‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 68 sur 157 · ALLEGORIES ET ACTES SYMBOLIQUES · texte numérisé non relu

ALLEGORIES ET ACTES SYMBOLIQUES

cache (l'aile droite?), il est droit; s'il lève l'aile gauche qu'il la lève ou la cache, il est sinistre. S'il vole de gauche a droite et qu'il se dresse en cachant (l'aile), il est sinistre : mais si, ayant levé l'aile droite1...» La leçon de discipline augurale se trouve ici interrompue pour nous, et l'on ne trouve rien, dans les indications vagues des historiens, qui nous permette de reconstituer la science disparue des ornithoscopes. On voit bien. clans Plutarque2, un oiseau de mauvais augure lever l'aile gauche et étendre la patte du même coté, mais nous ne pouvons que soupçonner l'infinie variété des observations possibles en ce qui concerne 1' «énergie » ou activité des oiseaux mantiques.

S'agit-il du siège? En-dehors des constatations relatives à la position de l'animal observé, les devins distinguaient les oiseaux synèdres ou pacifiques et les oiseaux dièdres ou ennemis les uns des autres, et ils tiraient des présages de l'apparition simultanée de ces espèces3. Ainsi, lorsque le Tirésias de Sophocle entend une mêlée d'oiseaux qui se déchirent entre eux, il en tire un pronostic fâcheux \ suivant en cela une analogie naturelle qui a dû prendre place parmi les règles de l'art.

Nous n'avons pas a nous occuper des cas tératologiquos. Dans ces occurrences, le bon sens suppléait à la méthode et avertissait que toute dérogation aux lois de la nature a chance d'être un mauvais présage".

La divination par les oiseaux ne fut guère pratiquée que par les devins libres. Elle a été la méthode principale de l'âge héroïque, qui se contentait de l'ornithomancie et de l'oniro-

i) Voici le texte donné par Bœckh : ...r,;j. \xh feo/pûArj, SeÇidc, v oï Ir.ây^ Tïjv sviovu[Aox jrTspuy*, zav cb:ojcp*j(|/7), £Ùwvu;jloç. sy ol T7J; àfiaTSffjç ;; vrt't oî^r^ -z-t'yizvoç, r(;j. ;j.èv î&y; àrcojcpà'Jiïj, sjiovjjjloç, t,v ol -rt-i oic'.r^ -tipuya îx&pxç. . .

[Corp. huer. Grasc, 2953). — 2) Plut. Tib. Gracch., 17. — 3) Amstt. //. Ànim., IX, \. Schol. .Eschyl. Promclh., 48 1. — 4) Sophocl. Anlig., 1000 sqq. — ."i) Plut. Brut, rai., uli, 7.

mancie. « Celui-là est heureux, dit encore Hésiode, qui distingue les oiseaux et évite les péchés1. A l'époque historique, la prépondérance des oracles qui, après avoir peut-être usé de cette ressource2, l'avaient abandonnée, et la supériorité reconnue de l'extispicine avaient réduit l'observation augurale a n'être plus qu'une spécialité d'un intérêt secondaire qui se survivait à elle-même dans quelques coutumes locales, par exemple, dans les pratiques des devins de Skiron, près d'Athènes3. De là, l'indigence des témoignages dont l'archéologie dispose aujourd'hui. La science augurale des Tirésias et desCalchas était déjà une science morte pour les anciens historiens eux-mêmes. Les tables de signes que Manto avait dressées, dit-on, sous la dictée de Tirésias étaient retournées dans le pays des légendes*.

L'ornithomancie se releva pourtant, lorsque le vide se fit autour des oracles et que l'esprit pythagoricien, rajeuni par la philosophie de la décadence, fit prendre en dégoût les procédés de l'extispicine. La foi aux métempsycoses ornithogoniques mit à la disposition des croyants un argument nouveau. Comment dédaigner les présages apportés par le corbeau quand on savait que ie grand Aristeas de Proconnèse était apparu sous cette forme aux Métapontins3? On en revint donc aux hôtes de l'air, dont on vanta le bonheur et la pureté, en tachant de donner le beau rôle aux oiseaux inoffensifs et de reléguer parmi les oiseaux de mauvais augure les carnassiers.

