RÔLE HISTORIQUE DE LA DIVINATION
Teflacacité de ses rites, et ron craignait de voir disparaître avec lui un trésor dont il se disait seul dépositaire. Ceux-là seuls purent le vaincre qui lui opposèrent des prophéties portant, plus évidente encore, la marque de leur origine surnaturelle, et promirent au monde de ne point le laisser manquer de révélation.
On ne saurait estimer trop haut, ce semble, l'influence qu'a exercée sur les sociétés antiques la croyance à la divination. Non-seulement elle a pesé, d'un poids parfois décisif, sur les destinées des États, qui s'étaient interdit de rien entreprendre sans € consulter les dieux, » mais elle s'est glissée dans les préoccupations de chacun, et elle a agi ainsi sur la collectivité avec l'irrésistible puissance des forces moléculaires. Cette puissance, qu'elle tient d'un instinct indestructible, n'est point encore annulée aujourd'hui et le psychologue en retrouverait aisément la trace dans bien des habitudes contemporaines.
Nous pouvons juger par là de l'énergie que dut avoir une telle foi en des temps où, au lieu d'être ridiculisée comme une superstition, elle était professée par les gouvernements, représentée par des institutions vénérées, vantée par les poètes, démontrée par les philosophes et pratiquée par tous. Il faut, en face d'une adhésion aussi générale et aussi persévérante, renoncer à classer la divination et ses méthodes parmi ces curiosités que l'on rencontre dispersées çà et là, loin du grand chemin de l'histoire. Il faut aussi, jusqu'à plus ample examen, renoncer à expliquer trop facilement, par l'astuce des uns et la crédulité des autres, l'origine et le crédit des pratiques divinatoires.
L'étude préalable que nous allons entreprendre, avant d'aborder les questions de détail, est destinée à montrer que la divination s'est imposée à l'attention de tous les penseurs qui ont fait la civilisation antique et préparé la nôtre : que.
touchant aux problèmes métaphysiques les plus ardus, elle a obligé les poètes à philosopher et les philosophes à se maintenir, sur bien des points, en communion d'idées avec la théologie poétique; en un mot, que les principes sur lesquels elle repose et les conséquences auxquelles elle entraîne ne sont point de ces absurdités dont on vient à bout avec un sourire.
DIVINATION ET MAOIE
Définitions diTerses de la mantique ou science divinatoire. — Différence entre la mantique et la magie ; Tune, contemplative, Vautre, active.
La divination est le produit d'une idée religieuse qui a, de tout tempSy possédé la conscience humaine, la foi en la Providence. Elle ne présuppose que les deux conditions ou postulats dont la réunion constitue le fond de toute doctrine religieuse, à savoir, l'existence d'une divinité intelligente et la possibilité de rapports réciproques entre l'homme et la divinité; et elle en est une conséquence naturelle, sinon nécessaire, dès que l'on considère cette science comme pouvant contribuer au bonheur de l'homme ou à son perfectionnement moral.
Considérée dans son essence, et indépendamment des termes peu précis par lesquels les langues anciennes la désignent, la divination ou science mantique est la pénétration de la pensée divine par l'intelligence humaine, en-dehors des considérations ordinaires de la science : c'est une connaissance d'une nature spéciale, plus ou moins directe, plus ou moins complète, mais toujours obtenue par voie de révélation surnaturelle, avec ou sans le concours du raisonnement. La divination a pour domaine tout ce que l'esprit humain ne peut connaître par ses seules forces;
en premier lieu l'avenir, en tant qu'il échappe à la prévision rationnelle (npiSYvoKjiç), puis le passé et le présent, dans ce qu'ils ont d'inaccessible à l'investigation ordinaire*. Elle plonge le regard dans les profondeurs les plus mystérieuses de ces perspectives ou aspects du temps que symbolisait jadis le groupe des trois Parques. La science de l'avenir, étant la plus ambitionnée et la plus merveilleuse, a parfois été prise pour la divination tout entière, et cette préoccupation exclusive a laissé sa trace dans la plupart des définitions antiques.
L'auteur des Définitions platoniciennes regarde la mantique comme « la connaissance préalable d'un fait sans indice rationnel*. » Cicéron est moins exact encore en définissant la divination « le pressentiment et la science des choses futures». » La connaissance de l'avenir est aussi pour Plutarque*, qui se fait en cela l'écho des théories platoniciennes, le tout de la divination. C'est que le spiritualisme platonicien, mal dégagé de l'instinct artistique qui lui faisait modeler l'âme d'après les lois de la symétrie, tenait à placer dans l'intelligence humaine une faculté spéciale tournée vers l'avenir, comme la mémoire l'est vers le passé.
Une étude même superficielle de l'histoire de la divination montre que cette science surnaturelle a été plus souvent peut-être appliquée à l'investigation du passé ou du présent qu'à celle de l'avenir. La plupart des prodiges étaient considérés comme ayant leurs causes dans le passé; le résultat de leur interprétation était toujours de faire connaître la volonté présente des dieux et par là, mais indirectement, les secrets de l'avenir. La science des expiations ou catMrtique ne peut atteindre les souillures de là conscience qu'avec l'aide de la divination qui indique dans les ténèbres du passé
{) Cf. Machob. Satum., 1, 20, 5. — 2) Platon. Definit.y p. 414. — 3) Cic. Df'rm., I, i. — 4) Pldtarch. Defect, orac, 38, 40.