PREMIÈRES TRADITIONS ASTROLOGIQUES
tième jour de chaque mois, est acceptée par Hésiode1, et que, de temps immémorial, les Spartiates évitaient de se mettre en campagne avant la pleine lune2. Mais, quand même les Hellènes auraient été décidés à considérer comme indigènes et nationales ces traditions isolées, ils sentaient que c'était là un legs insignifiant et d'une antiquité bien peu reculée en comparaison de la science astrologique qui leur vint toute laite du dehors et s'imposa à leur foi comme étant le résultat d'une expérience plusieurs milliers de fois séculaire. En présence des civilisations de l'Egypte et de la Chaldée et des chiffres fantastiques qui s'accumulent dans les supputations chronologiques de ces peuples3, les Hellènes comprirent que leurs héros nationaux, leurs autochthones et même leurs dieux dataient de la veille. Ils montrèrent pour leurs aînés la déférence modeste qui convient aux peuples nouveaux, et acceptèrent l'astrologie comme un trésor amassé par d'autres mains. Pendant longtemps même, les Grecs ne s'adonnèrent pas pour leur compte a l'étude de cette divination compliquée; ils se contentèrent d'être les clients et les admirateurs des étrangers qui venaient leur apporter les révélations sidérales.
Les Grecs appelaient ces étrangers des Chaldêens. C'était, en effet, de la Chaldée, mise en rapport direct avec l'Occident par les conquêtes d'Alexandre, que leur était venu l'enseignement astrologique constitué en corps de doctrine. La vogue de l'astrologie commença dans le monde méditerranéen le jour où le prêtre chaldéen Bérose, contemporain d'AntiochusSoter et de Ptolémée Philadelphe, ouvrit à Cos une école dans laquelle il expliqua les arcanes de la science babylonienne3. Mais si, depuis lors, tous les astrologues furent
1) Hesiod. Opp. et dies, 745 sqq; 7(38 sqq. Cf. Plut. Quxst. conviv., VIII, I . 2) Lucian. DeAstrol, 25.— 3) Voy. Diod., II, 3I.Cic Divin,, I, 19; II, 46* Augustin. Civ. Dci, XXII, "28. — 3) Vmtuv., IV, 6.
désignés par le nom générique de chaldéens, cela ne veut pas dire que la Chaldée ait été seule à fournir cet appoint considérable à la divination hellénique. Lorsque parut Bérose, il y avait longtemps déjà que, de divers points, et notamment de l'Egypte, des notions à la fois astronomiques et astrologiques étaient importées en Grèce et vulgarisées par la philosophie naissante. Thaïes, qui était, dit-on, d'origine phénicienne, passait pour avoir appris les mathématiques en Egypte et l'astronomie chez les prêtres de la Chaldée1. Après lui, Pythagore, qui cultiva sous toutes ses formes la science des nombres, Démocrite, auquel, entre autres travaux scientifiques, on attribuait une table des phases lunaires , sont donnés comme les disciples soit des Égyptiens, soit des Chaldéens, soit même des Mages. Il n'est pas un de ces créateurs des sciences exactes en Occident que la légende ne fasse voyager dans les régions circonvoisines.
L'Egypte et la Chaldée paraissent avoir contribué pour une part à peu près égale à la constitution de l'astrologie hellénique. Les Grecs se reconnaissaient tributaires des deux pays. Seulement, l'unité remarquable des principes adoptés de part et d'autre, sur les bords de l'Euphrate comme sur ceux du Nil, leur lit supposer avec raison que l'un des deux peuples avait, comme eux, emprunté à l'autre une science trop homogène pour avoir eu deux patries. Les premiers critiques penchèrent pour la Chaldée. Evhémère disait que l'astrologie avait été inventée par Aphrodite, c'est-à-dire la grande déesse des Sémites d'Orient, et enseignée par ellemême à Hermès, le Toth égyptien3. Diodore, hésitant, vante tour à tour l'antiquité de l'astrologie égyptienne et de l'astrologie chaldécnne4, et Philon dit encore que les Chaldéens ont «perfectionné l'art astronomique et généthliaque» avant
1) Voy., E. Zkllkr. Philosophie der Gricchcn, I3, p. 169. — 2) Pli.v, XVI 11, 32,321.— 3j Hygin. Poet.Astronom.,ll,i.Cf. fab., 174.— 4)Diod., I, 81, II, 30.
