‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 63 sur 157 · LES OISEAUX DE PROIE · texte numérisé non relu

LES OISEAUX DE PROIE

lièrement des oiseaux. Les devins ne sont que les interprètes de leurs prédictions. Si donc les oiseaux nous

indiquent par des signes tout ce que Dieu leur a révélé, il suit de là qu'ils sont dans une intimité plus étroite que nous avec la divinité, nous passent en cette science et sont plus chers à Dieu que nous1. » Porphyre dit, presque dans les mêmes termes, que les oiseaux comprennent, plus vite que les hommes, la volonté silencieuse des dieux2.

La vocation toute spéciale des oiseaux pour le rôle de révélateurs n'a donc jamais été mise en doute par l'opinion générale dans le monde gréco-romain.

Mais tous les oiseaux ne sont pas également aptes à fournir des présages. Les plus grands, les plus forts, les plus intelligents et en même temps ceux qui doivent à leurs habitudes solitaires une individualité plus caractérisée, les oiseaux de proie, ont été choisis de préférence comme sujets d'observation par les devins de l'antiquité. C'est à ceux-là que s'appliquait d'abord exclusivement le nom d'oiônos, « oiseau solitaire" » ou oiseau à présages. Aux avantages physiques qui les recommandaient à l'attention, les oi eaux carnivores joignaient une aptitude toute particulière à la divination. On trouve, dans les croyances mal systématisées de la Grèce, des traces d'une foi tout orientale aux vertus magiques du sang versé. On voit les âmes des morts recouvrer la mémoire et le don de prophétie en buvant lo sang des victimes; certaines recettes employaient des mixtures sanglantes pour créer des animaux prophétiques qu'il suffisait d'avaler ensuite pour s'incorporer la faculté divinatoire'. Le rôle que jouait le foie dans l'extispicine l'ayant fait considérer comme un organe

1)Cels. ap. Origen. Conlra Cels., IV, 88. —2) Porphyr. De abslin., III, o. — 3)0?«i>vdçde otoç, d'après Schœmann, Griechischc Allcrthïimcr, II2, p. 272. G. Curtius, Griech. Etymologie, I, p. :YM, dérive oîwv6ç de oFt = avis. Voy. ci-dessus 1 etymologie platonicienne (de otyate) — i) Voy., dans l'introduction, les idées attribuées à Démdcrite et à Porphyre. Cf. Philostr. Vit. Âpoll. i,

doué d'une vertu prophétique, on prétendit que cette vertu pouvait se communiquer par le même moyen. Qui sait même si Hésiode n'a pas tenu compte de cette croyance en appliquant à Prométhée le supplice de Tityos ? Dans la tragédie d'Eschyle, c'est au moment où le Titan se vante de posséder un secret inconnu de Zeus que celui-ci se décide à déchaîner sur son rival vaincu l'aigle dévorant chargé de le punir et peut-être de lui arracher, avec le l'oie, le secret qui doit y avoir laissé sa trace.

Les oiseaux de proie, qui vivent de carnage et qui souvent pouvaient goûter même aux entrailles fatidiques des victimes, suivaient donc un régime éminemment propre a développer en eux, sinon la connaissance, au moins l'instinct des choses de l'avenir. Cette prédisposition, qui devient tout à fait inutile si Ton admet que les animaux sont réduits au rôle d'instruments providentiels, a dû avoir sa valeur à une époque où la divination conjecturale n'était pas attachée, par une logique aussi serrée, à la mantique par inspiration. Aussi les oiseaux à présages (ôpviôss [j.avxr/.oî, xp^pH1 furent choisis à peu près exclusivement parmi les carnassiers, et les théories raisonnées qui reconnurent à la Providence le droit de choisir a son gré ses instruments ne firent guère entrer de recrues nouvelles dans ce groupe privilégié. Le terme oïwviç, dans son acception moyenne, désigne donc à la fois l'oiseau de proie et l'oiseau mantique2.

Mais l'usage étendit a plaisir le sens de ce mot. On le transporta d'abord, par métonymie, de l'agent à l'acte, de l'oiseau au présage, puis, une généralisation qui s'explique par la vogue de l'art augurai lit de oîwvds l'équivalent de « présage » en général, et appliqua ce terme même aux indications

20; III, (t. ;On voit déjà, dans un hymne homérique {AdMeraur., ." i 2 2 . b63), les Thries acquérir la faculté prophétique en mangeant des rayons de miel.] — 1 1 Ës( iivi.. Sept. ad Theb.,%5. — 2) V.Sdidas, s. y. Otwvof.

ORIGINES DE L'ORNITHOMANCIE 131

fournies par d'autres modes de divination. Les Romains en firent autant du mot auspicium*. L'instinct populaire était si prompt à suivre la pente de l'analogie que, la distinction encore maintenue par Homère entre oiwv6$ et Spvis s'étant effacée, le sens d'tfpvi? s'étendit de la même manière et par le même procédé. « Pour vous, dit Aristophane aux Athéniens de son temps, vous donnez le nom d'opvi« (oiseau) à tous les signes qui annoncent l'avenir. Pour vous, une parole est un oiseau, vous appelez oiseau un éternuement, oiseau une rencontre, oiseau un bruit inconnu; un esclave est un oiseau, un une est un oiseau-. » •

En dépit des érudits et des grammairiens qui. le plus souvent, ajoutent à la confusion sous prétexte de préciser le sens des mots3, la divination parles oiseaux ou augurale fut désignée indifféremment par les termes dérivés dVwvô; et d'&pviç*.

