‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 69 sur 157 · ET INSECTES · texte numérisé non relu

ET INSECTES

Valeur inférieure de ces animaux comparés aux oiseaux. — La Terre considérée comme source de divination. — Animaux autochthones ou issus de la terre par génération spontanée. — Caractère vague de ces observations ou expérimentations. — Présages tirés de l'instinct des victimes. — Caractère exotique de l'ichthyomancie.

Si l'ornithomancie avait des règles traditionnelles, et était devenue un art tenu en haute estime, on n'en saurait dire autant de cettte divination vague et superstitieuse qui étendait au hasard l'impulsion providentielle à toutes les espèces animales. Les limites posées par l'ancienne coutume une fois franchies, il n'y avait plus de raison pour exclure un seul être vivant de la liste des « animaux mantiques. » Aussi le génie grec, ennemi de la confusion et du désordre, refusa de reconnaître une valeur officielle à cette divination vulgaire, que l'on disait pourtant issue d'Orphée1 : il la relégua dans ce qu'on appelait, selon les cas, la divination « domestique'2 » ou « viatique K. »

Certains faits, considérés comme miraculeux, ont servi de prétexte a cette extension abusive des procédés ornithoscopiques. Ainsi, on racontait que des chèvres avaient découvert l'antre prophétique de Delphes, et des abeilles celui de Trophonius à Lébadée, ou que les Muses, sous forme d'abeilles, avaient guidé en Ionie les colons athéniens. Mégaros avait (''(•happé au déluge en suivant une troupe de grues ; Deucalion avait été conduit par un loup au Parnasse. Les légendes ne

OPlin.j VII, 57. Cf. Onru., Argon., 34 pi-os; xeù oiwvof). — 2) Il y avait là-dessus un traité d'un certain Xénocrate, Oïxoaxojcixbv otoma;;.*. (Snms. s. v. tsvozf - OttoviaTtx.) - 3) Pollè.-? >'vv'.\ sur le symbole: viatiijucs. (Siid. Ibid.)

ANIMAUX AUTÔCHTHONES 147

manquaient pas, et chaque espèce animale pouvait avoir la sienne. Il y avait donc lieu d'observer les actes instinctifs de tous les animaux ainsi pourvus d'un certificat délivré par la légende.

On reconnaît à première vue l'origine mystique de cette divination populaire. C'est des entrailles de la Terre, mère commune de tous les êtres, que, conformément à une trèsancienne croyance1, elle fait sortir la révélation. Les animaux sont, à ses yeux, d'autant plus expressifs qu'ils sont en communion plus étroite avec la source des effluves fatidiques. Aussi, le serpent, la sauterelle, le lézard, la souris, la belette, etc., paraissent avoir joui d'une faveur particulière. Les serpents, recommandés par leur qualité d'autochthones, fils et symboles de la Terre, pénétrèrent jusque dans la mantique solennelle des oracles. On les trouve errants autour des trépieds d'Apollon et dans les sanctuaires d'Asklêpios*. On rencontre même, à l'époque de la décadence, dans un sanctuaire apollinien de l'Épire, des serpents fatidiques dont l'appétit donnait des présages3. C'est probablement aussi la croyance à la génération spontanée des sauterelles qui leur valut la réputation d'animaux mantiques. On observait surtout les mouvements d'une espèce verte, moins agile que les autres4. Le lézard (aaupoç) doit au marbre si connu d'Apollon Sauroctone une notoriété dont la raison première gît, en définitive, dans ses aptitudes mantiques. Le statuaire qui avait fait la statue du devin Iamide Thrasybule à Olympie avait représenté son héros portant sur l'épaule un lézard en marche vers le coté droit'. Une classe de devins fort appréciés en Sicile, les Galéotes, devaient peut-être leur nom à une espèce de lé-

I) Voy., ci-dessous, Oniromancie, et vol. II, Oracles de la Terre. — 1) Voy., vol. Il, Oracles d'Apollon— Oracles d'Ashlèpios.— 3) .Klian. //. Ariim., XI, 2.

— 4; Schol. Theocr. Idyll , X, 18. Celle-là prédisait généralement la pesle.

— '■>) Pausan., VI, '2, i. Yoy., vol. II, Devins de l'âge historique.

zard1. Baigné dans la pleine lumière du soleil, cet animal passait pour symbole d'Apollon prophète.

Le rat, qu'on disait aussi enfant de la terre2, se trouvait à peu près dans le même rapport vis-à-vis d'Apollon Sminthien : la belette (y«mj) était la terreur des gens superstitieux autant que des souris. On la rencontrait souvent, car comme dit le parasite de Plaute, elle change de place dix lois par jour3. Suidas, dans son catalogue des procédés divinatoires, cite spécialement la mantique « par les souris et la belette4. » La taupe et la chauve-souris figuraient également dans cet interminable catalogue où l'araignée, on le pense bien, n'était pas oubliée.

En mettant de coté la méthode des Galéotes, que nous ne connaissons pas. on peut dire que la divination par les animaux terrestres, quadrupèdes, sauriens, insectes, appartient au genre cléromantique et ne comporte pas une observation systématisée des actes instinctifs comparable à l'ornithoscopie. Tous ces animaux présagent parleur seule apparition et en vertu du caractère heureux ou funeste attaché à leur nature. Ils constituent une bonne part de ces « symboles » que l'on rencontrait ou chez soi ou sur le chemin et qui sont de tout point assimilables a un coup de dés mis sous les yeux de rhomme attentif par la Providence. Interpréter ces signes était chose facile, car la coutume avait fixé le sens courant de ces présages.

Cependant les gens qui inclinaient à voir dans ces rencontres fortuites une intention providentielle plus complexe et voulaient tenir compte des circonstances concomitantes, comme des actes de ranimai aperçu, actes naturels ou prodigieux,

i) Thés. ob/EC. lin*g. s. v. Vùiû-z:. — 2) Strabon, XIII, f, 48. — 3) Plaît. Stich., III. 2, 45. Cf. Tu.f.ophbast. Charact., \xx. Il fallait, pour lui échapper, habiter l'îlol de Poroséléné où, au rapport de P.ine (VI, 58, 226), << les belt tics i c traversent pas le chemin. » — 't) Sdidas, s. v. r.avit-dx.

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