‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 65 sur 157 · REGLES GENERALES DE L'ART · texte numérisé non relu

REGLES GENERALES DE L'ART

une « hirondelle possédée de'Phœbus1, » on peut trouver la métaphore bizarre, mais on ne saurait affirmer que l'ornithomancie hellénique n'ait jamais demandé de présages aux hirondelles.

La divination ornithoscopique parfaite eut été l'intelligence du langage des oiseaux, telle que l'avaient eue Mélampus, Tirésias% Pythagore3, ou que la retrouvèrent, bien des siècles plus tard, Apollonius de Tyane et ses émules4. Mais il fallait pour cela des oreilles purifiées et on ne rencontrait plus guère de ces dragons dont la langue opérait cette purification indispensable. Il ne restait de cette science perdue que le premier rudiment, l'interprétation du cri des oiseaux observés.

Les règles de l'art concernant l'observation et l'interprétation des actes instinctifs des oiseaux étaient, comme on peut s'y attendre, fort complexes, car la pratique les avait pliées en tout sens et encombrées d'exceptions. Le devin pouvait d'abord tirer un pronostic général de Yesprce. Il y avait des oiseaux qui étalent « favorables par leur nature » et d'autres, « de sinistre présage, » qui avaient une réputation tout opposée5. Ainsi, il suffisait, parait-il, de voir un héron pour être assuré de réussir dans un dessein secrètement médité". Mais il ne fallait pas se hâter de conclure. Certains oiseaux étaient favorables pour tels individus et défavorables pour tels autres, suivant les circonstances ou même

\) Lycophr. Alex., 1460. Les hirondelles paraissent avoir eu pour mission de prévenir des dangers imminents. Elles avertissent en vain Cyrus, puis Darius prêts à envahir la Scythie ; une d'entre elles, suivant Arrien (Anab.,l, 2o), réveille Alexandre le Grand pour lui révéler une conspiration. C'est que, comme Aristandre de Telmesse l'explique alors au conquéraiit, « l'hirondelle est un oiseau familier, ami des hommes et plus bavard que tout autre oiseau.» — 2) Voy., vol. II, les Devins de V âge mythique. — 3) Amm. Marc, XXII, 1G. — 4) Puilostr. Vit. Apoll., I, 20. Cels. ap. Origkn. Contra Ccls., IV, 88. Pohphyr. DeAbstin., III, :î-4. -- \\) ^Eschyl. Prometh., 480. — G) Scuol, Vexkt. lliad., X, 274.

l.°,6 DIVINATION INDTJCTIVE

suivant la nationalité. La chouette était de mauvais augure pour tout autre que pour un Athénien, tandis que la corneille était redoutée à Athènes, sous prétexte qu'elle était en guerre avec la chouette et qu'elle avait trahi jadis la confiance d'Athênè en répandant le bruit que l'Acropole n'était plus gardée par Érichthonios, Agraulos et Erse. De même la mouette ne portait malheur que le jour d'un mariage1.

L'espèce une fois constatée et appréciée, l'ornithoscope avait à observer deux actes principaux, le vol et le cri. Les Romains se sont toujours contentés de cette classification (alites — oscines), mais les Grecs, plus subtils, subdivisèrent la matière en trois* ou même quatre3 points; le vol (rctffats), le cri (?wvt5— xX^aî), l'assiette ou siège (£âp«— xs£Qe$pa), l'attitude ou opération (hi^ûx). Un certain Apollonius, de Lacédémone ou de Laodicée, avait poussé plus loin encore l'art des distinctions, mais au nom d'une science bâtarde qui confondait les signes divinatoires avec les pronostics naturels*.

Tous ces actes, abstraction faite de leur intensité ou de leur durée, avaient d'abord une valeur de position, une signification variable suivant la place qu'occupait l'oiseau par rapport à l'observateur. Ici, l'art augurai des Grecs était beaucoup moins précis que celui des Étrusques et des Romains5. Les Grecs n'avaient point de temple, c'est-à-dire que le champ de la vision n'était point orienté par dos axes perpendiculaires tracés à l'avance. Ils distinguaient seulement le côté droit ou côté heureux (ôsÇioç— aiaioç), et le côté gauche ou malheureux (àpteispos— lijaiaios)8.

\) Pouphyu. Abslin., III, .'i. Tzetz. ad Lycophr. Alex., 513. — 2) Syxes. Delnsomn., p. J3i. — 3)Micu. Psellus, ap. Philologus, VIII, p. 1G7. — i 'AîioXXt&vioç 6 Aaxsoai|ji.6vio? ït:\ .:?.-/,; JîpiÇsto; r.xr.x Ta tôjv tci^vÔjv nzpuipyâaaTo, -po).a6ù)v /ai tomrfi xai -v;5;j.a xa\ ày.'h.h-i /.a\ xXîjpov xal [iétpov /ai [x£pia;j.bv xaî -eptùoov -£/.3Îa>; xeù r^v-thr^ xa\ r,/ov Tpo/a/.bv, [uyyepbv, eûrjyov, oJ^/ov, ojav/.oov, tJ;j.-.;<ovov, àvTbwvov, :; (ov Ta O'.â-jopa twv a-oTî)^;.i.âTiov E&pîaXETai. (PSELLUS. lbid.) — o) Voy., au vol. IV, la Ihéorio étrusco-romaine du templum . — 6) Les synonymes, pour la droite et la gauche, ne manquent pas, On rencontre

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