RENAISSANCE DU MYSTICISME
érudit d'origine orientale, Alexandre Polyhistor*, remettait en circulation des idées empruntées à de prétendus pythagoriciens*. On sentait planer de nouveau dans les airg ces éternels objets de la curiosité humaine, les génies ou âmes transfigurées des morts, qui envoient aux hommes ou même aux animaux des présages et des songes.
Ces idées trouvaient un chaud défenseur dans un contemporain de Cicéron, P. Nigidius Figulus, adepte fervent de toutes les superstitions mystiques, qui remplit de gros ouvrages de tout ce que son érudition indigeste lui avait appris sur la théologie, la divination, Tastrologie, voire même la magie. Elles ne furent pas non plus sans influence sur cet augure convaincu et nécromant honteux, P. App. Claudius Pulcher, dont se moquait Cicéron.
Le moment approchait oti l'esprit oriental, se déversant sur Toisiveté mélancolique du monde, allait remplir l'imagination humaine de fantômes vaporeux et la philosophie elle-même de rêvef ies. On dirait que, dès le commencement de notre ère, la faculté de juger, faculté encore si dominante chez Sénôque, qui restreint la part faite par le stoïcisme à la divination, est partout faussée. C'est de tous côtés un mélange hybride d'instincts empruntés à des races antipathiques et fondus dans un métissage monstrueux. Voici venir, non plus seulement les devins et les prophètes d'autrefois, mais les thaumaturges. L'unique but de la vie humaine est de rapprocher Thomme de Dieu, de l'identifier avec lui. Voir Dieu, l'entendre, lui parler, le comprendre, entrer de mille manières en communicaticvn avec lui, tel est le désir inassouvi qui fermente partout. Aussi la divination va-t-elle devenir la science par excellence car « c'est la seule science qui permette de con- ^ naître la volonté divine*. »
i)AL. Polyhîstor florissait Ters 80-50 av. J.-C. — 2) Diog. Laert., VIII, 32. 3) Iambuch., vu. Pythag.y 137.
Le comble de la perfection sera désormais d'être le confident de Dieu, l'objet d'une révélation immanente perpétuelle. Sans doute bien peu d'âmes sont capables de s'élever à cette hauteur. Tout le monde n'est pas Apollonius de Tyane, qui commande à la nature et perce sans eflfortr les ténèbres de l'avenir. Mais on connaît des moyens efficaces d'alléger les chaînes qui retiennent l'âme loin des régions éthérées. Ces moyens sont les observances pythagoriciennes, l'abstinence des viandes, le célibat et l'usage des vêtements de lin. Telle est la ferme conviction des néo-pythagoriciens, particulièrement des juifs pythagorisants, des Esséniens* et de ce Philon dont l'influence se fit sentir si longtemps dans la philosophie grecque*. Les songes ne sont que le premier degré de la révélation, degré accessible au vulgaire : au dessus, il y a ce que Platon avait entrevu, ce que les nouveaux mystiques croient posséder, la révélation par l'extase, par le dépouillement complet de la personnalité absorbée un instant dans l'essence divine.
Une fois la réaction commencée contre le rationalisme, le nombre des sceptiques diminue à vue d'œil. Pline le Naturaliste gémit de la quantité de présages qui embarrassent à chaque pas l'existence. Parlant d'une recette pour comprendre le langage des oiseaux, il s'écrie : « Le cours de la vie fait déjà sans cela des circuits immenses par le fait des augures*. » Mais il est stoïcien à demi : il croit aux songes, et c'est sur la foi d'un songe, dans lequel il aurait pu retrouver facilement l'écho de sa propre pensée, qu'il entreprend son grand ouvrage*; son neveu, encore plus incapable^ d'une doctrine arrêtée, a dans les songes une confiance mélangée de restrictions bizarres. Il est curieux de l'entendre raisonner
4)losBPH. Bell. Jud.y îî, 8, J2. — 2) Phil. Miçr, Ahrah., p. 417 d. De Somn.y H 08 a. V. E. Zbllbr, Philosophie derGriechen, V, p. 364. -^ 3) Plin., X, 49, 437. — 4) Plin. Jdn. Epùt, ÏII, 5, 4.