‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 129 sur 163 · ÉDITS DE CONSTANTIN · texte numérisé non relu

ÉDITS DE CONSTANTIN

date qu'elle soit, doit être rompue. L'haruspice qui aura pénétré dans une maison autre que la sienne sera brûlé, et celui qui l'aura attiré par promesses ou cadeaux sera, après confiscation de ses biens, relégué dans une île. En effet, ceux qui veulent obéir à leur superstition pourront exercer en public le rite auquel ils tiennent. Celui qui dénonce un pareil crime n'est pas, selon nous, un délateur, mais plutôt un homme digne de récompense *. » Ce ton âpre et ces peines excessives durent indisposer l'opinion publique qui, à Rome même, était prête à renvoyer à la religion chrétienne le mot de « superstition, » Trois mois plus tard, le 13 mai, Constantin fit aflacher un édit adressé au peuple et d'un style moins emporté. « Nous défendons aux haruspices, prêtres et ministres ordinaires de ce rite, d'entrer dans une maison particulière et de franchir le seuil d'un autre, même sous prétexte d'amitié, et nous portons des peines contre eux, au cas où ils mépriseraient la loi. Quant à ceux d'entre vous qui y voient leur avantage, qu'ils aillent aux autels publics, aux temples, célébrer les solennités dont vous avez l'habitude; nous n'empêchons pas de vaquer au grand jour aux devoirs de l'ancien usage ^. »

Constantin n'était pas encore arrivé à se faire sur les sciences occultes une opinion bien arrêtée. Il n'appliquait pas encore à la divination et à la magie le critérium si simple qui suffisait aux chrétiens, et qui consistait à considérer comme venant de Dieu toute révélation, tout miracle dont des chrétiens étaient l'objet ou l'instrument, et comme venant des démons tout ce qui n'offrait point cette garantie. Depuis que la faveur du prince allait à la religion nouvelle^ beaucoup de gens se convertissaient « par suite de signes et de songes*» : c'était là de la révélation surnaturelle au premier

i) CoD. Theod., IX. 16, i. —2) CoD. Theod., IX, i6, 2. ^ 3) Sozom*, HisL EccL, n, 5.

chef, naais d'origine divine. Le saint évêque de Trimithonte dans rîle de Cypre, Spiridon, évoquait sa fille Irène pour lui demander où se trouvait un bijou qu'on lui réclamait ' ; ce n'était point de la nécromancie, mais un merveilleux eflfet de la prière et une preuve anticipée de la résurrection future. De même, les sibylles qui annonçaient les dogmes et les victoires du christianisme étaient comme des phares allumés par Dieu au milieu des ténèbres de l'erreur.

Constantin n'avait point pris parti d'une façon aussi nette : il croyait à tous les prodiges et acceptait des révélations de toutes mains. Ces mêmes haruspices qu'il voulait empêcher de comploter à huis clos, il jugeait à propos de les consulter quand il s'agissait des intérêts de l'État. Il se fait envoyer rinterprétation du coup de foudre qui a frappé l'amphithéâtre de Rome, et il écrit à ce propos au préfet : « S'il est constaté que quelque partie de notre palais ou des autres édifices publics a été touchée de la foudre, il faut, suivant l'ancienne observance, demander aux haruspices ce que cela présage et porter à notre connaissance la réponse, mise avec le plus grand soin par écrit. Il faut même accorder aux autres la permission d'user de. cette coutume, pourvu qu'ils s'abstiennent des sacrifices à domicile, qui sont expressément prohibés ^. »

Enfin, Constantin donna à l'empire une capitale chrétienne. La fondation de Constantinople, qui fut consacrée par les rites de l'Église et non plus par les pratiques des augures ou des haruspices, ouvre une ère de réaction décidée. Le paganisme paya une bonne part des frais d'installation; le grand trépied de Delphes, la statue S^pothm Pythien, le Zeus de Dodone, vinrent orner les places et avenues de Constantinople^. Les évêques crurent ne pouvoir mieux user de

\) SocRAT., Hist, EccL, I, 12. Sozom., HisL EccL, {, {{, —2) Cod. Theod., XVI, 10, 1. Rcscrit du 13 mars 321. — 3) Voy. vol. et Ul, p. 206.

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