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tous les autres peuples1 . Plus tard, les droits des Égyptiens paraissaient mieux établis, et l'on faisait des Chaldéens leurs disciples2. Ceux qui voulaient remonter plus haut encore donnaient pour maîtres aux Égyptiens les Éthiopiens, qui passèrent longtemps pour le plus ancien des peuples. Enfin, ceux qui ne se contentaient pas à moins d'une révélation primordiale disaient que l'astrologie avait été enseignée aux Ethiopiens par le héros Atlas, fils de Libya, c'est-à-dire, en langage vulgaire, par le ciel d'Afrique \
Nous n'avons pas à décider ici la question de priorité agitée entre les Égyptiens et les Chaldéens. L'érudition moderne fait pencher la balance en faveur des Chaldéens et en revient ainsi à la première opinion des Grecs4. On sait que les Égyptiens ont cultivé particulièrement l'astrologie médicale, et il paraît bien aussi qu'ils ont mil faire des progrès à l'astronomie scientifique, puisqu'ils ont su, de fort bonne heure, calculer les éclipses, dont les Chaldéens ne connaissaient pas encore la théorie au temps de Diodore 5; mais, en revanche, ceux-ci, qui adoraient les astres, ont bien pu imaginer avant leurs rivaux ou. en tout cas, développer avec plus de conséquence le fatalisme astrologique, élevé a la hauteur d'un dogme religieux. C'est chez eux qu'en observant le ciel
1) Philon. De Migr. Abrah., 32. — 2) Lucum. De aslrol., 3-5. Macrob. Somn. Scip., I, 21, ï). — 3) Pli.w, VII, 36, 203. Virgile a imm or I alise la tradition qui faisait d'Atlas un savant astronome. ('./'«. , I, 740 sqq.) On disait aussi que l'astrologie avait été importée directement d'Ethiopie en Grèce par Hercule, élève d'Atlas (Herod. ap. Clem. Alex. Slrom., I. 15), mais les plaisants tournaient en ridicule le dieu ainsi déguisé en savant, et disaient qu'il avait choisi, pour se brûler, le jour d'une éclipse de soleil, afin de suppléer cet astre. (Paul., p. 100, s. v., Hercules astrologus.) — 4) Movers (Ph'onizicr, I, p. 79 sqq.) pense que l'Egypte a reçu de la Chaldée les principes de l'astrologie vers le temps où régnait à Babylone Elibus, successeur de Merodach-Baladan, et, en Egypte, Sethon. On a, dans un papyrus grec, datant du règne d'Antonin, l'aveu d'un prêtre égyptien, qui dit avoir consulté des livres nombreux « w; r.xpzZùQr] fy-uv àrco aoowv stp/adov, toux' èaxt XaAoaV/.wv. (Seyffarth. Syst. astrom. segypt., p. 212.)— 5) Dion., 1, 30; II, 31.
,« avec l'idée préconçue de l'action générale des astres sur les phénomènes de la nature et sur les destinées de l'homme, on crut saisir quelques-unes des lois de cette action, quelquesuns des liens qui rattachaient aux mouvements célestes les faits terrestres. On nota les coïncidences qui se produisaient entre les positions ou les apparences des astres et les événements, et l'on crut trouver dans ces coïncidences la clef des prévisions de l'avenir1. » L'instinct populaire ne s'est donc pas complètement trompé en maintenant le nom de Chaldéens à tous les astrologues, en dépit de toutes les rectifications.