Mais il fallut reconstituer à nouveaux frais et à grand

I) Hesiod. Opp. et dics, 824-826. — 2) V. Ci. Bœtticher, l'Orneoscopia nella mantica di Delfu (Annali dell' Instit. [Rom. ] di Corrispond. archeolog. XXX III [1861], p. 243-257), avec Iaréfutalion de K. Wieseleb (ibid. p. 356-365). — 3) Pherecrat. ap. Phot. Lex. s. v. Zxfpov. Cependant, sous la plume d'IIi|>pocrate, devin (fidcvriç) est encore synonyme i'augure (oîtovoox6jtoï). — i) Schol. >Eschyl. Sept., 25. Eorip. Phœniss., Si'5. —5) Voy., vol. II, Devins et Chresmoloyucs.

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renfort d'érudition une méthode oubliée. De nombreux auteurs, Ap'elles, Athénée, Cheeremon, Artémidore, Phocas, et d'autres « célèbres augures1 » écrivirent sur la matière, combinant sans doute des rites de toute provenance et mettant à contribution l'Italie, la Phrygie, l'Arabie, la Cilicie, la Pisidie, et même la Chaldée. De la, par exemple, ce procédé mixte, composé d'ornithomancie et d'extispicine, qui est si connu des chroniqueurs byzantins et qui consiste à découper les chairs des victimes pour les laisser emporter par des oiseaux de proie. Cette méthode s'appliquait particulièrement bien aux fondations de villes, le lieu d'élection étant déterminé par la chute de la proie. C'est ainsi, disait-on, qu'avait été choisi l'emplacement de Séleucie, celui d'Antioche, de Byzance et de mainte autre cité2. L'ornithomancie pouvait former avec l'astrologie des combinaisons sans nombre et quelques-unes au moins durent être essayées3. Ce zèle érudit ne prouve pas que l'art augurai soit jamais redevenu populaire4, mais il lui ht des funérailles clignes de son passé.

Les pratiques de L'ornithomancie nationale avaient pour but l'observation des actes spontanés et ne dirigeaient pas artificiellement les manifestations do l'instinct. On ne trouve en Grèce rien d'analogue aux poulets sacrés de Rome, dont un jeûne préalable pouvait augmenter l'appétit et qu'on mettait en présence d'une nourriture préparée. Les oiseaux nourris au Prytanée n'ont jamais existé que dans l'imagination desérudits qui ont mal interprété une scolie d'Aristophane.

1) Galen. loc. cit. Sans compter les ouvrages apocryphes attribués aux héros Télégonos et Mopsos. — 2) Voy. les chronicpies de Malala, Codinus,etc. — 3) C'est dans des livres « horoscopiques, » s'il en faut croire Fulgence {Myth., I, 12), que se trouvaient aoalysés les soixante-quatre cris du corbeau. 4) Le vautour et le corbeau restem encore, pour Man. Philès, des oiseaux niant qies. [De propr. anim., 115, 167.) — 4) Sciiol. Aristoi-h. Nub., 338. Spanhkm. ad Callim. Pallad. lavacr., 123. (II, p. 703, éd. Krnesti.)

Les devins grecs n'essayaient pas non plus de lancer des oiseaux, comme paraissent l'avoir fait les Étrusques. Lorsque les Argonautes d'Apollonius de Rhodes lancent des colombes à travers les Symplégades, c'est pour expérimenter si leur vol rapide pourra les soustraire à la terrible étreinte de ces rochers mobiles et si Argo pourra franchir comme elles l'obstacle. Quant à la colombe de Deucalion, elle n'est pas plus fatidique que celle de Noé.

