‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 64 sur 152 · ANIMAUX AUTOCHTHONES · texte numérisé non relu

ANIMAUX AUTOCHTHONES

manquaient pas, et chaque espèce animale pouvait avoir la sienne. Il y avait donc lieu d'observer les actes instinctifs de tous les animaux ainsi pourvus d'un certificat délivré par la légende.

On reconnaît à première vue l'origine mystique de cette divination populaire. C'est des entrailles de la Terre, mère commune de tous les êtres, que, conformément à une trèsancienne croyance*, elle fait sortir la révélation. Les animaux sont, à ses yeux, d'autant plus expressifs qu'ils sont en communion plus étroite avec la source des effluves fatidiques. Aussi, le serpent, la sauterelle, le lézard, la souris, la belette, etc., paraissent avoir joui d'une faveur particulière. Les serpents, recommandés par leur qualité d'autoclithones, fils et symboles de la Terre, pénétrèrent jusque dans lamantique solennelle des oracles. On les trouve errants autour des trépieds d'Apollon et dans les sanctuaires d'Asklépios ', On rencontre même, à l'époque de la décadence, dans un sanctuaire apoUinien de l'Épire, des serpents fatidiques dont l'appétit donnait des présages'. C'est probablement aussi la croyance à la génération spontanée des sauterelles qui leur valut la réputation d'animaux mantiques. On observait surtout les mouvements d'une espèce verte, moins agile que les autres*. Le lézard (aawpoç) doit au marbre si connu d'Apollon Sauroctone une notoriété dont la raison première gît, en définitive, dans ses aptitudes mantiques. Le statuaire qui avait fait la statue du devin lamide Thrasybule à Olympie avait représenté son héros portant sur l'épaule un lézard en marche vers le côté droit*. Une clasise de devins fort appréciés en Sicile, les Galéotes, devaient peut-être leur nom à une espèce de lé-

i) Voy., ci-dessous, Oniromancie, et vol. Il, Oracles de la Terre.— 2) Voy., Tol. If, Oracles d'Apollon^ Oracles d'Asklépios.— 3) jElian. //. Aniin., XI, 2.

— 4; SCHOL. Thcocr. Idyll jX, 18. Celle-li prédisait généralement la pcslc.

— 5) Pausan., Vi, 2, 4. Yoy., vol. II, Devins de l'âge historique.

zard*. Baigné dans la pleine lumière du soleil, cet animal passait pour symbole d'Apollon prophète.

Le rat, qu'on disait aussi enfant de la terre', se trouvait à peu près dans le même rapport vis-à-vis d'Apollon Sminthien : la belette (to^?) était la terreur des gens superstitieux autant que des souris. On la rencontrait souvent, car comme dit le parasite de Plante, elle change de place dix fois par jour*. Suidas, dans son catalogue des procédés divinatoires, cite spécialement la mantique « par les souris et la belette*. » La taupe et la chauve-souris figuraient également dans cet interminable catalogue où l'araignée, on le pense bien, n'était pas oubliée.

En mettant de côté la méthode des Galéotes, que nous ne connaissons pas, on peut dire que la divination par les animaux terrestres, quadrupèdes, sauriens, insectes, appartient au gônre cléromantique et ne comporte pas une observation systématisée des actes instinctifs comparable à l'ornithoscopie. Tous ces animaux présagent parleur seule apparition et en vertu du caractère heureux ou funeste attaché à leur nature. Ils constituent une bonne part de ces « symboles > que l'on rencontrait ou chez soi ou sur le chemin et qui sont de tout point assimilables à un coup de dés mis sous les yeux de l'homme attentif par la Providence. Interpréter ces signes était chose facile, car la coutume avait fixé le sens courant de ces présages.

Cependant les gens qui inclinaientà voir dans ces rencontres fortuites une intention providentielle plus complexe et voulaient tenir compte des circonstances concomitantes, comme des actes de l'animal aperçu, actes naturels ou prodigieux,

i) Thés. gb^c. ling. s. y. roXecGtai. — 2) Strabon, XIII, 1, 48. — 3) Plal't. Stich.y ni, 2, 45. Cf. Turophrast. Charact., xxx. Il faUait, pour lui échapper, habiter l'îlot de Poroséléné où, au rapport de Pline (Vl, 58, 226), v les belettes ne traversent pas le chemin. » — 4) Scidas, s. v. 9cpof?)ts(a.

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