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G. Kaibel. Ein Wûrfenorakel. (Hermès, X (1876), p. 193-202.)
remplissent un office analogue à celui des dés et des astragales cléromantiques. Il y a seulement cette différence que les instruments de la cléromancie ne sont point, comme ces objets, doués d'une vertu magique attachée à leur forme ou à leur substance. Ils représentent simplement une convention formulée à l'avance, et le sort peut répondre également bien avec les signes indiqués, quelle que soit la matière qui les porte.
La cléromancie {-/lrioo[xxyxB{«-itL<x^:i/.T] oCxylr^) est la divination par voie de loterie ou tirage au sort (z^po? — sortilegium). Cette méthode, à la fois simple, expéditive et inattaquable en théorie, puisqu'elle laisse à la Providence le choix absolument libre entre un certain nombre de signes convenus, a été connue et pratiquée de toute antiquité. Lorsque les héros achôens, provoqués par Hector, tirent au sort le nom de celui d'entre eux qui doit croiser le fer avec le Troyen, ils ne croient pas s'en remettre à un hasard irrationnel, mais à la volonté de Zeus. Pendant que Nestor s'apprête à agiter les sorts dans le casque d'Agamemnon, « les peuples faisaient des vœux et tendaient les mains vers les dieux, et chacun disait, en regardant le large ciel : « Zeus, notre père, que le sort « tombe sur Ajax, ou le fils de Tydée, ou le roi de la riche My- « cônes lui-même1. » Ainsi, plus tard, les démocraties répondaient à toutes les objections élevées contre la compétence électorale du grand nombre et tenaient en bride les convoitises ambitieuses, en faisant désigner par le sort, considéré comme volonté divine, leurs principaux magistrats.
Platon fait du sort un Dieu2, et nous montre l'amas des destinées reposant sur les genoux de Lachesis3. La mythologie vulgaire mettait le sort sous la dépendance d'Hermès, qui prit ainsi le caractère de dieu du hasard ou de
I) Hom. Iliad., VII, 17.-; sqq.— 2) Plat. Lcgg., p. 7411'. Cf. Pi.in., Il, 7. 22. — o) Plat. Ilrpubl, X, fil 7".
CLEROMANCIE PRIMITIVE 191
la fatalité, artisan des rencontres heureuses ou malheureuses et, comme tel, représenté sur le parcours des chemins par des tas de pierres dont chacune avait pu servir à le consulter.
C'est, en effet, par la lithobolie que paraît avoir commencé la divination cléroman tique '.
Des pierres, des cailloux, de formes ou de couleurs diverses, jetés sur le sol dans des conditions déterminées, rendaient visible aux yeux le conseil, afflrmatifou négatif, de la divinité. On pouvait diversifier de mille manières les applications de ce principe. Des fèves noires et blanches substituées aux cailloux (xuajioSoXfa) constituaient un procédé aussi simple. On arrivait à des résultats plus variés en employant des baguettes entaillées qui, d'après Pétymologie la plus vraisemblable, auraient été les véritables xXfjpoi*, des feuilles ou des tablettes marquées de signes, ou des osselets (^rpaya- Xoixaviaa) ou de véritables dés (xu^avceta). Ces divers engins pouvaient être maniés suivant des rites divers, agités dans une urne, posés sur une coupe débordante, lancés clans un bassin hydromantique3 ou jetés sur une table consacrée (•tpaTOÇoiiavTEfa;*. Il en fallait parfois moins encore. Les jeux où