Cependant les plus anciennes traditions parlent d'un moyen employé pour faciliter les observations augurales. Eschyle appelle Tirésias le « nourrisseur d'oiseaux (oiwv&v £oxjjp) *, » et l'Ion d'Euripide distribue de la nourriture aux oiseaux du Parnasse. C'était un acheminement à des procédés dans lesquels l'instinct animal reste libre, mais se trouve singulièrement enserré dans un réseau de combinaisons humaines. Ces procédés pouvaient être variés à l'infini, mais celui que nous connaissons, Yalectryonomancie ou divination par les coqs [*], doit être le plus perfectionné de tous.

La Grèce avait toujours montré pour cet oiseau courageux, dont le cri faisait, dit-on. fuir le lion lui-même, une sorte de prédilection. Les combats de coqs passionnaient les Athéniens d'autrefois, connue les Anglais d'aujourd'hui, et l'on disait même que Thémistocle avait mis ce spectacle sous les yeux des soldais qui allaient repousser l'invasion médique, pour Les encourager à vaincre. Le coq passai! aussi pour posséder un instinct divinatoire naturel qui lui faisait pressentir les perturbations atmosphériques. De là, par analogie, cette idée populaire que le cri du coq, entendu le jour des noces, présageait des orages domestiques*. Le sacrifice

1) Msam.. Sept., 24. Cf. Sophocl., Antig. IO0O. Schol. Triclin. Ibid. ] Piunomis. Alectryomanlia. Francof., 1681. R. Kœhler. VAUclryonophore, statue antique, St-Pétersb., \S'.il>. (ledrenus écrit àXexTopojiavTeJa. 2)Terent. Pkorm., IV, î, 30,

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d'un coq avait, dans certaines localités, la réputation de protéger les vignobles ou de détourner la grêle1. La magie et la mantique se disputaient ainsi cet oiseau qui ne manqua pas de jouer un grand rôle dans les rites magiques, théurgïques et divinatoires de la décadence-.

On finit par obtenir du coq de véritables oracles en langage humain, par l'artifice suivant, qui constitue l'alectryonomancie proprement dite. On traçait sur le sol un cercle autour duquel étaient disposés les signes de l'alphabet. Sur chacun de ces signes était placé un grain de blé ou d'orge ou tout autre appât que l'on renouvelait au fur et à mesure. On introduisait ensuite dans le cercle un coq préalablement dressé et consacré qui. une t'ois livré à lui-même, allait picorant ça et là et indiquait ainsi les lettres dont se composait la réponse divine à une question posée. C'est de cette manière que Libanius et Iamblique. voulant savoir quel serait le successeur de Valens, obtinrent les premières lettres de Théoclose3, résultat identique à celui que certains mécontents obtinrent à la même époque d'un bassin magique disposé comme le cercle employé en alectryonomancie4.

Ce rapprochement indique la nature de la méthode qui nous occupe. Elle n'est pas issue de l'ornithoscopie, mais de la divination cléromantique. Le coq remplace simplement la main qui tire les sorts ou l'anneau qui va heurter les lettres sur le bassin magique. C'est un composé hybride de deux procédés peu faits pour se confondre, invention de ces siècles oisifs et malheureux où tout, jusqu'à l'espérance, portait la trace du mal secret qui minait la raison elle-même.

I) Sen. Quzst. Nul., IV, 6, 1. Pausa.n., Il, 34, 3. — 2) V. G. Wolff. De phil. ex orac. Iiaur., p. 190. On peut môme soupçonner l'existence d'un oracle alectryonomantique en Crète, où les coqs de l'Ida étaient célèbres. (Voy., vol. II, Oracle de Zeus Hclkanos.) — 3)Cedken., II, p. 348, eJ. Bonn. — 4) Amm. Marc, XXIX, 1. Zosi.m., IV, 13-14. Voy., ci-dessous. Dactyliomancie. Un certain Théodore se crut par là appelé à l'empire,

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