CARACTÈRE. SURNATUREL DES PALPITATIONS
les prophètes et les poètes, par une inspiration plus forte que leur raison. Ils voyaient aussi une intervention surnaturelle clans les brusques assauts de l'épilepsie, le mal sacré, qui frappe comme la foudre et s'en va, sans même laisser au patient le souvenir de ce qu'il a souffert. Il leur semblait même impossible qu'un tel coup, parti d'une main céleste, n'aboutît qu'à ce résultat négatif, et, lorsqu'il frappait un citoyen au milieu d'une assemblée, on savait que cet avertissement s'adressait a l'assemblée tout entière.
Il en était de même, à l'importance près, des moindres mouvements convulsifs du corps : il suffisait que l'acte physiologique fut soustrait à la volonté pour être imputable à L'influence divine.
On appliquait naturellement aux organes symétriques les règles d'interprétation qui mettaient le bonheur à droite et le malheur à gauche. « Mon œil droit palpite, dit le chevrier amoureux d'Amaryllis, vais-je donc la voir1? » L'astrologie, qui mettait chaque partie du corps sous la dépendance d'un astre, substitua ses combinaisons savantes à ces règles primitives, et permit d'utiliser pour la divination le corps tout entier. Mais, clans la pratique ordinaire, la paupière ou le sourcil resta le lieu d'élection des phénomènes mantiques. Le menteur de Plaute espère trouver de l'argent pour son maître. « Où? Je serais bien en peine de le dire, mais ce sera ainsi, je le sens à mon sourcil qui tressaille2. » On citait aussi, en seconde ligne, l'épaule, la cuisse et la fesse3; mais la tète était considérée comme plus digne de cette espèce d'attouchement divin.
Cette considération1, et aussi l'intensité plus marquée de l'acte convulsif, faisaient attribuer une importance plus
1) Theocr. Idyll., III, 37. — 2) Plact. Pseudol., I, 1, 10o. Cf. Kustath. ad Iliad., VII, I8i. — 3) Nonnus ad. Greg. Naz., p. lui. Cf. Alcipuron. Epist., I, 39. — 4) Athen. Dcipnos , II, §72.
grande à l'éternuement, qui a été observé dès le temps d'Homère. Au moment où Pénélope fait des vœux pour le retour d'Ulysse et la punition des prétendants, « Télémaque fait entendre un éternuement terrible; la maison entière en retentit. Pénélope rit et dit rapidement à Eumée : « Cours, « fais-moi venir cet hôte en ma présence; ne vois-tu pas que « mon fils vient d'éternuer comme j'achevais mes paroles? « Ainsi donc, la mort serait près de tous les prétendants1. » Éternuer sur quelqu'un lÈJcwralpeiv) signifia depuis lors, dans la Langue poétique, lui porter bonheur2. Tout le monde n'était pas de cet avis pourtant, comme en témoigne l'apostrophe : Zîï awsov, par laquelle on cherchait immédiatement à détourner, ou de l'éternuant ou de soi-même et des autres assistants, l'effet du présage3. « Nous nous affligeons lorsque quelqu'un éternue,» dit un personnage de Ménandre*.
Il y avait un moyen d'accorder les deux opinions: c'était de distinguer entre l'éternuement entendu à droite et l'éternuement entendu à gauche. C'est ce que Ton fit5; mais le procédé n'était guère applicable, car il conduisait à des conjectures insoutenables. Un homme placé entre deux autres aurait, en éternuant, porté bonheur à l'un de ses voisins et malheur à l'autre. Un éternuement au milieu d'une réunion aurait eu un sens difficile à apprécier. Enfin, on ne peut pas appliquer la détermination dans l'espace à l'éternuement dont le présage regarde l'éternuant lui-même. On dut, par conséquent, adopter suivant les cas les deux modes d'interprétation, tantôt accordant à l'éternuement une valeur prophétique intrinsèque, tantôt faisant dépendre cette valeur de sa position dans l'espace, par rapport à celui qui l'observe.
i) Hou. Odyss.,XVU, 541 sqq. (trad. P. Giguet.) Cf. Xenoph. Anab., Ilf, 2, 5. — 2) Tukocr. Idyll., VU, 96; XVIII, 16. — 3) Antiiol. Palat., XI, 268. Olysipiod. ad Plat., Phwdon., p. 30. Cf. Pli.v, XXVIII, 2, 6. — 4) Mex. ap. Stoij. Sermon., XCVI1I, 8. — o) Plot. Themist., 13. Cf. Xenoph. Anab., III, 2, :;. PoLYàN. Slraleg., III, 102.