‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 126 sur 163 · DE GALBA A DOMITIEN · texte numérisé non relu

DE GALBA A DOMITIEN

gens tranquilles. Galba, qui fut, dit-on, encouragé par des prophéties miraculeusement découvertes *, n'eut pas le temps de réfléchir aux dangers que pouvait offrir la révélation appliquée à la politique. Vitellius, subitement transformé en réformateur, proscrivit à son tour les astrologues, leur enjoignant de quitter l'Italie avant les kalendes d'octobre^ On ne prenait pas Vitellius au sérieux, et quelqu'un riposta à redit par un pamphlet anonyme dans lequel on faisait dire aux Chaldéens « qu'aux kalendes d'octobre, ils comptaient bien que Vitellius lui-même aurait disparu ^. » L'empereur se vengea à sa manière, en condamnant à mort sans l'entendre quiconque était accusé d'être « mathématicien. » Mais Vitellius, à qui la vieille Cattha, son oracle domestique, promettait un long règne, ne vit pas la fin de Tannée 69, et l'on affirma plus tard, sans trop regarder aux dates, qu'il était mort au jour indiqué à l'avance par les Chaldéens \

Vespasien parut disposé à troubler le commerce des prédictions astrologiques : mais, s'il interdit le séjour de Rome aux mathématiciens ', ce fut plutôt pour rappeler les vrais principes que pour les appliquer. Il tolérait volontiers dans son entourage ceux qu'il déclarait ne pas vouloir souffrir dans la ville, et il était fort complaisant pour co Balbillus qui avait naguère suggéré à Néron le conseil de se garantir des effets pernicieux d'une comète en faisant mourir à sa place quel*que illustre personnage®. Au fond, Vespasien cherchait le moyen de soustraire au public et de réserver pour le prince les lumières de la divination astrologique. Les mathématiciens eurent l'honneur, sous Domitien, d'être expulsés en même temps que les philosophes^, ceux-ci paraissant à

\) SuET., Galba,9. — 2) Tac, Uist, II, 5-2. — 3) Suet., VitclL i%, — 4) Dio Cass., LXV, I. Vitellius n'est pas mort aux kalendes d*octobre, mais bien le 24 déc. G9 (Dio Cass., LXV, 22). — o) Dio. Cass., LXVl, 9. — C) Slet., Ncro, 36. — 7) Suidas, s. v. Ao[isTi3tv(iç. Voy. ci-dcssiis, p. ^l4, la mcnlioii d'un haruspice condamne sous Domitien (Suet., Domit. 13).

César aussi incommodes que ceux-là étaient dangereux.

Toutes ces tracasseries donnaient aux astrologues l'auréole des martyrs et achevaient de les mettre à la mode. Juvénal, qui mêle à ses hyperboles bien des observations exactes, nous montre les Chaldéens tenant le premier rang parmi les conseillers des dames du grand monde, à condition toutefois qu'ils aient été persécutés. « Celui-là est hors de pair qui a été souvent exilé. On a confiance en son art, si sa main droite et sa gauche ont fait tinter les chaînes, et s'il est resté longtemps emprisonné dans un camp. Point de mathématicien qui ait Tinspiration s'il n'a été condamné : il faut qu'il ait failli périr, qu'il ait eu grand peine à se faire envoyer dans une Cyclade, et qu'il soit enfin revenu de la petite Sériphos*. »

Il ne faudrait pas croire que, durant l'heureux siècle des Antonins, la vigilance du pouvoir se soit tout à fait endormie. La monarchie césarienne, faite avec des institutions républicaines détournées de leur vrai sens, était dans un état d'équilibre perpétuellement instable, faute d'un moyen d'assurer la transmission régulière du pouvoir. L'hérédité des fonctions publiques répugnait aux habitudes prises, et quand le prince avait des enfants, on ne croyait pas pour cela sa succession assurée. C'était là le point incessamment visé par les questions adressées aux confidents du Destin, et les empereurs, se sentant entourés de convoitises ardentes, étaient toujours prêts à frapper les impatients qui menaçaient leur sécurité. Ils savaient, souvent par leur propre expérience, ce qu'un mot tombé des lèvres d'un devin pouvait suggérer de projets et de complots. Aussi, même sous les princes les plus cléments, les oracles évitaient de donner prise au soupçon, et le gouvernement s'efforçait d'inspirer aux devins une terreur salutaire. « Fort souvent, dit Ulpien, et à peu près

{) JuvEN., VI, 557 sqq. Cf. vol. I, p.245, 2.

Page 1