‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 125 sur 163 · TIBÈRE ET LES CHALDEENS · texte numérisé non relu

TIBÈRE ET LES CHALDEENS

faisant lire l'arrêt du destin qui, comme le lui avait dit naguère à ApoUonie le mathématicien Théagène, le destinait si visiblement à l'empire * .

Tibère, qui était un esprit fort, avait, comme Auguste, un penchant pour l'astrologie : elle lui avait, dit-on, montré dès l'enfance le sommet où devait le porter sa fortune ^. Il n'en fut que plus redoutable pour les astrologues. Un jour, il lui prit envie de jeter à la mer, du haut des falaises du rivage, son familier, l'astrologue Thrasyllus, pour quelques prédictions qui ne s'étaient pas vérifiées, comme « menteur et dépositaire peu sûr de ses secrets. » Les Chaldéens ne tardèrent pas à justifier ses soupçons. Le procès de Drusus Libo (16 ap. J.-C.) montra comment ils pouvaient, à l'occasion, pousser un esprit faible aux extravagances et transformer un étourdi en conspirateur. On sut que Libon fréquentait les Chaldéens, les magiciens et les interprètes de songes ^. Tibère le faisait déjà surveiller depuis quelque temps, et il en était aux évocations nécroman tiques lorsqu'on se décida à le poursuivre. Au cours du procès, l'accusateur Vibius « produisit des pièces vraiment extravagantes : ainsi Libon s'était enquis des devins s'il aurait un jour assez d'argent pour en couvrir la voie Appienne jusqu'à Brundisium \ »

L'affaire une fois terminée par le suicide de Libon, le Sénat décréta l'expulsion des astrologues et des magiciens. L'interdiction de l'eau et du feu, c'est-à-dire le bannissement perpétuel et la confiscation des biens, parut une peine sufl3sante pour le commun des prophètes de carrefour * ; mais tous ne s'en tirèrent pas à ce prix. Un d'entre eux, L. Pituanius, fut précipité de la roche Tarpéienne. Un autre, P. Marcius, conduit par ordre des consuls hors de la porte Esquiline après que son jugement eut été proclamé à son de trompe, fut

\) SuET., Oct. 94. Cf. vol. I, p. 253. — 2) Sdet.. Tiber, U. — 3)Tac., Annal lï, 27. — 4) Tac, Ann. II, 30. — 5) Ulpian., in Mos, et Rom. legg. coll. 15, 2.

exécuté à la manière ancienne \ ce qui veut dire attaché à un poteau et battu de verges jusqu'à la mort*. Ces deux victimes étaient sans doute de fort minces personnages, et Tacite ne juge même pas à propos de nous dire quel crime leur avait valu la peine capitale : mais leur nom, et plus encore 1q genre de supplice infligé à chacun d'eux, indique que c'étaient des citoyens romains. On voit que la contagion des rites occultes importés de TOrient gagnait la société romaine, et que tous les Chaldéens ne venaient pas des bords de l'Euphrate .

Quatre ans plus tard, nouveau scandale. iEmilia Lepida, appartenant à l'une des plus grandes familles de Rome, est accusée d^adultère, de supposition d'enfant, d'empoisonnement et de « questions criminelles adressées aux astrologues sur la maison de César ^. » On ne dit pas que Tibère en ait pris occasion de sévir à nouveau contre les devins. Nous ne savons si c'est à cette époque qu'il interdit derechef les consultations secrètes *, et qu'il essaya même de supprimer l'oracle de Préneste*. Sous le règne de Claude, Lollia, poursuivie par la haine d'Agrippine, est accusée « d'avoir interrogé des astrologues et des magiciens et consulté l'Apollon de Klaros sur le mariage du prince®. Le procès de Furius Scribonianus (52), « exilé sous prétexte qu'il avait interrogé des astrologues sur l'époque de la mort du prince, » provoqua enfin un sénatus-consulte, rigoureux mais de nul effet, qui chassait d'Italie les astrologues^ .

Ces décrets allaient rejoindre dans les archives la Série des règlements qu'on n'appliquait pas parce qu'il est chimérique de vouloir extirper des vices dont tout le monde est complice. Néron s'en prit à l'oracle de Delphes ®, mais laissa les petites

i) Tac, Ann. H, 32. — 2) Cf. Liv., I, 26. II, 5. — 3) Tac, Ann. III, 22. - 4) SuET., Tiber. 63. — S) Voy. ci-dessus, p. i:i2. — G) Tac, Ann. XII, 2*^ Le procès est de l'an 49 ap. J.-C. — 7) SC. atrox et irritum (Tac, Ann, Xl^ 52). — 8) Voy. V. III, p. 199.

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