SONGES OR NIT II OM ANTIQUES
L'oniromancie est donc comme une vaste encyclopédie de la divination, où nous allons retrouver sans peine toutes les méthodes analysées jusqu'ici.
Soit, par exemple, une image qui tombe dans le domaine de l'ornithomancie, l'apparition d'un oiseau. L'onirocritique est obligé de savoir, comme l'augure, à quelle divinité la tradition adjuge chaque espèce, car « tous les animaux qui sont consacrés aux dieux indiquent ces dieux eux-mêmes1.» Il doit ensuite examiner les mœurs de l'espèce en question et faire des rapprochements analogiques avec les affaires humaines, c'est-à-dire, en somme, reprendre à nouveaux frais les raisonnements qui jadis ont servi de base à la tradition augurale. La consultation suivante pourrait aussi bien être signée par un augure que par un interprète de songes. « Voir un aigle assis sur une pierre ou perché sur un arbre très-élevé est bon signe pour ceux qui s'apprêtent à l'action, mauvais pour ceux qui craignent. Le voir voler doucement, sans précipitation, est également bon signe, mais l'effet en est d'ordinaire plus lent*. » Veut-on un prodige omithoscopique? Les songes les multiplient et fournissent toutes les copies des prodiges réels. «Un aigle se reposant sur la tête de l'observateur présage la mort pour celui-ci, car tout ce que l'aigle saisit de ses ongles meurt3. » Le prodige réel aurait été interprété de la même manière, pour les mêmes raisons. Aussi, les onirocritiques empruntaient-ils souvent leurs interprétations aux tératoscopes et étaient eux-mêmes consultés sur les prodiges. Artémidore, en un certain endroit, renvoie, pour plus amples renseignements, au traité Des prodiges et signes deMélampus, « estimant qu'il n'y a aucune différence entre ce qui se passe durant le jour et ce qui apparaît en songe, car on arrive, de part et d'autre, au même pronostic, comme nous l'avons souvent vérifié par l'expérience''. »
1)Artem.,III, 28. — 2)Autem.,I, 44. — 3) Artem.,N, 12.— 4) Artem , IV, 56.
Sur la foi de cette assertion, on pourrait emprunter à l'expérience oniroscopique de "quoi compléter le peu que nous savons sur l'extispicine réelle. On peut rêver qu'on dissèque un animal ; on peut aussi songer que l'on est soi-même traité delà sorte. C'est ce dernier cas que considère Artémidore; mais, si étrange que paraisse l'exemple choisi, il se prête a une assimilation toute naturelle, attendu que la victime, dans les sacrifices réels, représente en tout celui qui l'offre .et pour qui l'on en consulte les entrailles. L'haruspice aurait donc pu raisonner comme le fait l'onirocritique, et localiser, comme lui, les pronostics dans les diverses parties interrogées par son scalpel, faisant représenter le conjoint de son client par le cœur et les poumons ; le fils et les soucis par le foie ; l'argent et les femmes par la vésicule du fiel; les- plaisirs par la rate; les enfants et les usuriers par les intestins ; les frères et la parenté par les reins. Artémidore a peut-être pris sa conclusion dans un manuel d'extispicine. « Lorsque ces parties demeurent en place, elles indiquent que ce qu'elles représentent durera; doublées, toutes ensemble ou dans une partie isolée, elles indiquent que l'effet représenté sera double1. »
La divination qui est le plus largement représentée dans l'oniromancie est la divination populaire par les rencontres fortuites ou symboles (àrawifaeis — 5%2oXot)\Les gens superstitieux qui remplissaient de ces préoccupations leur vie domestique et leurs voyages, pouvaient s'adresser de confiance à l'onirocritique, aussi bien pour les incidents réels que pour les incidents imaginés, les uns et les autres ayant même valeur. Il n'est pas une page du livre d'Artémidore qui ne fournisse un appointa la symbolomancie. Supposons qu'un individu timoré ait rencontré des ânes chargés et soit tenté d'y voir un présage. Le présage sera le même que s'il avait rêvé cette rencontre. Or, « des ânes chargés, obéissant a leurs conducteurs,
i) Artemid., I, 20. - 2) Voy., ci-dessus, p. H9-122. li-8.