L'ornithomancie apparaît toute constituée dans Homère. Elle est pratiquée avec une habileté infaillible par Calchas. Hélénos, Halithersès. comme elle l'a été dans VAge précédent par Mélampus, Amphiaraos et Tirésias. Lorsque les Grecs se demandèrent d'où leur était venu cet art, ils eurent recours, comme d'ordinaire, aux origines mythiques. L'inventeur de l'ornithomancie est tantôt Parnassos, fils de Poséidon3, tantôt l'auteur de toute civilisation, Prométhée6. On

1) Voy., au vol. IV, la Divination romaine. — 2) Abistoph. Aves, 719 sqq. — 3) Hesychius, par exemple, l'ait de oiwvôç le synonyme de 091:. Suidas explique comme il suit l'oionùtique : oTov, Et h tîj n-.ï-j, Èç<xv7] yaXïj, ï) &pcç, tô5: 71 07][ia(v£t-. On voit même, par abus de l'analogie, jrcépov = oiwvoç = auspicium =z. imperium. — 4) On l'appelait (ts/vf() oiwviotijmî, ou oîwvixj], otuvo<T7.o7cfa, oîwvofAavtEt'a, àpviOop&VTsfoc, ôpviOocxbnfa, àpveofMtvrefa, opveoaxort'a, ■fiT'.; à-' cttDvôiv, ou&vtcf&x, oîuvtap;6ç, et ceux qui l'exerçaient |i eoaient le titre dVwvono/.o'., ottovofjufcvtsiç, oZwvtoraÉ, oîtovionjps;, ottavoaî'.ônot, ôpviOojiavTeiç, ôpvi0oax67cot, 8pvi0ojcp(Tat, 6pvsoax6jcot, 6pveo{i4vT£iç el même ottovoOÉtai. Les termes les plus usit-s tont : o&ovot = auspicia; oiuvoaxorfa = disciplina auguralis; oîwvooxdnot = augures. — 5\ P\rs.v.\., X, .">. :;. — 6) jEschyl. Prometh.,

i-86 sqq.

pensa peut-être aussi aux Centaures, parmi lesquels on rencontre un certain Orneios1. Des érudits moins faciles à contenter faisaient venir cette méthode de la Phrygie2 et même de l'Arabie3. Pline l'attribue à Tirésias, ou à Car le Phrygien*. C'est en Phrygïe qu'à l'époque de la décadence, on allait chercher les saines traditions de l'art augurai8. Des compilateurs maladroits, supprimant en quelque sorte toute l'histoire homérique, faisaient honneur de cette trouvaille a Telegonos, fils d'Ulysse, soi-disant auteur d'un ouvrage sur la matière6.

L'ornithoscopie divinatoire une ibis systématisée, dut fixer peu à peu la liste ou canon des oiseaux fatidiques, pour en limiter le nombre et déterminer aussi quels étaient ceux de leurs actes qui pouvaient fournir matière a conjectures. 11 fallait, en effet, se borner, et déjà les devins homériques l'avaient compris. « Beaucoup d'oiseaux volent sous le regard du soleil, dit un héros de VOdyssêe, mais tous ne portent pas de présages7. De même pour ce qui concerne les détails do l'observation. « Les habitudes des oiseaux sont si nombreuses, dit Porphyre, leurs cris si divers que les ornithoscopes euxmêmes n'en observent qu'une partie8. »

Le choix entre les diverses espèces s*est fait par habitude plutôt qu'en vertu d'une raison théorique. Chaque dieu ayant son oiseau1, on n'aurait dû exclure du canon ornithoscopique que les volatiles non attribués à une divinité10, à supposer

1) Ovir. Metam., XII, 302. — i) Ci.km. Alex. Stromat., 1, p. 361. Gregor. Nazianz. Adv. Julian., Oral. I, p. 100. Suidas, s. y. Oùovkjtlx^v. — :>) Appian, Frwjnt., ap. Miller, Revue Archcol. Nouv. série. XIX, p. 102, sqq. Théo doret. Oi'êBC. aff. nu\. I, p. ii'iT. Les Arabes passaient pour entendre le langage des oiseaux, surtout des corbeaux. (Philostrat. Vit. .!/»>//.. I, 20. Porphyr. DeAbstin.,111, 4.) — 4)Pliîs\, VII,56,203. — :;) V.Cïprian. a p. Bolland. (L. Preller, Ausgew. Aufsatse, p. 280). — §) Suidas, loc.cit. — 7) Hou. Odyss., Il, IH-J. Les oiseaux insignifiants étaient dits cbûa'JoXot, &ti%\>.aazoi, ^XfOiot. — 8] Porphyh, De Abslin., 111,4, —9) Plutarch. Quœst. rom., 2t. — |ii) La. perdrix étail peut-être seule dans ce cas: elle avait, on ne sait pourquoi, une

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