ECOLE D'ATHÈNES
la fumée de l'encens, avec le concours de mauvais génies.
Comme la divination intérieure est produite, elle aussi, par certaines pratiques, il y a également danger d'erreur si les rites ne sont pas exécutés suivant les règles : de là, la nécessité d'un sacerdoce compétent qui ait la surveillance des usages traditionnels. Traduit en langage historique, cela veut dire qu'au temps de Julien, la philosophie et la religion s'étant unies ou plutôt confondues en face de l'ennemi sous le nom vague d'hellénisme, on voulait introduire de la discipline dans les rangs des défenseurs du polythéisme et les placer sous la direction d'une hiérarchie sacerdotale que Julien, suivant l'exemple déjà donné par Maximin Daza, essayait d'organiser sur toute la surface de TEmpire.
Mais l'hellénisme faisait de vains efforts pour opposer au christianisme une doctrine compacte. Déjà des divisions éclataient au sein de l'école de lamblique. Eusèbede Mindes, disciple d'Édésius, répudiait une partie du merveilleux grossier produit par des moyens matériels*, et il considérait la théurgie comme la manifestation d'un instinct matérialiste.
La philosophie théologique trouva son dernier asile dans l'école d'Athènes, fondée par Plutarque. Plutarque, issu luimême d'une famille de théurges, traita la mantique avec le plus grand respect. Syrianus, son disciple, mettait les oracles presque sur la même ligne que les enseignements de son dieu, Platon. Syrianus s'occupa, après tant d'autres, de donner une forme rationnelle à la théorie de la divination et répondit à quelques objections relatives aux oracles. Comme on disait que les dieux ne pouvaient prévoir ce qui est l'effet du hasard et que de là sans doute venait l'obscurité des oracles, il répondit que les dieux savaient tout de science absolument certaine, mais que l'instrument dont ils se servent
1) Eu^ÀP. In Maxim, j p. 474.
ne peut toujours s'assimiler la révélation complète. Il ajoutait d'ailleurs que l'ambiguïté des réponses révélées est souvent salutaire aux consultants, dont elle sauvegarde, dans une certaine mesure, la liberté.
Tout cela avait été dit depuis longtemps et ne touchait pas au fond de la question. Le pieux Proclus répéta les arguments de son maître, regardant la divination comme un bienfait des dieux et expliquant les apparitions, les manifestations diverses de ces êtres supérieurs, par des mouvements aériens, d'origine divine <. Comme Syrianus enfin, il attribuait l'ambiguïté ou la fausseté de certains oracles à l'imperfection de l'intermédiaire. Il avait un tel respect pour la parole révélée, qu'avec les Oracles, et le Timée de Platon, il se serait aisément consolé, disait-il, de la perte de tous les autres écrits légués par l'antiquité . Il oubliait d'ajouter à cette bibliothèque de choix les ouvrages astrologiques de Ptolémée, dont il' avait écrit lui-même le commentaire. Son œuvre de prédilection dut être une « Concordance » en dix livres, dans laquelle il démontrait le parfait accord des opinions d'Orphée, de Pythagore et de Platon concernant les oracles*.
Il n'aurait pas voulu cependant, comme Porphyre, arrêter le fonctionnement continu de la révélation. Il en bénéficiait pour son compte, trouvant dans ses songes, hantés par les apparitions, des renseignements précieux et des encouragements *.
Les disciples de Proclus, derniers champions de l'hellénisme, continuèrent ses traditions, avec un goût plus vif pour la magie théurgique. On nous dit qu'Ammonius rejeta
1) PaocL. In Craiyl,^^. 75. — 2) Marin. ViU Proche 38. — 3) SujiçcjvCa 'Op9^ci>^, nu6«y6pou x«\ nXitcovoç 7:cp\ ta Xo^fa pi6>.fa(. Cet ouvrage, aujourd'hoi perdu, a été parfois attribué à Syrianus. Cf. E. Zeller, Philos, der Griechen, V OU, 2, 2), p. 70i. — 4) Warin. Ihid., 26, 27, 30.
FIN DE l'hellénisme 91
Tastrologie pour sauver le libre arbitre ; que Isidore, commentateur de lamblique, s'occupa surtout des songes; que Damascius composa quatre ouvrages sur les apparitions et qu'Antonin de Canope prédit la ruine des temples d'Egypte.
On n'avait pas besoin d'être prophète alors pour prévoir la
ruine totale de l'hellénisme devenu le paganisme, c'est-à-dire
la religion des villageois ignorants et de quelques philo-
. sophe obstinés. Les divagations mystiques du néoplatonisme,
n'étaient plus, depuis Porphyre, que des rêves de malade.
Vainqueur de toutes les sectes et porté jusque sur le trône des Césars par l'irrésistible élan qu'il avait su imprimer aux âmes, le christianisme restait seul debout, en face d'une minorité impuissante avec laquelle il pouvait à son gré prendre le ton de la discussion ou celui du commandement.
Nous réservons pour l'histoire de la divination pratique toutes les mesures effectives décrétées par l'État pour réglementer, restreindre ou supprimer les rites divinatoires^; mais il importe de préciser la nature des discussions qui s'engagèrent entre les chrétiens et les philosophes au sujet de la mantique, discussions d'autant plus intéressantes que le débat ne pouvait plus porter, comme avec les dialecticiens d'autrefois, sur les questions de principe, et que le christianisme, fondé sur la révélation surnaturelle, était obligé, malgré qu'il en eût, d'épargner à ses adversaires les coups les plus décisifs.
i) Oltmpiod. M Gorg., p. 197. Peot. Biblioth,, p 1029-1033. Ednap. In ^des,y p. 471. — 2) Voy., vol. IV, la Divination et les lois impériales.