JURISPRUDENCE DE PAULLUS
soit senti inquiet en face de gens armés de si formidables secrets. Il chercha moins à traquer les magiciens qu'à détruire la magie elle-même, en empêchant la transmission orale ou écrite de ses recettes. Septime-Sévère fit, dit-on, rechercher dans toute l'Egypte et sceller dans un tombeau tous les livres hiératiques qui prêtaient au soupçon^
Alexandre Sévère, qui était un prince à la fois scrupuleux et entiché de sa propre infaillibilité, imagina de créer comme un supplément de divination contrôlée par l'État, en instituant des professeurs d'astrologie et d'haruspicine^. Il comptait sans doute discipliner ainsi les méthodes extraofficielles et se donner le droit d'appliquer à ceux qui prétendraient prophétiser à leur mode la rigueur des lois.
Ces lois n'étaient pas des plus accommodantes. Voici en quels termes le jurisconsulte J. PauUus, qui fut membre du Conseil impérial sous Septime-Sévère et préfet du prétoire sous Alexandre, résume la législation existante. « En ce qui concerne les vaticinateurs, qui se prétendent inspirés par la divinité, on a jugé à propos de les chasser de la cité, de peur que, la crédulité humaine aidant, les mœurs publiques ne fussent corrompues et entraînées à espérer certaines choses, ou que tout au moins les imaginations populaires n'en fussent troublées. Ceux qui introduisent des religions nouvelles, inconnues dans leur pratique ou leur doctrine et de nature à surexciter les esprits, sont punis de la déportation s'ils sont de condition honorable, de mort s'ils appartiennent à la basse classe. Quiconque consulte sur la vie du prince ou sur rÉtat en général les mathématiciens, sorciers, haruspices, vaticinateurs, est puni de mort, avec celui qui lui aura fait la réponse. Chacun fera bien de s'abstenir, non seulement de la divination, mais de ses théories et de ses livres. Que si des esclaves consultent sur la vie de leurs maîtres, ils sont con-
1) Dio. Cass., LXXV, i3. — 2) Voy. vol. I. p. H i. et ci-dessus, p. 2oi.
damnés au dernier supplice, c'est-à-dire, à la croix : si au contraire on les a consultés et qu'ils aient répondu, ils sont envoyés aux mines ou déportés dans une île'. »
Au lieu de payer des professeurs d'astrologie, Dioclétien, dans un édit d'une remarquable brièveté, annonça rintention de supprimer cette science. « Il est, dit-il, d'intérêt public qu'on apprenne l'art de la géométrie. L'art mathématique, au contraire^ est condamnable et absolument interdit*. » En même temps, il recommença les perquisitions jadis ordonnées par Septime-Sévère et condamna au feu les bréviaires de sorcellerie et d'alchimie, tout comme les livres des chrétiens'.
Une fois les empereurs convertis au christianisme, la raison d'État se doubla de toute l'antipathie que ressentait pour les autres cultes une Église habituée à se croire entourée d'œuvres et de machinations démoniaques. Les édits de Constantin ouvrent la série des mesures de répression calculées en vue de l'extinction progressive des cultes polythéistes.
En attendant que la vieille religion expirât sous ces coups redoublés, on espérait avoir raison à bref délai de la divination et de la magie. Après avoir eu confiance aux devins et avoir éprouvé par lui-même la véracité de leurs prédictions, « Constantin, dit le zélé païen Zosime, commença à montrer son impiété en tenant la mantique en suspicion \ » A coup sûr, il ne la traita pas en homme qui la dédaigne. Voici les instructions qu'il adressait le 31 janvier 319 au préfet de Rome î « Qu'aucun haruspice ne s^approche du seuil d'un autre homme, même pour un motif étranger à la divination : mais toute amitié avec des gens de cette sorte, de si vieille
i) Padll., SenUnL V, 21, 1-3. — 2) Cod. Justin., IX, 8, 2. Édit rendu entre 294 et 305. — 3) lo. Antiochen, p 824. Sdidas, s. v. Aio)iXtjxtav4«. — 4) ZosiM.,11, 29.