SONGES C LÉ DONO M ANTIQUES
d'ailleurs bien portants et marchant d'un bon pas, sont d'heureux augure pour un mariage ou une association ; pour les voyages, ils présagent une entière sécurité, mais des délais et lenteurs à cause de la lourdeur de leur marche1.»
On sait que la belette était généralement redoutée des gens à frayeurs. Artémidore nous donne le sens de ses apparitions. « La belette indique une femme rusée et méchante ou un procès, parce que otV.r, et yaÀ^ font en chiffres le même compte; et aussi la mort, car, ce que la belette prend, elle le corrompt; puis, des bénéfices et utilités, parce que certains l'appellent scepBcû [gain). On peut apprécier ces différences en l'observant, selon qu'elle s'approche ou s'éloigne, qu'elle fait ou subit quelque chose d'agréable ou de désagréable*. »
Il devait arriver souvent que des gens en quête d'un conseil surnaturel fissent une sorte de pacte avec les dieux et convinssent avec eux de prendre pour symbole le premier objet qui s'offrirait à leur vue. Pour ceux-là, les répertoires onirocritiques étaient une mine inépuisable de renseignements.
Ce procédé est surtout connu par l'emploi qu'on en faisait dans la divination clédonomantique. La clédonomancie tient aussi une grande place dans l'interprétation des songes et y est représentée sous tous ses aspects. Que l'on voie des individus portant des noms comme Ménon ou Ménécrate, on en conclut qu'il faut s'abstenir de voyager. Zenon, Zénophile, Théodore donnent bon espoir aux malades; Karpos, Elpidoplioros etEutychos indiquent un bénéfice pécuniaire. D'autre part, Thrason, Thrasylos, Thrasymachos encouragent a agir en enjoignant de ne pas hésiter3. On connaît le calembour qui rassura Alexandre devant Tyr. Le conquérant, impatient et presque découragé par les lenteurs du siège, rêva qu'il voyait un satyre danser sur son bouclier. Aristandre de
\) Artemid. Ibid. — 2) Artkmid.. III, 28. — 3) Autemid., III, 38.
Telmesse déclara que nul présage ne pouvait être plus heureux, attendu que Satyros signifie « Tyrest à toi (Sa Tûpo?) '. » Artémidore use à chaque instant de ce procédé fécond en résultats inattendus. C'est ainsi que, seul de tous les légumes, le pois (nfaoç) est favorable, parce qu'il signifie confiance (rcfcm?)2 ; que les chèvres (aTys;) indiquent les vagues de la mer, appelées métaphoriquement du même nom3; l'aigle (ierfs), l'année présente (a'sio;)4. Le dieu Sérapis expliqua un jour, par une finesse étymologique, un songe que les plus habiles désespéraient d'élucider5. Seulement, l'expérience avait appris qu'il fallait parfois contrôler, à J'aide des renseignements supplémentaires, les résultats ainsi obtenus, surtout en ce qui concerne les noms propres. Le jurisconsulte Paulus, parexemple, ayant un procès, rêva qu'il avait pour avocat Nicon, c'est-à-dire le « victorieux. » Il était enchanté du présage, mais il existait réellement un Nicon qui avait été condamné jadis par la justice impériale, et Paulus perdit son procès6. Parfois aussi, on applique la clédonomancie là où elle n'a que faire. Un malade rêva qu'il voyait un certain Pison, et un devin lui promit là-dessus longue et heureuse vie. Mais le nom était ici chose indifférente, tandis qu'on avait négligé un détail important : c'est que ce Pison portait des parfums. Or, il les destinait à un enterrement, comme on s'en aperçut à la prompte mort du songeur7.
Les songes parlants tiennent à la fois delà clédonomancie et de la cléromancie. Artémidore, en homme prudent, dresse une liste des êtres dont les paroles, allégoriques ou non, méritent créance8. Il place en première ligne les dieux, pourvu qu'ils apparaissent avec le caractère qui leur convient; puis les prêtres et les rois, les devins de bon aloi, les morts, les
1) Artemid., IV, 2k — 2)Aiitemid., I, 08. — 3) Atitemid., II, 12. — 4) Arte-
HID., II, 20. — 5) AaTEMID., IV, 80. — 6) ÂKTEMID. Ibid. — 7) ARTEMID., IV, 22-
— 8)Artemii)., II, 69; IV, 72.