‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 75 sur 157 · ÉTERNUEMENT FATIDIQUE · texte numérisé non relu

ÉTERNUEMENT FATIDIQUE

Ce phénomène physiologique, dont Aristote n'a pas dédaigné de s'occuper1, a pu prendre un sens fâcheux pour des motifs rationnels, s'il est vrai qu'on le regarda comme le prodrome de maladies graves; mais le sens heureux qu'il avait à l'origine est plus fondé au point de vue religieux. C'est là, en effet, une croyance qui doit dater de l'enfance de l'humanité et il est probable qu'on en trouverait la véritable explication chez les peuples restés aujourd'hui à l'état d'enfance. Or, une théorie naïve rencontrée chez les Zoulous d'Afrique rendrait assez bien compte de l'éternuement heureux, tel que l'entendait. Pénélope. Ce spasme involontaire serait l'effet du chatouillement produit sur les fosses nasales par un esprit qui entre à ce moment dans la poitrine, mêlé à l'air respirable. L'esprit, ordinairement l'àme d'un ancêtre, est un auxiliaire, un conseiller bienveillant qui annonce ainsi son arrivée2. Quelque tradition analogue3 avait sans doute servi de première assise à ce fragile échafaudage de conjectures divinatoires que la foi en la Providence protégea pourtant toujours contre les dédains de la raison. On se rappelait encore vaguement, dans l'âge historique, que l'éternuement indiquait l'arrivée d'un être surnaturel. Lorsque les soldats de Xénophon, après une harangue de leur chef, entendent un des leurs éternuer, « d'un seul mouvement, ils s'inclinent tous devant le dieu4. »

Est-il nécessaire d'ajouter que la divination physiologique prêtait au ridicule, même dans l'antiquité, et qu'avant Aristophane, un aède homérique en avait fait déjà la caricature? Comme Apollon emportait dans ses bras le jeune Hermès qui lui avait volé ses bœufs, « celui-ci lit partir un présage (ofo>vôv)3 misérable mercenaire de son ventre, impertinent mes-

1) Aristot. Problem., XXXIII, 7. — 2) Voy. Revue britannique (I876\ t. VI, p. 312. — 3) Une légende, dont, je n'ai pu vérifier l'origine, voulait que le premier homme eùtéternué lorsque Proméihée lui lit aspirer son âme. (Morin, op. cit., p. 32G.) — i) Xenoph, Anàb., III, 2, u.

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sager, et, aussitôt après, il éternua1. » C'est sur un présage de cette nature, entendu à droite, que compte le charcutier d'Aristophane2. Nous ne voulons pas, comme tel de nos devanciers, inscrire sérieusement cette parodie burlesque au nombre des méthodes divinatoires. Il n'y a rien là de commun avec une inspiration quelconque.

Il ne manquait pas de théories savantes pour faire contrepoids à ces plaisanteries. Certaines gens couvraient la ptarmoscopie du grand nom de Socrate dont le démon n'aurait été. à les entendre, qu'un éternuement, soit de Socrate lui-même, soit d'autres3. Les astrologues dressaient des tables d'éternuements différenciés suivant la position de la lune, l'heure du jour ou de la nuit, le sexe de la personne, le nombre, la succession ou la simultanéité des signes observés. Enfin, Olympiodore voulut bien assimiler réternuement à l'extase, c'està-dire qu'il en fit, ou peu s'en faut, une marque de sainteté4.

Les tintements d'oreilles avaient déjà dans l'antiquité le sens qu'ils ont gardé depuis. On croyait être averti par là à distance qu'on était au même instant, quelque part, un sujet de conversation5. Les pythagoriciens croyaient y reconnaître, dit-on, la voix des génies6.

Il est inutile d'ouvrir un chapitre à part pour tous les heurts ou soubresauts du corps, dans lesquels les gens superstitieux se plaisaient à voir des avertissements providentiels; pied trébuchant contre un obstacle, courroie rompue, etc.. Comme le dit Cicéron7, la logique défend de faire un triage dans les superstitions et qui admet l'une est désarmé contre l'autre: mais le dénombrement de ces mille riens, qui vont

1) Hym.w IIom. In Mcrcur., 29o-297. — 2) Aiustoph. Equit., 038 sqq. — :îi Plut. Gou Socr., H. — 4) Olympiod., ap. Casaub. ad Athen. Deipnos, l\, § T-j. Cette extaee tuerait, bien vite « la bête, » à laquelle on s'empresse de crier : Zîj8t (vis). — o) Pli.v, XXVIII, 2, 24. Lucian. Dial. merelr., IX, 2. Anthol. Planud., I, 19, li. — 6) Pliais. Var. hist., IV, 17. Cic. Divin., I, î.'i. — 7) Cic. Divin., Il, 40.

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