DIVINATION PAR LES ACTES INSTINCTIFS DES OISEAUX (ORNITHOMANCIE
Aptitude spéciale des oiseaux au rôle de messagers célestes. — Les oiseaux de proie. — Origine de l'ornithomancie. — Liste des oiseaux fatidiques. — Classification des actes interprétés. — Divisions du champ d'observation — La droite et la gauche : leur influence spécifique. — Drames sj'mboliques et signes convenus. — Le langage des oiseaux.— Décadence prématurée de l'ornithomancie. — Restauration artificielle et éclectique de la méthode. — Expérimentation ornithoscopique : l'alectryonomancie
L'éloge des oiseaux court d'un bout à l'autre de la poésie grecque. On ferait un recueil intéressant des épithètes gracieuses ou sublimes qu'elle donne à ces « co-habitants des dieux1, » et des aventures qu'elle leur prête. Il y a tant de charme à rêver des ailes que, dans la plupart des métamorphoses légendaires, les dieux consolent les victimes du malheur en les envoyant s'adjoindre au peuple aérien. Philochore
(*) Bibliographie concernant les rites ornithomantiques :
Hesiodus, 'OptOorj.av-EÎa. (V. Bernhardy, Griech. LiteraL, IF, p. 329.) Telego.xus, Ïï£p\ ok>v.<jTi-/.7J;. (Suidas, s. v. 0?hmo(.) Hylas, De externorum auguriis? (Plin., X, 16, 38.)
* Ahtemidorus Daldianus, OfavooxojtixÉÉ. (Suidas, s. v. 'Apr^-uo.) Apollonius La.ced.emon. (Psellus, op. infra cit.)
* Polles, Ta rtspl o?wvitfTtx% T7)ç xa8' "Opjpov. (Schol. Hou. IliacL, II, 305.
ThESAUH. GRiËC. LINÔ., P. V. Olwvo-oÀf/j.)
Mien. PsellUs, n"£pt (iiponAatocrisonfac x.a\ odovos/.o-îa; . (Ed. Hercher, ap. Philologus, VIII, 1, [1853] p. 166-168.)
SpanhkM. ad Callimach. Pallad. lavacr. 121-121(11, p. 702-720. éd. Ernesti.)
Nessel, De auguriis Grœcorum. Upsal. 1719.
Meiners, Ueber das Verhxllnùs des Exiispicium zu dcm Auguralwesen in Griechenland und Rom. 1800 ?
1) JGschyl. Agam., 58. Cf. Ecripid. Ion, 180. Ovid. Fast., I, 446-448, etc.
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cite déjà une Ornithogonle ou histoire spéciale des humains transformés en oiseaux, attribuée à Bceos ouBceo^ou à Phémonoé2, c'est-à-dire acceptée pour un des plus anciens essais de la poésie religieuse. La philosophie elle-même sourit à ces hôtes de l'air et les penseurs les plus graves se rencontraient avec Aristophane pour nous les présenter comme des modèles de perfection. Démocrite estimait que la musique était née de l'imitation des oiseaux3. Les partisans de la métempsycose voyaient en eux les véhicules légers des âmes les plus sympathiques et les plus communicatives; d'autres les louaient d'échapper aux souillures de la terre; tous cédaient à cet instinct qui nous porte à chercher au-dessus de nos têtes la patrie et le séjour de tout idéal ''.
La divination récompensa les oiseaux des services qu'elle obtenait d'eux en liant leur cause à la sienne et en faisant de leur prééminence une sorte d'article de foi. « Les oiseaux, dit Plutarque, grâce à leur rapidité, à leur intelligence, à la justesse de manœuvres avec laquelle ils se montrent attentifs à tout ce qui frappe l'imagination, se mettent, comme de véritables instruments, au service de la divinité. Celle-ci leur imprime divers mouvements et tire d'eux des gazouillements et des sons. Tantôt elle les tient suspendus, tantôt elle les lance avec impétuosité comme des vents, soit pour interrompre brusquement certains actes, certaines volontés des hommes, soit pour faire qu'elles se réalisent. C'est pour cela qu'Euripide donne à tous les oiseaux en général le nom de « messagers des dieux :i. » L'éloge des oiseaux se mêle à la polémique' que Celse soutient contre le christianisme. «Nous tenons la prescience, dit-il, dos autres animaux et particu-
I) Athen. Deipnos., IX, § 49. --2) Plin., X, 3, 7. — 3j Plutarch. Sol- /< ri. animal . 2<>. — 4) Stace résume assez bien ces idées devenues vulgaires dans le passage où il se demande « undc hic honor alitibus? » [Theb.: III, 482, sqq.) — aj Plut. Sollert. animal., 22. (Ti\id. Bélolaud.)