fragm.^ 411. Edbipid. Fragm.^ 480. On trouve une PjUio parmi les Hyadcs nourrices de Dionysos. (Serv. Georg., I, 138). — 2)Anacr., xlii, 2; l'édition Weise remplace XupO)ca(Y(iiov par tptXo^caCypDV. — 3) BauNCK, Analeci,^ W, p. 517. Cf. Dionysos Musagète et chantant ({jL«X7r<5|i£voç). Pausan., \, 2, 4. — 4) Màcrob. Saiurn.^ î, 18, 2-3. — 5^ Il reste môme, dans l'histoire de Toracle, des traces d'antagonisme entre Dionysos et Apollon. On dit que lorsque Penthéc eut été déchiré par les Ménades, servantes de Oacchus, la Pythie le fit ensevelir et ordonna de le vénérer comme un héros. (Pausan., II, 2, 0.) — 0) Dionysos a éprouvé lui-même, par l'inimitié d'Hêra, cette foUc qu'il inflige à ses ennemis (Apollod., IH, 5, 1). Il en est guéri par Kybèle. A son tour, il frappe de folie furieuse les filles de Minyas, celles de Prœtos, ou ses prapres Ménades, pour punir Penthée qu'elles mettent en pièces.

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