‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 82 sur 157 · DIVINATION MAGIQUE · texte numérisé non relu

DIVINATION MAGIQUE

ment, un certain nombre de pratiques singulières. On serait fort en peine de dire comment Ton traitait les fromages sur lesquels expérimentait la tyromancie (Tupojjuw-csta — TupiaxofjtavTeîa)1 et il est inutile de hasarder des hypothèses sur un pareil sujet.

Les vibrations ou oscillations d'une hache plantée dans un poteau constituaient la matière de Yaxinomancie (4ÇwofwvTEfa), divination importée en Europe par les mages orientaux5 : la sphondylomancie (<ripov5uXo[Aav«(a) observait le mouvement d'une boule, d'une vertèbre, d'un fuseau3, etc.... La coskinomancie (xocrctvofAxvTsîa) ou divination par le crible est déjà connue des bergers de Théocrite. Elle consistait à faire tourner un crible, suspendu à un fil ou posé sur une pointe, avec l'intention d'interpréter soit son allure, soit le temps d'arrêt et son orientation à ce moment4. Lsidactyliomancie ou divination par les anneaux pouvait être pratiquée suivant des rites plus ou moins ingénieux, depuis la sonorité spontanée des anneaux qui révélaient l'avenir au tyran phocéen Exékestide8, jusqu'au procédé savant qui a déjà été indiqué à propos de l'alectryonomancie, et qui consistait à faire osciller un anneau suspendu à un fil au-dessus d'un bassin circulaire portant gravées sur son contour les lettres de l'alphabet. Un anneau frappant un certain nombre de coups sur le paroi du vase pouvait remplir le même office.

Le plus souvent ces anneaux tenaient leur vertu divinatoire des pierres qui y étaient enchâssées. Les pierres précieuses, en effet, ou celles que le caprice de la superstition avait revêtues d'une dignité analogue, ont tenu une grande place dans l'histoire des sciences occultes. Pline leur a consacré les deux derniers livres de son Histoire naturelle, résumé d'une quantité d'ouvrages spéciaux. Le Pseudo-Plu-

1) Autemfd. Onirocrit., H. 09. — 2) Plin., XXX, 1, 14; XXXVI, 19, 3i, — 3)Polu-x, VU, 188. — 4) Theocr , ll(, 31. Polllx. lbid. Artemid., 11.09. Anccd.Bekk.,?. 1193. — u) Aristt. ap. Clem. Alex. Strom.,1, p. 334.

tarque ne cite pas moins de sept auteurs ayant écrit des traités sur les pierres1, et Ton sait que le moyen âge, représenté par Isidore deSéville et Marbod2, recueillit pieusement les épaves de cette littérature des Lithica. Heureusement, nous pouvons laisser tous les contes ineptes accumulés sur ce sujet à l'histoire de la magie. Les pierres sont avant tout des amulettes3 magiques et ne servent que par surcroît à la divination. S'il y avait des pierres capables de guérir tous les maux, d'arrêter le cours des fleuves ou de détourner les tempêtes, il s'en trouvait bien aussi qui, portées au cou ou mises sous la langue, produisaient l'enthousiasme prophétique. A plus forte raison pouvaient-elles servir d'instruments de divination conjecturale {lithomanciê). On racontait, par exemple, que les Mysiens, pour savoir si la récolte de l'année serait abondante, se servaient de petites pierres noires, qu'une espèce de pavot produisait en guise de graines. « Si l'année doit être stérile, ces objets restent immobiles dans les endroits où on les a jetés ; mais, s'il doit y avoir une récolte abondante, ils bondissent comme des sauterelles''. »

Ce dernier procédé rappelle la lithobolie cléromantique dont il sera question plus loin. On jetait parfois aussi des pierres précieuses ou des métaux dans un bassin pour apprécier le son fatidique produit par le choc, ou encore on se servait de pierres qui devenaient lourdes ou légères suivant la réponse 5. On vérifiait le changement de poids, soit à la main, soit en les jetant dan s L'eau.

Mais nous sortons ici de la lithomanciê pour entrer dans la divination par les bassins ou lécanomancie (i:y.y.-iryiwJ.3.)G qui elle-même fait partie de lu divination parles liquides ou

1) Ps. -Plut. De mont, ci fluv. nomin., 19, 20, 23. etc. — 2) Voy. C. Ferry, De Marbodi vita et carminibus. Nemaus. 1877. — 3) Cf. Lenormant. Art. Baetylia. [JXict. ils Antiqq. de Daremberg et Saglio.) — i) Ps.-Fldt. Op. cit., 21, 2. — ■ Celait là « l'oracle d'Apollon a de h vieille Eubulé dont parie l'épigramme dAntiphile. (Anthol. Pai \t. IX, 263.)— 6) Tzkt/. Ad Lycophr. Aies., si.'!.

