‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 51 sur 152 · LANGAGE SYMBOLIQUE · texte numérisé non relu

LANGAGE SYMBOLIQUE

la grenouille, les eaux; par l'oiseau, l'air; par le javelot, leurs armes, et par le soc, leur sol. Mais Xiphodrès interprétait d'une façon tout opposée. Il disait : <( A moins de nous envoler comme des oiseaux, de nous enfoncer sous terre comme des rats, ou sous l'eau comme des grenouilles, nous n'échapperons pas aux traits de ces gens-là; car nous ne sommes pas maîtres du sol*. »

Les Grecs supposaient donc que les dieux parlaient comme Idanthura, par voie d'énigmes, et que c'était aux plus intelligents des hommes à pénétrer leur pensée. Un oiseau comme l'aigle, par exemple, symbole de la force, pouvait bien, en se lançant impétueusement en avant, entraîner derrière lui une armée. La réflexion, une fois engagée dans cet ordre d'idées, creusait le problème plus avant; elle supposait qu'aucun des actes de l'oiseau n'était insignifiant, qu'il fallait tenir compte de la direction, de la rapidité, de la régularité ou des écarts de son vol, de son attitude, en un mot de tout ce qui constituait l'expression symbolique étudiée jusque dans ses nuances. Ainsi naissait spontanément l'ornithomancie qui, chez les Grecs, semble avoir été la plus ancienne des méthodes régulières de divination. Le symbolisme dut franchir rapidement ce premier stade de son développement, où les rapports créés par lui sont encore faciles à saisir, pour s'obscurcir et se disperser en une série de rapports dérivés dont on oubliait peu à peu le point de départ, comme une écriture idéographique qui s'use, s'abrège, se décompose, et finit non-seulement par ne plus ressembler au type original, mais par remplir d'autres fonctions.

La mantique grecque en est déjà là quand elle apparaît dans l'histoire. Aussi les Hellènes pensaient-ils que l'esprit humain

i) Phbrecyd. ap. Clem. Alex. Shom. V, p. 674 . Oxon. [Fragm, histor, grxc.^ éd. Mûller (Didot) F, p. 98.]

118 DIVINATION INDUOTIVE

n*avait pu s'élever spontanément à Tintelligenee du langage divin. Ils estimaient que les dieux, tout en gardant la liberté d'employer des symboles quelconques et afBrmant parfois cette liberté par des prodiges inconnus jusque-là, avaient cependant limité le nombre et précisé le sens des signes ordinaires. Après avoir fixé ainsi ce qu'on pourrait appeler la grammaire de leur langue symbolique, les Immortels en avaient révélé le secret aux devins primitifs, fondateurs de la mantique nationale. Une tradition pessimiste, issue de l'enseignement orphique, prétendait que la divination conjecturale avait été donnée aux hommes, comme le feu, par Prométhée, en dépit des dieux olympiens*; mais Topinion générale voyait dans les devins de l'âge héroïque, Mélampus, Tirésias, Amphiaraos, Mopsos,Calchas, les disciples immédiats et comme les confidents des dieux". La meilleure preuve que les principes de la divination avaient été révélés à l'origine, c'est qu'il se produisait encore parfois des cas miraculeux de science infuse, de « divination innée. » Les héros d'Homère ne doutent pas de la lucidité prophétique dont Hélène fait tout à coup preuve devant eux', et Hérodote raconte longuement de quelle façon s'éveilla chez Evénos d^ApoUonie la faculté divinatoire*.

Une fois constituée par des hommes privilégiés, la man*tique fut susceptible d'être enseignée comme une science ordinaire, car les dieux ne changeaient pas arbitrairement les règles qu'ils s'étaient une fois imposées. Ils y étaient même si fidèles que l'on pouvait pénétrer et divulguer leurs pensées en quelque sorte malgré eux, et qu'ils furent plus d'une fois obligés de punir des devins indiscrets. L'expérience, en permettant de vérifier au fur et à mesure la

i) Voy., iGscHTt. Prometheui, 484-499. — 2) Voy., vol. II, les Détins héroïques, — 3) Voy., supra, p. 109. —4) Herod., IX, 93*

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