1 ) AiQojîûXtx — 0oto3oX(a — ^ço^oXfa — ilrçcpopiavTÊfa. Sur Hermès y.Xr^oij.œmi,\oy. Bull. Instit. [Rom], 1859, p. 228 sqq. — Soi^s Mercurii (c î. l., I, 6017, 9). — Mercurius caelestis fatalis (Orell. 1400), et les expressions Ip^afoç, eieprifo?, Surcppuos . Cf. L. Prfxler. Rom. Mylhol., I*, p, 309 sqq. Chr. Mehlîs, Die Grundidee des Hermès, etc. EiLingr'n, 1875-187o.M. W. Roscher [Hermès der Windgott. Leipzig, 1878), partant de cette idée qu'Hermès a été à l'origine le dieu du vent, s .utient que la cléromancie a eu pour premier instrument les feuilles di-persées au hasard par le \eut. — 2i KXîjpoç serait déiivé de -/Xa'oj d Vu vient y.XdSo;, rameau ou baguette. Voy. Passow. Griech. Wtirterb., s. v. Th. Bergk. Griech. Literaturncsch., 1, p. 334. — 3) Voy. nne scène de tirage au sort dans un seau d'eau, entre les prétendants de Casina (Plaît. Casin., II, 4-6.). scène empruntée aux KXr)poiSf*Évot de Diphile. — 4) Schol. Pjnd. Pylh., IV, 337. Ces tables, dont Tertullien a dit « mensse divinare consucverunl, » n'ont rien de commun avec les tables tournantes des spirites modernes. C'étaient ou des tables cléromantiques ou des trépieds pourvus de lettres et se: vant à des expériences pareilles à la dactyliomancie relatée plus haut.
le hasard se combine avec l'adresse, le cottabe, par exemple, étaient utilisés comme engins de divination1.
Les méthodes cléromantiques ont donné naissance aux expressions les plus générales employées dans l'art divinatoire. Le terme yj?&<» a signifié, d'abord, entaille)' (des baguettes ou des osselets), avant de correspondre à notre verbe prophétiser : yywk (oracle) est dérivé de cette racine, et l'on a dit, de tout temps, que la Pythie « tirait (àvatpsîv) » ses révélations comme on tire au sort2.
L'histoire de la divination établit, de son côté, par des preuves de fait, la haute antiquité de la méthode cléromantique. La religion apollinienne trouva celle-ci installée à Pytho, de temps immémorial, sous le nom de thriobolic*. Apollon raconte à Hermès qu'il existe « trois soeurs vierges: ce sont les Thries, qui se complaisent à voler de leurs ailes rapides. La tète poudrée de farine blanche, elles ont leur demeure au fond du vallon du Parnasse : en ce lieu retiré, elles m'ont enseigné, sans que mon père s'en inquiétât, la science divinatoire dont j'étais avide, enfant encore et gardant mes bœufs. Depuis lors, elles voltigent çà et là, et elles se repaissent de rayons de miel et accomplissent chaque chose. Or, lorsque, rassasiées de miel nouveau, elles entrent en délire, elles consentent, avec complaisance, à dire la vérité. Mais, lorsqu'elles sont privées de la douce nourriture des dieux, elles trompent et égarent en sens divers. Je te les abandonne, et toi, charme ton esprit à les interroger avec soin, et s'il est un
\) SarLout par les amoureux, qui se sencient peu de théories correctes. (W. Klein. Un oracolo d'amorc. Annal, lnstit. [Boni]., t87G, p. 141-145.) — — 2) Les Latins donnèrent une éty:nologie unalogu;au mot correspondant sors — sortiri. Surrkgitc/ sortus antiqui pouvant pro surrexit et ej us participio, quasi sit surrectus. (Festus, p. 297, s. v. Surregit ) Sors prit également le sens d'oracle, et Cicéron se voit obligé de distinguer: sortes ex qux ducuntur, non illx qux vaticinatione funduntur, qux oracula verius dicimus. (Cic. Divin. II, 33.)— 3) Lodeck, De Thriis Dclphicis. Regiomout., 1820. — Voy., ci-dessous, vol. lit, Oracle de Delphes.
