‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 85 sur 152 · PREMIÈRES TRADITIONS ASTROLOGIQUES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES TRADITIONS ASTROLOGIQUES

tième jour de chaque mois, est acceptée par Hésiode*, et que, de temps immémorial, les Spartiates évitaient de se mettre en campagne avant la pleine lune^ Mais, quand même les Hellènes auraient été décidés à consid.érer comme indigènes et nationales ces traditions isolées, ils sentaient que c'était \à un legs insigiirflant et d'une antiquité bien peu reculée en comparaison de la science astrologique qui leur vint toute faite du dehors et s'imposa à leur foi comme étant le résultat d'une expérience plusieurs milliers de fois séculaire. En présence des civilisations de TÉgypte et de la Chaldée et des chiffres fantastiques qui s'accumulent dans les supputations chronologiques de ces peuples ^ les Hellènes comprirent que leurs héros nationaux, leurs autochthones et même leurs dieux dataient de la veille. Ils montrèrent pour leurs aînés la déférence modeste qui convient aux peuples nouveaux, et acceptèrent l'astrologie comme un trésor amassé par d'autres mains. Pendant longtemps même, les Grecs ne s'adonnèrent pas pour leur compte à l'étude de cette divination compliquée; ils se contentèrent d'être les clients et les admirateurs des étrangers qui venaient leur apporter les révélations sidérales.

Les Grecs appelaient ces étrangers des Chaldéem. C'était, en eflfet, de la Chaldée, mise en rapport direct avec l'Occident par les conquêtes d'Alexandre, que leur était venu l'enseignement astrologique constitué en corps de doctrine. La vogue de l'astrologie commença dans le monde méditerranéen le jour où le prêtre chaldéen Bérose, contemporain d'AntiochusSoter et de Ptolémée Philadelphe, ouvrit à Cos une école dans laquelle il expliqua les arcanes de la science babylonienne*. Mais, si, depuis lors, tous les astrologues furent

i) Hesiod. 0pp. et diesy 745 sqq; 768 sqq. Cf. Plût. Quœst. convin., VIII, { . t) LticiAN* DeÀstroli 25.-3) Voy. Diod., II, Zi.Cic. Divin,, 1, 19; II, 46* AcoosTtN. Civ. Dei, XXII, 28. — 3) Vithuv., IV, 6*

désignés par le nom générique de chaldéens, cela ne veut pas dire que la Chaldée ait été seule à fournir cet appoint considérable à la divination hellénique. Lorsque parut Bérose, il y avait longtemps déjà que, de divers points, et- notamment de rÉgypte, des notions à la fois astronomiques et astrologiques étaient importées en Grèce et vulgarisées par la philosophie naissante. Thaïes, qui était, dit-on, d'origine phénicienne, passait pour avoir appris les mathématiques en Egypte et l'astronomie chez les prêtres de la Chaldée*. Après lui, Pythagore, qui cultiva sous toutes ses formes la science des nombres, Démocrite, auquel, entre autres travaux scientifiques, on attribuait une table des phases lunaires , sont donnés comme les disciples soit des Égyptiens, soit des Chaldéens, soit même des Mages. Il n'est pas un de ces créateurs des sciences exactes en Occident que la légende ne fasse voyager dans les régions circonvoisines.

L'Egypte et la Chaldée paraissent avoir contribué pour une part à peu près égale à la constitution de l'astrologie hellénique. Les Grecs se reconnaissaient tributaires des deux pays. Seulement, l'unité remarquable des principes adoptés de part et d'autre, sur les bords de l'Euphrale comme sur ceux du Nil, leur fit supposer avec raison que l'un des deux peuples avait, comme eux, emprunté à l'autre une science trop homogène pour avoir eu deux patries. Les premiers critiques penchèrent pour la Chaldée. Evhémère disait que l'astrologie avait été inventée par Aphrodite, c'est-à-dire la grande déesse des Sémites d'Orient, et enseignée par ellemême à Hermès, le Toth égyptien'. Diodore, hésitant, vante tour à tour l'antiquité de l'astrologie égyptienne et de l'astrologie chaldéenne*, et Philon dit encore que les Chaldéens ont « perfectionné l'art astronomique et généthliaque » avant

i) Voy., te. Zbllkr. Philosophie der Griechen, Is, p. 169. — 2) Pwn., XVIII, 32,321.— 3j EiGM.Poet.Astronom.,l[,k.Cf. fab., 174.— 4)Diod., I, 81, U, 30.

