DEFINITIONS DIVERSES
des faits le plus souvent ignorés du coupable lui-même. Enfin, dans l'avenir même, considéré comme susceptible de modifications, la divination apprend plus souvent ce qui doit ou devrait arriver d'après le plan actuel de la Providence que ce qui arrivera réellement.
Aussi récole stoïcienne, qui avait fait de la question une étude spéciale, a-t-elle donné de la mantique, considérée au point de vue du sujet humain, une définition assez exacte, en la déclarant « science, ou plutôt, faculté de voir et d'expliquer les signes octroyés par les dieux aux hommes*. » Cette définition est pourtant incomplète pour tous ceux qui ne cherchent pas, comme les stoïciens, il supprimer la distinction du naturel et du surnaturel en plaçant Dieu luimême dans la nature. Elle oublie que cette science n'est pas une science fondée sur la logique ordinaire et que cette faculté ne fait point' partie des ressources normales de la raison. Il faut lui restituer un complément indispeasable et la ramener ainsi à la formule proposée plus haut. La divination sera donc, pour nous, la connaissance de la pensée divine, manifestée à l'âme humaine par des signes objectifs ou subjectif!? et pénétrée par des moyens extra-rationnels*.
On suppose toujours, dans la théorie de la divination, que la pensée divine s'offre volontairement à la pieuse curiosité de l'esprit humain et qu'elle ne se manifeste que pour être comprise. Cette conception découle tout naturellement de la foi à une Providence bienveillante et sage. Cependant, il fut un temps où un vieux reste de défiance à l'égard des dieux, défiance déjà exprimée avec force dans le mythe hésiodiquede Prométhée, ravivée depuis par les doctrines orphiques qui rendaient l'homme solidaire de la révolte des Titans de-
1)Sext. Empie. Adv, Math», IX, 132. Chrysippds, ap. Gic. Dtvtn., II, 63. Stob. Eelog., IL 122, 238. — 2) "Avsu ijcoÔgîÇew;. Plat. /Wd., iouXXoYC^jtwç. Plut. Def. orac, 40.
venus ses ancêtres, revint hanter Timagination grecque. Des mystiques néo-platoniciens crurent que les dieux, c'est-àdire les génies interposés entre la Providence et l'homme, pouvaient tarir à dessein les sources de la révélation providentielle dont ils étaient les dispensateurs, et qu'il (allait les forcer à se montrer moins avares de leurs confidences. Cette divination extorquée et violente n'appartient pas à la mantiqtie proprement dite, dont elle fut toujours distinguée, mais à la théurgie^ qui est elle-même une branche de la magie.
Il importe de séparer tout d'abord ces deux formes de la science du surnaturel que Ton appelle la mantique et la magie ^ de façon à éviter des confusions, qui compromettraient l'unité de vues si difficile à maintenir dans un sujet aussi complexe que l'histoire de la divination. Il y a, entre la mantique ou la science surnaturelle de l'inconnaissable, et la magie ou l'art de produire des effets contraires aux lois de la nature, une afiSnité telle qu'on peut les regarder comme les deux aspects ou les deux applications d'une même foi. Avec l'une, l'homme croit pouvoir ajouter à son intelligence une faculté divine; avec l'autre, mettre au service de sa volonté des forces surnaturelles. Dans les deux cas, il complète sa nature par l'adjonction momentanée d'éléments divins qui s'incorporent en quelque sorte à son être par la vertu de certaines pratiques déterminées. On pourrait dire que la divination est la magie contemplative, substituant l'exercice de l'intelligence à celui de la volonté agissante.
" Étroitement unies dans leur origine et leur principe, la divination et la magie ne peuvent pas toujours être nettement séparées dans l'application. Un grand nombre de méthodes divinatoires consistent dans l'interprétation d'effets merveilleux produits d'abord par des recettes magiques.