‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 46 sur 157 · POLEMIQUE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

POLEMIQUE RELIGIEUSE

nologie platonicienne, surtout avec la distinction des bons et des mauvais génies établie par le néoplatonisme, leur fournit des arguments d'autant plus efficaces qu'ils les empruntaient à leurs contradicteurs eux-mêmes. Le mot d'ordre de tous les polémistes chrétiens fut d'attribuer les oracles à la malice des mauvais génies.

Le christianisme, comme l'a très-bien remarqué Fontenelle', trouvait dans cette tactique une foule d'avantages. Il cédait à son penchant naturel pour le platonisme, dont le fondateur était censé avoir pris jadis connaissance de la Bible en Egypte; il employait ses démons bibliques en leur créant ainsi toute une ère de domination antérieure à la venue du Christ, et, par surcroît, il tirait parti de certains oracles qui passaient pour avoir annoncé la naissance du Messie, ou proclamé la Trinité2, en les donnant comme dictés au démon par une force supérieure, en même temps qu'il exploitait le fait de la cessation des oracles, en l'attribuant à l'avènement du règne de Jésus-Christ, vainqueur des démons.

Cette donnée permettait de varier les explications.

Les plus grossières des pratiques divinatoires pouvaient sans inconvénient passer pour des superstitions ou des supercheries. Clément d'Alexandrie va aussi loin qu'Œnomaos de Gadare, en disant que les oracles les plus fameux, les devins de toute espèce, sont des imposteurs, et que les chèvres ou corbeaux qui donnent des présages ont été dressés à ce métier3. Origène etEusèbe accordent aux païens qu'il y a du surnaturel dans les oracles, mais en leur faisant sentir qu'on pourrait soutenir et même prouver le contraire, saint Cyprien parle des initiations sans nombre qu'il lui fallut

\) Fontenelle . Hist. des oracles (abrégé de l'ouviage de Van Dale, De oraculis vclerum).- 2)Voy., vol. IF, les Sibylles. — 3) Clem. Alex. Protrcpt . , § 1,2.

subir et de toutes les méthodes divinatoires auxquelles il dut se rompre l'esprit', et saint Jean-Chrysostome se moque après lui de tout ce fatras de superstitions qui, comme Pline le constatait déjà, encombrait la vie humaine 2.

Leurs adversaires se donnaient parfois le plaisir de leur opposer les pratiques minutieuses de l'ancienne loi. Julien soutenait, par exemple, qu'Abraham avait été un augure convaincu et un aruspice acharné3. Mais, en général, les plus éclairés des philosophes ne protestaient guère à ce sujet et n'étaient pas fâchés d'alléger leur cause de ce fardeau compromettant, assurés que les chrétiens ne pouvaient aller plus loin sans renier leurs propres principes.

Le christianisme, en effet, comme nous l'avons vu, reconnaissait en théorie l'inspiration surnaturelle des oracles, en ajoutant que cette inspiration venait, non pas de Dieu, comme celle des prophètes hébreux et des saints, mais du diable4. Le débat, une fois porté sur ce terrain, devenait plus difficile à trancher. Sans doute, les mauvais génies pouvaient tromper les hommes; les philosophes en convenaient. Mais pourquoi les bons génies ne mettraient-ils pas autant d'ardeur à éclairer les âmes sincères, que les mauvais à leur en imposer? Si la religion hellénique est bonne, est-il possible de croire qu'elle ait facilité par ses pratiques et revêtu de son approbation les mensonges des génies pervers? Les chrétiens répondaient que précisément la religion hellénique était mauvaise; mais c'était la préjuger la conclusion générale et non pas démontrer le caractère diabolique de la divination païenne.

Ce caractère ne pouvait être retrouvé que dans les faits.

1) Cyprian. Fragm. ap. Act. Bolland., VII, p. 222. L. Prklleh, Ausgcwiihlle Aufsatze, p. 279. — 2) CHRYâosr. Homil. V in Cor. I. — 3) Julian. ap. Cyrill. Adv. Julian., X, p. 358-3S8. — 4) Saint Paul avait explicitement déclaré que ious les dieux des Gentils sont des démons. (I Cor., x, 20.)

Page 1