‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 42 sur 157 · IAMBLIQUE DE CHALCIS · texte numérisé non relu

IAMBLIQUE DE CHALCIS

de la vie quotidienne; il voudrait voir tomber en désuétude cette divination triviale qui trouve, dans les moindres incidents, matière à conjectures, et ne reconnaître que la révélation solennelle, telle qu'elle avait été dispensée par les oracles. Celle-ci même a parlé assez longtemps pour qu'il suffise désormais de méditer ce qu'elle a apporté de vérité au monde. Porphyre voudrait fermer le livre qu'il a écrit sous sa dictée, à l'exemple des chrétiens qui ne mettaient pas en jeu constamment, au gré du premier venu et pour contenter une curiosité puérile, l'inspiration divine d'où était issue leur tradition écrite.

Ces efforts indiquent chez Porphyre un grand sens pratique, mais il s'arrêtait arbitrairement dans la voie où l'entraînaient les conséquences de ses principes, et ses disciples ne voulurent pas s'arrêter avec lui.

Iamblique, de Chalcis en Coele-Syrie, à l'encontre de Porphyre et de Plotin qui inclinaient vers le fatalisme naturel, livre tout à l'arbitraire divin. On chercherait vainement dans son système quelque chose d'immuable et de réglé, et l'on a peine à comprendre que la foi à l'astrologie ait pu y trouver place'. Il semble qu'avec de tels principes, l'avenir risque fort de n'avoir point de plan et d'être inconnaissable. Mais les dieux le connaissent, parce que c'est leur action qui le produit et, en général, parce qu'ils savent tout. La liberté humaine n'est pas plus garantie qu'avec le fatalisme pur, mais on s'explique peut-être plus facilement que la divination soit utile.

Pour Iamblique, la mantique et la théurgie, ou l'art de produire Dieu dans l'âme, sont les guides les plus assurés de l'existence. La théurgie contient, du reste, la mantique;

1) Iamblique avait écrit un gros livre : ITsp\ ttjç yakoxïrfs xtkv.ozâzrfi -.piXoao^aç. Voy. G. Wolff, op. cit., p. 66.

elle fait tomber tous les voiles qui séparent l'âme de la vérité absolue et la met face à faco avec la source de toute révélation. L'initié s'élève par quatre degrés successifs à cet état de perfection. Il est mis d'abord en communication avec Dieu par des statues animées qui rendent des oracles; puis par des énergumènes ou possédés ; en troisième lieu, par un théurge achevé qui lui raconte ce qu'il a vu; jusqu'à ce que, enfin, il soit admis lui-même à « l'autopsie » ou vision immédiate des puissances surnaturelles'.

Le livre des Mystères, signé d'un pseudonyme, Abammon, et qui a été attribué à Iamblique, est une réponse directe à l'écrit de Porphyre, la Lettre à Ànebon. Aux doutes de Porphyre sur l'utilité de la divination, l'auteur oppose une affirmation tranchante. « La divine mantique, présent des dieux mêmes, nous a été donnée comme le seul préservatif contre les maux de la vie, et il n'y a pas d'autre voie qui conduise vers la félicité... » La divination est produite par une lumière intérieure que Dieu fait briller dans Tàme et non par des signes extérieurs. Du moins, la divination par les entrailles est considérée comme de qualité inférieure et desservie par des génies du dernier ordre2 . L'astrologie est tenue en médiocre estime, ce qui paraît quelque peu en désaccord, sinon avec le système, au moins avec l'opinion personnelle de Iamblique. L'art augurai est plus apprécié. L'auteur explique que les oiseaux auguraux sont mus par une série de causes qui les rattachent, comme par une chaîne ininterrompue, à la divinité : leur aine d'abord, le génie des âmes, l'air, le ciel, et enfin le moteur suprême, Dieu lui-même3. L'auteur s'élève avec force contre les charlatans qui font voir de fausses images des dieux dans

1) Procl. In Tim., IV, 240, *2H7. In Cralyl. 106. — 2) Iamblich. Myster., VI, 3. — 3) Iambi.icu. Mi/slcr.. III, 16.

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