LA THRIOBULIE PYTHIQUE 193
mortel à qui tu t'intéresses, il pourra souvent consulter ta voix, si toutefois il te rencontre. » Avant de faire à son frère cette concession dédaigneuse, Apollon a eu soin de se réserver pour lui seul la confidence deZeus. «Il n'est point accordé à to^, ni à aucun des Immortels, de comprendre les signes divinatoires que tu pourrais interroger. Cette science est réservée à la pensée de Zeus; et moi, en qui il s'est confié, j'ai promis par ma tête, j'ai juré le grand serment que, hormis moi, nul des dieux éternels ne saurait autrement les prudents desseins du fils de Kronos1. »
• L'aède qui formule ainsi les prétentions du sacerdoce apollinien au monopole de la divination, n'a pas reconnu dans les Thriesles Mœres elles-mêmes et ne se rend pas bien compte de leur méthode qu'il assimile au délire des Bacchantes, mais le droit de propriété ou de suzeraineté qu'il reconnaît à Hermès indique bien qu'il s'agit ici de la cléromancie. Nous sommes d'ailleurs renseignés sur les Thries et la thriobolieparles glossateursde la décadence2. Que le nom, encore mal expliqué, de oPrai, soit devenu commun après avoir été celui de personnes mythologiques, ou inversement, il n'en est pas moins constant qu'on appelait thries des galets ou cailloux qui servaient à la divination ou même, par extension, les prédictions qu'on en obtenait. La légende des Thries se complique encore et se dénature en passant de Delphes en Attique, où se trouve le dème de Thria et la plaine Thriasienne, et où les devins qui se réclament d'Athênè Skiras pratiquent en grand la thriobolie. Là, il faut que, bon gré mal gré, la déesse locale, Athênè, accepte le patronage de cette industrie. Ceux qui voulaient bien croire à la légende delphique prétendaient que les Thries avaient cédé leur art à
1) Hymx. IIom. In Mcrcur., 552 sqq. (Trad. P. Giguet.) — 2) Etym. Magx. Hesych. Steph. Byz.. s. v. 6pîat. Bekk. Anccd. Grscc, p. 205. Zenois. Cent., V, 7o.
Athênè; les autres disaient que la divination par les cailloux était une découverte d'Athénè elle-même. On gardait même le souvenir d'un temps où la thriobolie avait une vogue telle qu'Apollon s'en était ému et avait intrigué auprès de Zeus pour fausser ou discréditer cette méthode mantique.
A Delphes comme à Athènes, la légende, si incohérente qu'elle soit, atteste l'existence d'une divination cléromantique antérieure a l'installation de l'oracle apollinien. Lacléromancie ne fut pas même complètement exilée de Pytho par Apollon. Elle put y être employée, concurremment avec d'autres méthodes, dans les consultations préparatoires; par exemple, pour déterminer l'ordre dans lequel les consultants seraient introduits; ou encore, après coup, en face d'un oracle amphibologique, pour décider lequel des deux sens possibles devait être préféré. Un vase peint nous montre une femme pratiquant la lithobolie sur le pavé même du temple1. Enfin, le sacerdoce pythique usait lui-même de pratiques analogues pour régler l'accomplissement de certains rites, et l'on voit la Pythie tirer de sa main des sorts envoyés de Thessalie*.
Loin de disparaître avec le temps, la clérômancie s'imposa en quelque sorte aux oracles qui n'avaient pu la discréditer. On entend dire qu'il y avait, jusque dans la cortina du trépied pythique, des cailloux divinatoires ou encore les dents du serpent Python, lesquels tressaillaient quand l'oracle parlait1. Les prêtres de Dodone, en quête de méthodes moins surannées que le langage de leur chêne, avaient accepté la divination par les sorts a peu près telle qu'on la pratiquait en Italie '". A Olympie, les desservants du culte de Zeus admettaient les rites cléromantiques, concurremment avec leur mé-
1) KoOLEZ. La Liihobolie à Delphes. (Anoal.lnstit. [Rom.], 1807, p. 140-150.) Ci. Anthol. Paiat., IX, 263.-2] Pur. El ap. Delph., 16. De frai, amor., 21 — 3) IIvgin. Fab.} 140. Suidas, s. y. TLOw. — i) Cic. Divin., \, 34.