‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 72 sur 157 · LES VOIX DIVINES ET LE CLEDONISME · texte numérisé non relu

LES VOIX DIVINES ET LE CLEDONISME

Zeus appelé, pour cette raison, «avo^atos, e^poç, etyfyioç. Elle est intelligible par elle-même et non à la suite d'observations raisonnées. On la rencontre plus rarement en Grèce qu'à Rome à l'état de discours ou langage surnaturel, mais souvent à l'état de rumeur déjà propagée et dont nul ne peut dire l'origine. C'est alors la Renommée (*^pj —Fama), puissance divine qui se sert de tout le monde et ne relève de personne1. Il s'agit ici de la parole humaine employée par la Providence comme signe énigmatique, avec un sens parfois très-éloigné du sens naturel des mots. Pour distinguer ce fonds unique de la clédonomancie, il nous faut renoncer à trouver quelque secours dans les termes techniques qui le désignent. Il n'est pas une des dénominations employées pour caractériser la parole surnaturelle qui ne serve également à désigner la parole humaine et, par contre, le mot ÀkrfidM que l'on voudrait réserver pour la parole procédant de l'instinct, désigne aussi bien, par extension, la voix divine, ou même, dans la langue du Bas-Empire, une invocation au démon-. Homère emploie indifféremment ou simultanément <j»$p] et xlbjSi&v pour qualifier les paroles dont ses héros tirent des présages 5, et il se sert également bien du mot y.lrfiJrt avec le sens d'indication, de renseignement ordinaire4. Si la Renommée est déjà une déesse pour Hésiode5 et si elle eut un autel à Athènes6, la Clêdone lui fut parfois associée comme parèdre. Celle-ci eut même à Smyrne un temple pourvu d'un oracle7. Ni l'un

1) Dans Homère, l'ô'jsa est la messagère de Zeus. (Iliacl., II, 93.) Sophocle (OEdip.R., 157) appelle «Mua « fille de l'Espérance. » Lps Grecs tinrent pour miraculeux le hruit (<p^p] — jcXrjSciv) qui porta a Mycale,le jour même, la nouvelle de la victoire de Platée. (Herod., IX, 100.) Voy.,ci-dc sous, le chapitre consacré à la chresmologie. .— 2) KX^ocuv, xXt)3ovi<jt«^ deviennent, pour les Byzan- . tins, symnymes d'évocation nécromantiquj, sous prétexte que xXrjSt&v vient de xaXG (vexpotfç). V. Psellus. De op. Dxm., p. 41. — 3) Hom. Odyss., II, 35; XVIII, 117; XX, 105, 120. — 4) Hom. Odyss., IV, 3 17. Cf. L. Dœderlein. Ihmcr. glossarium. — 5) Hesiod. Opp, et Dies, 702. — G) yEscm.v. Orat., I, 128. — 7) Paus., IX, 11, 7.

ni l'autre de ces deux mots n'est prédestiné par son étymologie à affecter le sens spécial de parole divine ou de parole humaine. Aussi les Grecs, qui ne se piquaient guère de précision, les ont traités comme tous les termes qui auraient dû désigner des espèces de présages et qu'ils ont appliqués indifféremment à tous les présages.

Nous prenons donc ylrfi&v dans une acception limitée, la seule qui puisse rendre intelligible la clédonomancie ou clêdonisme.

Toute parole, phrase, mot isolé ou exclamation entendue par un homme préoccupé d'une idée étrangère à celui qui parle, peut devenir, pour celui qui l'entend, une ylrfi&t ; c'est-àdire qu'il peut y avoir, entre la pensée de celui-ci et une parole qui ne procède pas de cette pensée. un rapprochement imprévu, une consonnance fortuite qui contient l'avertissement providentiel. L'intervention surnaturelle est d'autant plus évidente que le sujet parlant est moins capable de calcul et plus étranger à la préoccupation de celui qui l'entend. Aussi cette espèce de présages était-elle particulièrement véridique daas la bouche des enfants1.

Le clêdonisme, dont il n'est pas question dans V Iliade. apparaît à l'état embryonnaire dans l'Odyssée. L'écart entre la pensée de celui qui parle et l'application que fait de sa parole celui qui l'écoute n'est pas encore considérable. Ainsi, quand, à Ithaque, le vieil yEgyptios dit de ïélémaque : «Puisse Zeuslui être favorable et accomplir ce qu'il médite dans son esprit! » Télémaque se réjouit du présage*. Ulysse entend les prétendants présager eux-mêmes leur mort prochaine, leur voyage chezPluton, lorsqu'ils disent en riant: «Nous ne larderons pas à conduire ce mendiant chez le roi Echetos, fléau de tous les humains3. » Ailleurs, il pressent sa victoire à une malédiction lancée par une servante excédée de

\) Plut. Isid. cl Osir., 14. — 2) Hou. Odyss.,l\, 32 sh-— 3) Hou. Odyss., XVIII, 1 l!J sqq.

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