‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 41 sur 157 · PORPHYRE ET LA THEOSOPHIE · texte numérisé non relu

PORPHYRE ET LA THEOSOPHIE

Démocrite. Les communications des génies sont toutes spontanées et dictées par leur bienveillance naturelle. Elles constituent, par conséquent, un trésor précieux pour l'humanité. Aussi notre philosophe se promet-il un excellent effet de la collection d'oracles qu'il avait coordonnés en corps de doctrine à l'usage des hommes de foi. Il écrivit un livre « sur la philosophie tirée des oracles1. »

Porphyre n'était pas le premier qui eût eu l'idée de recueillir les révélations émanées des oracles. Un siècle avant lui, le Chaldéen Julianus avait publié un recueil d'oracles en vers2, et d'autres travaux plus spéciaux3 avaient préparé celui de Julianus. Mais ce fut Porphyre qui introduisit dans renseignement philosophique l'exégèse de textes sacrés. Il imitait ainsi les chrétiens, contre lesquels l'hellénisme engageait alors une lutte acharnée. A partir de ce moment, les « divins oracles » devinrent l'objet d'une étude sérieuse : la théosophie allait substituer sa méthode propre à celle de la philosophie.

Porphyre cependant donnait encore à la philosophie le pas sur la religion. Il semble même être revenu, dans son âge mûr, sur les concessions qu'il avait faites, dans sa première ferveur, à quantité de croyances indémontrables, et particulièrement à la crédulité illimitée des partisans de la divination. Il comprenait les difficultés théoriques que soulève la doctrine de la divination, et, dans sa lettre au prêtre égyptien Anebon, il pose des questions fort embarrassantes. En quoi consiste la divination? Qu'est-ce au juste que l'extase prophé-

1) Ecseb., IV, 7; VIII, 1; V, 5. Firm. Matern. Malhes., XIIF, 4. G. Wolff, Porphyrii de philosophia ex oraculis haurienda librorum reliquise. Berolin. 18o<>, — 2) Suidas, s. v. 'IouXtav<5ç. Sur les deux Julien, le Chaldéen et le Théurge, et sur cette littérature mystique en général, voy. Lodeck, Aglaophamus,i>. 98- III; 224-226. G. Bernhardy, Grundriss der griech. Lilterat., II 3, p. 4o3- 4o7. — 3) On avait des notices sur les oracles et des collections de textes par Onomacrite, Héraclide de Pont, Philochore, Chrysippe, Mnaseas de Patrae, Ister, Nicandre, Phlégon de Tralles, Elien, OEnomaos, etc

tique et le songe prophétique? Pourquoi l'extase est-elle produite par divers moyens et le sens prophétique attaché à divers signes? Les dieux sont-ils au service des devins? Apparaissent-ils objectivement ou subjectivement, ou des deux manières? La connaissance de l'avenir vient-elle de l'âme ou de la divinité ? La divination ne serait-elle pas, vu la sympathie de toutes les parties par rapport au tout, la conséquence naturelle des moyens employés ? Comme elle est, en somme, plus nuisible qu'utile, ne serait-elle pas due à des génies inférieurs peu éclairés et même peu véridiques < ?

Il ne refuse pas de croire a la divination et à toutes 'ses méthodes, mais «la divination, dit-il, n'est assurément point le seul chemin vers le bonheur, puisqu'on peut avoir cette science et ne point savoir en user ou s'en servir pour importuner mal à propos la divinité sur la fuite d'un esclave, l'achat d'une terre, un mariage ou un négoce2. » Il déclare même ailleurs que « le philosophe n'aura que faire de consulter les devins et d'interroger les entrailles des victimes3. » Il veut que le sage, au lieu de chercher à s'assimiler la faculté divinatoire avec des mets saugrenus, s'efforce de s'approcher par lui-même de Dieu pour lui parler seul à seul, non pas de projets mesquins, mais des « choses éternelles. » C'est aux âmes vulgaires, incapables de ce colloque spirituel, que Dieu parle par des songes, des présages fortuits et des voix4.

Ce langage surprend quelque peu chez un philosophe aussi dévoué aux idées religieuses, surtout chez l'exégète des oracles. Au fond, la pensée de Porphyre a mûri, mais elle est restée conséquente avec elle-même. Il sent que la révélation compromet sa dignité en se mêlant à toutes les vulgarités

1) Porphyr. Ad Aneb., 12-20. — 2) Porphyr. lbid.r9. — 3) Porpuyr. De abstin., II, 51. — 4) Porphyr. Ibid., II, 40. 51. 53.

Page 1