‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 83 sur 157 · DIVINATION PAR LES SOURCES · texte numérisé non relu

DIVINATION PAR LES SOURCES

En Grèce, toutes les divinités de l'élément humide sont douées de la faculté prophétique, les nymphes dans leurs grottes ruisselantes, comme Nérée et Protée au sein de la mer. C'est l'eau qui alimente les oracles les plus renommés. Ceux-ci, tout en devenant la propriété du dieu solaire Apollon, n'ont pas cessé de puiser l'enthousiasme aux sources qui coulent sous leurs trépieds.

Nous aurons occasion, en faisant le dénombrement des divinités prophétiques et des oracles, de constater l'efficacité spéciale de l'eau comme agent producteur de l'enthousiasme mantique1. Il suffit, pour le moment, de signaler le rôle plus modeste de cet élément dans la divination conjecturale appelée hydromancie ou pégomancie (u8po|j.avTsia-jtr,YOfx.MTefe), qu'il ne faut pas confondre avec l'hydroscopie ou l'art de trouver les sources cachées2.

L'hydromancie conjecturale utilisait les fontaines et les lleuves, qui paraissaient doués d'une sorte de discernement surnaturel. Certaines eaux passaient pour garantir les serments et dénoncer les parjures. L'eau du Styx, par laquelle juraient les Olympiens, est le prototype de ces instruments d'épreuve, parmi lesquels on peut citer la fontaine de Zeus Orkios, près de Tyane3, et l'oracle hyd romantique des Paliques siciliens1. La fontaine des Paliques donnait aussi des présages généraux, affirmatifs ou négatifs par rapport à une question posée, comme celle d'Ino à Épidaura Limera et celle d'Aphrodite Aphax, dans le Liban". Les compilateurs de « Merveilles6 » citent quantité d'eaux

dans la philosophie de Thaïes, première ébauche de cosmogonie raisonnée. — 1) Voy., vol. II, Oracles des divinités marines. — 2) Plin., XXX!. 3. 27. Hedzey, Miss. arch. en Macédoine, Inscr. ir U3. — 3) Philostr. Vit. ApolL, I. 6. —4) Voy., vol. III, Oracle des Paliques. —5) Pausan., III, 23, 8. Cf. Plin. XXXI. 2. 23. Gœthe raconte (Wahrheil und Dichtung) qu'il jeta son couteau •'ans la Lahn pi^w déci 1er s'il serait peintre ou poète, à la façon des anciens Germains qui pratiquaient, eux aussi, la pégomancie, de préférence sur le Rhin. — fj) Cette littérature malsaine d s Paradoxographcs, d'où le souci cte

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miraculeuses servant de prétexte à toutes sortes de pratiques superstitieuses analogues à ces jugements de Dieu que le moyen âge appelait au secours de son incapacité intellectuelle.

La divination par les êtres inanimés semble, au premier abord, moins digne des Hellènes et moins facile à justifier que l'ornithomancie et l'extispicine. Mais il ne faut pas oublier que la foi en la Providence est le ressort moteur de la divination sous toutes ses formes, et que, si la nature inanimée réclame pour agir une impulsion plus énergique de la divinité, elle n'en est que plus capable de traduire sans l'altérer la pensée d'en-haut. Les méthodes que nous venons de passer en revue supposent à chaque instant le miracle, et c'est précisément pour cela que, aux yeux de la foi, elles font mieux sentir la présence du surnaturel. « Si, dit l'auteur du livre des Mystères, l'esprit divin, en vue de présager, passe jusque dans les objets inanimés, tels que cailloux, pierres, baguettes ou certains bois, ou dans les feux et les farines, cela même est la partie la plus merveilleuse de la prémonition divine par la mantique1. »

La divination par les statues informes (?tfav«) que l'on portait sur des brancards et dont on interprétait les mouvements, est d'origine égyptienne ou phénicienne, et nous l'aurions laissée en-dehors de notre sujet,si elle n'était représentée par des oracles qui eurent leur moment de vogue, entre autres, par l'oracle de Zeus Ammon.

Les thaumaturges de la décadence, profitant des levons de la divination inductive, transformèrent cette méthode à l'aide des rites magiques et inventèrent les statues ou les têtes parlantes, engins de honteuses supercheries.

la vé. if '• est visiblement absent, a été des plus fécondes. Les débris en ont été réunis par A. Westerraa*in. Scrîp. ver. mirab. graeci. Brunsv., 1831'. — 1) Iamblich. SJijsL, III, 17.

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