‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 50 sur 152 · PHOGRÈS DE L'IDÉE SCIENTIFIQUE · texte numérisé non relu

PHOGRÈS DE L'IDÉE SCIENTIFIQUE

qui installe des oracles inspirés sur les tombeaux des AmpbiaraoSy des Tirésias^ des Mopsos, des Calchas. Mais^ sous-traite par cette déchéance même aux objections de la science et se diversifiant au gré de toutes les fantaisies, l'induction divinatoire entra plus avant qu'autrefois dans les habitudes populaires et s'y perpétua plus sûrement que si elle se fût attachée à un petit nombre de formes solennelles. Elle vécut, non plus du merveilleux proprement dit, mais du hasard providentiel, de tous les incidents qu'une rencontre fortuite pouvait imposer à l'attention d'un esprit préoccupé et superstitieux. Cette divination vague, multiple, indéfinie et illimitée, que les Grecs appelaient « mantique par symboles ^ ou, dans ses applications les plus vulgaires, « domestique (ohtwjMKVK/i)^ » semble n'avoir eu ni commencement ni fin; elle est, en quelque sorte, le résumé informe de toutes les méthodes spéciales qui y prennent naissance ou y apportent leurs débris.

La difficulté de maintenir aux signes fatidiques leur caractère surnaturel, en face de l'expérience qui les reconnaissait pour faits réguliers et par conséquent naturels, a donc été d'abord le stimulant qui a poussé la divination conjecturale à sortir de l'arbitraire pur, à se créer des méthodes systématiques, à classer et à définir ce qu'elle entendait se réserver; puis, l'aiguillon trop pressant devant lequel elle a fui les hautes régions pour se réfugier dans sa véritable patrie, la foi populaire.

Il nous reste maintenant à déterminer, d'une manière générale et en réservant toutes les questions de détail, les rapports que la divination inductive prétendait établir entre le signe et la chose signifiée. Si ces rapports avaient été réels, la divination serait devenue une science purement humaine en dépouillant peu à peu son caractère surnaturel. Quelquesuns des signes observés par les devins ont pu, en effet, avoir

UG DIVINATION INDUCTIVE

une relation effective avec le résultat désigné par leur interprétation. Certaines remarques sur les actes instinctifs des animaux et sur les phénomènes météorologiques paraissent avoir été dans ce cas. Mais, comme nous l'avons vu, la divination est la science des causes et des fins surnaturelles, et tout ce qu'on reconnaît lié par des rapports nécessaires sort à rinstant de son domaine pour passer dans celui de la science proprement dite.

La divination ne peut donc découvrir et constater que des rapports artificiels, convenus, comparables de tout point à ceux qui rattachent les mots d'une langue aux objets qu'ils désignent. L'ensemble des signes divinatoires était véritablement un langage qui s'était élaboré, à la façon d'un idiome humain, sous l'effort continu de l'imagination lancée à la poursuite d'un mirage séduisant et essayant les associations d'idées les plus diverses pour établir un lien entre le connu et l'inconnaissable.

La plus féconde de ces associations, et la plus familière aux âges primitifs, a été l'adaptation d'un symbole matériel à une idée qu'il représente désormais aux sens. Une anecdote conservée par Phérécyde de Syros est très-propre à faire saisir la façon dont les peuples en enfance emploient et, par suite, prêtent à leurs dieux le langage symbolique. Phérécyde raconte que le roi scythe Idanthura ou Idathyrsa^ menacé d'une invasion persane, avait envoyé à Darius un rat, une grenouille, un oiseau, un javelot et un soc. Les conseillers du grand roi, Orontopagas et Xiphodrès, discutent sur le sens de cette énigme symbolique absolument comme l'auraient pu faire des devins en présence de présages observés. « Orontopagas disait que les Scythes livreraient leur empire, conjecturant qu'ils entendaient, par le rat, leurs maisons; par

\) Cf. Herod., IV, 126.

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