‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 123 sur 163 · LA DIVINATION EN GRECE · texte numérisé non relu

LA DIVINATION EN GRECE

traire, les cités particulières ne peuvent ni ne veulent s'isoler ainsi ; elles se rattachent à des groupes plus vastes, à des tribus, à des amphictyonies qui ont une certaine vitalité politique, un foyer commun et un centre religieux. Au sein de ces associations, pénétrées par le courant plus large encore de l'esprit national, bien des cultes se sont élaborés qui se trouvèrent plus tard acceptés par un grand nombre de villes sans appartenir en propre à aucune. Que la divination s'associe à quelqu'une de ces religions amphictyoniques et se fixe à leur foyer, la rencontre de telles circonstances peut créer un oracle comme celui de Dqdone ou de Delphes. La révélation s'est ouvert une source que nul ne doit plus détourner pour son usage propre, et dont le prestige diminue dans une certaine mesure l'autonomie religieuse de chaque cité.

Ainsi, ni les devins libres, descendants ou disciples des premiers initiateurs, ni les corporations sacerdotales qui faisaient parler les oracles n'ont pris dans les institutions particulières des cités grecques une place définie, un rôle prévu et régulier. La divination est restée indépendante de l'État : c'était comme une ressource mise à la disposition de tous, et les mêmes devins ou les mêmes oracles répondaient indifféremment à qui payait leurs services, individus ou êtres collectifs. Comme on ne trouve point dans les sociétés grecques de divination officielle, on ne rencontre pas non plus de mesures prises pour régler et restreindre, en matière de consultations divinatoires, soit l'initiative de l'État, soit la liberté des particuliers. Les règlements qui fixent la part des devins dans les sacrifices publics* ne font qu'assurer à ces auxiliaires un minimum de rétribution; et, si certaines villes, comme Byzance, par exemple, eurent l'idée de prélevei"

\) Cf. Rangabé, Antiquités helléniques, n. 814.

un impôt sur l'industrie des devins', ce fut moins pour prohiber leur industrie que pour en tirer parti.

Cependant, il était impossible que cette liberté illimitée de la divination allât toujours sans inconvénient. Xénophon et Platon avaient appris au cours de la guerre du Péloponnèse à redouter Faction des oracles, prophéties, chimères de toute sorte dont les démagogues aidés par des charlatans berçaient ^imagination populaire. Ce qui était pour l'un indiscipline était pour l'autre une anarchie morale, à laquelle un État sagement conduit aurait opposé l'autorité d'oracles sérieux, comme ceux de Delphes . ou de Dodone, consultés officiellement par les magistrats*.

La première réclamation contre la liberté de la divination a été formulée au iv« siècle avant notre ère, par un homme de guerre et en vue de circonstances exceptionnelles. Enée le Tacticien, préoccupé des complots qui peuvent se tramer dans une ville assiégée, défend, au nom de l'intérêt public, € qu'aucun devin sacrifie en son particulier et sans l'archonte '. » Le conseil fut sans doute mis en pratique à l'occasion. Il n'est pas de général, si superstitieux qu'il fût d'ailleurs, qui ait pu laisser les devins travailler à leur gré l'esprit des soldats. Les auteurs qui ont écrit sur l'art militaire supposent toiyours que le chef d'une armée peut interpréter à sa manière, sans avoir à craindre de contradiction, les présages survenus au cours de ses opérations et en tirer parti pour encourager ses troupes*. Sans doute, Polyaenos nous représente Iphicrate refusant de livrer bataille quand les devins l'y invitent, et résistant ailleurs aux « défenses » de ces mêmes fâcheux *; mais on sait que les bandes d'Iphicrate ne brillaient pas par la discipline, et du

\) Aristot., (Ecmom. ÏI, 2, 3. Cf. vol. 1, p. 56,3. — 2) Voy. vol.l, p. 4S- — 3) iEN. Tact , PoliorceL 10. — 4) Cf* vol. 11, p. 90 sqq. — 5) Polt^x., Straleg. IIl, 8. 9.

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