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tous les autres peuples* . Plus tard, les droits des Égyptiens paraissaient mieux établis, et Ton faisait des Chaldéens leurs disciples*. Ceux qui voulaient remonter plus haut encore donnaient pour maîtres aux Égyptiens les Éthiopiens, qui passèrent longtemps pour le plus ancien des peuples. Enfin, ceux qui ne se contentaient pas à moins d'une révélation primordiale disaient que l'astrologie avait été enseignée aux Éthiopiens par le héros Atlas, fils de Libya, c'est-à-dire, en langage vulgaire, par le ciel d'Afrique».

Nous n'avons pas à décider ici la question de priorité agitée entre les Égyptiens et les Chaldéens. L'érudition moderne fait pencher la balance en faveur des Chaldéens et en revient ainsi à la première opinion des Grecs*. On sait que les Égyptiens ont cultivé particulièrement l'astrologie médicale, et il paraît bien aussi qu'ils ont fait faire des progrès à Tastronomie scientifique, puisqu'ils ont su, de fort bonne heure, calculer les éclipses, dont les Chaldéens ne connaissaient pas encore la théorie au temps de Diodore *; mais, en revanche, ceux-ci, qui adoraient les astres, ont bien pu imaginer avant leurs rivaux ou, en tout cas, développer avec plus de conséquence le fatalisme astrologique, élevé à la hauteur d'un dogme religieux. C'est chez eux qu'en observant le ciel

i) Philon. De Migr, Abmh., 32. — 2) Lucian. De astroL, 3-5. Macrob. Somn. Scip., I, 21, 9. — 3) Pux., VII, 56, 203. Virgile a immortalisé la tradition qui faisait d'Atlas un savant astronome. (jEn.^l, 740 sqq.) On disait aussi que l'astrologie avait été importée directement d'Ethiopie en Grèce par Hercule, élève d'Atlas (Herod. ap. Clem. Alex. Strom., I, i5), mais les plaisants tournaient en ridicule le dieu ainsi déguisé en savant, et disaient qu'il avait choisi, pour se hrùler^ le jour d'une éclipse de soleil, afin de suppléer cet astre. (Paul., p. 100, s. v., Hercules astrologus.) — 4) Movers (Phonizier^ I, p. 79 sqq.) pense que l'Egypte a reçu de la Chaldée les principes de Tastrologie vers le temps où régnait à Babylone Elibus, successeur de Merodach-Baladan, et, en Egypte, Sethon. On a, dans un papyrus grec, datant du règne d'Antonin, l'aveu d'un prêtre égyptien,qui dit avoir consulté des livres nombreux « ûç «apiWOrj l)|jiîv hùi aoçOv à^^oXvyt^ toux' iat\ XoXSaVxwv. tSETPFAiTH. Syst. astrom. «gypt^^ p. 212.)— 5) Diod., I, 50; II, 31.

€ avec ridée préconçue de raction générale des astres sur les phénomènes de la nature et sur les destinées de Thomme, on crut saisir quelques-unes des lois de cette action, quelquesuns des' liens qui rattachaient aux mouvements célestes les faits terrestres. On nota les coïncidences qui se produisaient entre les positions ou les apparences des astres et les événements, et Ton crut trouver dans ces coïncidences la clef des prévisions de l'avenir*. » L'instinct populaire ne s'est donc pas complètement trompé en maintenant le nom de Chaldéens à tous les astrologues, en dépit de toutes les rectifications.

L'usage avait aussi consacré la synonymie de plusieurs expressions dont il faut d'abord déterminer le sens précis, avant d'aborder l'étude des textes relatifs à la divination sidérale. Les Grecs avaient d'abord compris dans le terme général de météorologie toutes les observations relatives aux phénomènes qui ont pour théâtre les hautes régions (lUTéwpa)'. A partir* d'Aristote, la science des phénomènes atmosphériques, gardant le nom de météorologie^ se sépare de la science des astres, qui se trouve désignée depuis lors par les noms à^astrologiCy astronomie ou science niathé^ matigue. Lorsque les Chaldéens eurent importé en Grèce la divination astrologique, on sentit le besoin de distinguer entre la science d'un Eudoxe, d'un Aristote ou d'un Hipparque, et la connaissance des influences sidérales. Le moyen le plus simple eût été de différencier, comme l'ont fait depuis les modernes, le sens des synonymes dont on disposait, mais l'usage ne le permit pas'. Astrologie et astronomie restèrent, pour la plupart des auteurs, absolument

i) F, Lenormant. Divin, chez les Chaldéens^ p. 6.-2) Voy., Th. -H. Martïx, art. AsTRONOMiA, dans le Diot. des antiq, grecques et rom, de Daremberg et Saglio. — 3) La distiaclion définitive entre l'astrologie et Vastronomie est toate récente. On disait encore, au xvii« siècle, l'astrologie Judiciaire pour spécifier l*dstrologie divinatoire, par opposition à Tastrologie scientifique ou astronomie.

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