L'usage avait aussi consacré la synonymie de plusieurs expressions dont il faut d'abord déterminer le sens précis, avant d'aborder l'étude des textes relatifs à la divination sidérale. Les Grecs avaient d'abord compris dans le terme général de météorologie toutes les observations relatives aux phénomènes qui ont pour théâtre les hautes régions (pe-càopa)3. A partir d'Aristote, la science des phénomènes atmosphériques, gardant le nom de météorologie, se sépare de la science des astres, qui se trouve désignée depuis lors par les noms (Y astrologie, astronomie ou science mathématique. Lorsque les Chaldéens eurent importé en Grèce la divination astrologique, on sentit le besoin de distinguer entre la science d'un Eudoxe, d'un Aristote ou d'un Hipparque, et la connaissance des influences sidérales. Le moyen le plus simple eût été de différencier, comme l'ont fait depuis les modernes, . le sens des synonymes dont on disposait, mais l'usage ne le permit pas3. Astrologie et astronomie restèrent, pour la plupart des auteurs, absolument
l)F. Lenormant. Divin, chez les Chaldéens, p. 0. — 2) Voy., Th. -II. Martin, art. Astronomia, dans le Dicl. des antiq. grecques et rom. de Daremberg et Saglio. — 3) La distinction définitive entre Yaslrolooic et Vaslronomie est tonte récente. On disait encore, an xvn° siècle, \^lvo\ogic judiciaire puur spécifier l'astrologie divinatoTô, par opposition à l'astrologie scientifique eu a-tronomie.
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synonymes, et si la qualification de « mathématiciens » fut plus souvent donnée aux astrologues, elle ne cessa pas d'appartenir, à droits égaux, aux astronomes. Il fallut donc créer des mots nouveaux qui se firent difficilement accepter, parce que le vulgaire confondait volontiers deux sciences qui s'occupaient l'une et l'autre de l'observation des astres. C'est ainsi que le terme technique apotélesmatikè, qui caractérise et définit, dans le langage précis, la science des influences sidérales (ànozskiaponx), était encore inconnu de Posidonius. Comme presque toutes les prédictions astrologiques reposaient sur un thème dressé au moment de la naissance, Papotélesmatique prit le nom de généthlialogie*. Elle se trouve aussi désignée sans amphibologie par l'épithète de gênétliliaque, ajoutée soit à « astrologie, » soit à « astronomie. »
Mais ces deux derniers termes continuèrent à être indifféremment employés, sans dêterminatif aucun \ pour désigner la science astronomique et la divination sidérale, et l'équivoque se perpétua ainsi, dans les mots comme dans les idées, jusque chez les peuples qui recueillirent l'héritage de la civilisation antique.
L'astrologie, bien qu'importée en Grèce à l'état de doctrine déjà systématisée, y a subi une élaboration progressive. Les théories et les méthodes égyptiennes, représentées par les écrits de Manéthon, contemporain de Bérose, ou par les lettres apocryphes du roi Néchepso et de Pétosiris, s'y sont rencontrées avec les procédés des Chaldéens, et la tâche des Hellènes a été de confronter, de concilier, de raccorder par des retouches souvent hasardeuses les diverses pièces de l'immense appareil où se forgeait la destinée humaine. Mais ce travail d'élaboration ne peut plus être suivi dans Je détail
I) rsvéBXtçtXoYfa — YSveOXioXoyfa. — 2) Ful^ence (Myihol., III, 10) prétend que, de sou temps, l'asti onomie s'appelle mathcsis, et l'astrologie aslronomia. Quant à Vapotdcsmatique, c'est désormais la science des elfe'.s musicaux!
et nous ne chercherons pas à déterminer de trop près, en analysant brièvement l'ensemble des méthodes astrologiques, la part qui revient à chacun des trois peuples.
La divination astrologique repose sur un petit nombre de principes généraux, qui ne sont pas susceptibles d'une démonstration directe, mais que Ton donnait comme vérifiés par l'expérience.
I. — Le premier, — qui sert d'appui à tout le système, — est que, dans l'équilibre de l'univers, les astres ont une. action prépondérante.
II. — Cette action, dont le mode est indéterminé, mais qui se propage par effluves rectilignes, résulte de qualités spéciales à chacun d'eux et tend à engendrer ces qualités ou leurs contraires, suivant qu'elle agit positivement ou négativement, dans les êtres qui en ressentent l'effet.
III. — Un astre donné exerce son influence propre dans des sens différents, ou avec une intensité différente, suivant la position qu'il occupe dans le ciel.
IV. — L'influence d'un astre ne doit pas être appréciée isolément, car elle est toujours engagée dans des combinaisons géométriques avec des influences concourantes ou antagonistes.
Les théorèmes qui précèdent, érigés en axiomes, suffiront pour rendre intelligibles les procédés appliqués à la mesure des influences sidérales.
Les astres étant de deux espèces, les uns fixes ou étoiles, les autres errants ou planètes, chacune de ces deux catégories doit être d'abord étudiée à part.