LECANOMANCIE CONJECTURALE 185

hydromancic. La lécanomancie, sous sa forme inductive, se réduit à peu de chose : de l'eau, ou du vin et de l'huile agités ensemble, de l'eau dans laquelle on jetait des pierres, ou sur laquelle on observait le reflet des rayons lumineux, étaient des moyens bien mesquins d'interroger l'avenir1 : mais la lécanomancie intuitive, par laquelle on évoquait les génies, tient une place plus considérable dans l'histoire de la divination magique5. Le procédé que décrit Psellus3 flotte indécis entre les deux genres. « On a sous les yeux un bassin rempli d'une eau prophétique et qui indique, par sa l'orme propre, le penchant des génies pour les cavités. L'eau que l'on verse dans le vase ne diffère point, par essence, des autres eaux analogues; mais les cérémonies et les incantations que l'on accomplit au-dessus du vase qui la renferme, la rend susceptible de recevoir le souffle prophétique. Cette force divine sort de la terre et n'a qu'une action partielle : lorsqu'elle pénètre dans l'eau, elle produit d'abord, au moment où elle s'y introduit, un bruit auquel les assistants, ne peuvent trouver de sens: puis, répandue dans le liquide, elle y fait entendre certains sons confus d'où l'on tire des indices pour la connaissance de l'avenir. Ce souffle, appartenant au monde matériel, garde toujours un caractère incertain et obscur, et c'est à dessein que les devins exploitent ces sons légers et confus, afin que, grâce au vague même de ces bruits, ils puissent éviter d'être jamais convaincus de mensonge. »

1) Voy. Psell. De op. Dxmon., p. 42. Iamblich. Myst., III, 14. Je ne cite ici ijiie pour mémoire une certaine onychomancic qui consistait à observer les dessins formés spontanément par du noir de fumée délayé dans de l'huile sur l'ongle d'un enfant; une cri/stallomancie utilisant les reflets d'un verre poli ou peut-être le groupement des aiguilles de la glace sur les vitres; une aêromancic spéciale, ébullition sponlanée de l'eau provoquée par certaines formules, etc La liste de ces belles inventions serait

interminable. La catoptromancie, telle qu'on la pratiquait à Paine (vol. 11, Oracles de Gœa et de Démêler), est plutôt une méthode intuitive.— 2) Voy., cidessous, le chapitre de la nécromancie, — 3) Pspxli's. De Op. Daem.. p. 42,

Cette méthode est comme une contrefaçon de la divination enthousiaste; le bassin hanté par l'esprit divin joue .exactement le rôle de la pythie sur son trépied'.

La divination par l'eau mérite une attention particulière. Ce n'estpas qu'elle ait conservé une grande vogue dans la Grèce historique, à une époque où l'on avait souvent oublié le fonds primitif des rites divinatoires pour les formes artificielles dont on les avait surchargés2. Mais l'eau a été à l'origine, pour les Grecs comme pour tous les peuples connus, l'élément générateur par excellence et conséquemment le principe de l'intelligence aussi bien que de l'être, l'instrument et le véhicule nécessaire de la révélation. C'est à la mythologie comparée d'expliquer l'unité remarquable de cette croyance chez des peuples d'origine très-diverse et de nous dire s'ils sont arrivés par les mêmes associations d'idées à des conclusions identiques.

En Egypte, le chaos humide est la matière d'où s'engendre éternellement le grand Dieu qui éclaire le monde, Râ, l'intelligence suprême dont l'œil pénètre en tous lieux; la religion babylonienne tire du sein de la mer des révélateurs ichthyomorphes; l'Hindou accueille l'eau comme une bénédiction versée par les troupeaux célestes des nuages et toute chargée de force vitale ; l'Hellène voit dans l'Océan., père des fleuves et des sources vives, l'origine de tous les êtres vivants et pensants \

1) M. C. Perrot, à qui j'emprunte la traduction qui procède, a reconnu, dans les peintures du Palatin, deux scènes de divinalion lécan<>mantique. (G. Peruot, Mém. d'archéologie, d'ipir/raphic et d'histoire, 1875, p. 123-137, pi. VIII.) La première serait conforme aux indications de Psellus : la seconde représenterait une cumbinaison de la dactyliomancie avec la lécanomanc e, opérée au moyen d'un anneau frappant la paroi d'un vase hydromantiqne. Les conjectures du savant archéologue sont des plus vraisemblable*. - 2) Le s-ns des traditions s'était si bien obscurci qu'Ovide lait pr rphétiser une nymphe, c'est-à-dire une divinité des eaux, par « le feu étuéré » (Ovid. Fasl.. I, 473.) — 3) Cette idée pas«e, presque sans altération,

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