COCTION DES VISCÈRES
siciœYj formaient une masse découpée {insicia-prosicia-^rO' sectaY^ propre à être consumée dans la flamme de l'autel après avoir été préalablement saupoudrée de farine salée {mola salsaf. C'est ce qu'on appelait présenter les entrailles (eœta porricere). Dans les sacrifices solennels, lorsque la victime était une bête à cornes {harviga)\ les entrailles étaient, avant la crémation, bouillies dans une chaudière. Si, durant cette coction, le foie venait à se dissoudre (Jecur extabescit, effluity^ le pronostic était aussi fâcheux que si cet organe s'était trouvé absent à l'autopsie.
Il fallait du temps pour toutes ces formalités : aussi, lorsque les Romains acceptèrent, avec les rites étrusques, l'aide des haruspices, ils ne voulurent pas enlever aux affaires les journées occupées par ces interminables sacrifices. Les Pontifes décidèrent qu'on n'était pas tenu au repos des jours fériés entre le moment où la victime était immolée et la crémation des entrailles*. La cérémonie était plus longue encore lorsque l'haruspice essayait de corriger les présages fâcheux donnés par une première victime en recomnrençant l'expérience sur d'autres. Les dieux, en effet, pouvaient être mécontents de la victime ou de quelque dérangement accidentel et manifester leur mauvaise humeur par des signes défavorables qui ne se reproduisaient plus avec une autre victime ou dans un sacrifice mieux conduit. C'est ainsi que, après avoir trouvé un
i) Varr., Ling. lat, V, 22. Aknob., VII, 25. Fulc, s. v. praesegmina. — 2) Paul., s. v. prostctum, p. 225. Cf. Arnob., VU, 24. Sur tous ces termes techniques, voj. la compilation db Brissonius, De formulis et solemnibus populi Romani verbis. — 3) Sur la préparation solennelle de la mola salsa suivant le rite romain, voy. Bouché-Leclercq, Les Pontifes de Vancienne Rome, p. 64 63. — 4) Varr., Ling. lat., V, i9. — 5) Liv., XLI, 15. Obseq., 9- 35. Sarr., Oct., 1. — 6) Ces jours étaient dit endotercisi ou intercisi et marqués EN dans les calendriers. ïnterdsi dies sunt per quos mane et vesperi est nefaSf medio tempore inter hosiiam cœsam et exia porrecta fas (Varr., Ling. lat.,yi, 31. Cf. OviD,, Fast. I, 49. Macrob., 1, 16, 2-3). U y en avait 8 de prévus par le calendrier (Cf. C. I. L., I, p. 312-367).
foie sans tête, c'est-à-dire le plus désastreux des présages, on se trouvait rassuré parla victime suivante*. Enfin, on tombait parfois sur des entrailles muettes^, et il fallait essayer de vaincre ce silence obstiné des dieux.
Le pronostic final résultait de toutes les observations combinées, et permettait de classer les eœta en catégories analogues ou identiques à celles dans lesquelles on rangeait les foudres. De même qu'il y avait des eœta regalia ^ promettant honneurs aux grands, héritages aux petits, indépendance aux fils de famille, il y avait sans doute aussi des exta reno^ vaiivaj peremptalia\ etc.
Le classement une fois fait, le résultat mis au net, il ne fallait pas trop se hâter d'appliquer le présage à la personne, abstraite ou réelle, qui offrait le sacrifice. Toutes les méthodes divinatoires se sont, avec le temps^ encombrées de casuistique, de distinctions, d'exceptions, qui n'aidaient guère à découvrir le vrai sens des présages, mais qui étaient fort commodes pour expliquer après coup les méprises et les insuccès. Il pouvait arriver que les présages tirés des entrailles fussent applicables soit au devin lui-même qui croyait lire dans la destinée d'autrui, soit à quelque autre personne présente. Il pouvait se faire aussi, par suite d'un incident imprévu, que le présage changeât d'adresse et fût détourné tout entier d'un autre côté. Ainsi, Octave offrait un sacrifice sous les murs de Pérouse et les signes persistaient à être funestes, lorsque l'ennemi fit une sortie inattendue et « emporta tout l'appareil de la cérémonie religieuse. Les haruspices s*accor-
{) Gic, Divin, II, 15. Cf. ci -dessus le cas de Marcellus, p. 69, 9.— 2) Paul., p. 150. Pesi., p. 157. s. v. Muta. — 3) Paul, s. v. ilegaiia, p. 288. — 4) Le texte de Pline, cité plus haut (p. 70, 2), contient un exemple à' exta peremptaîia, et les sacrifices faits en seconde ou troisième instance étaient nécessairement ou rénovatifs ou périmants. On trouve dans Festus (ibid, suivant la restitution d*0. Mûller) des exta adjutoria.
dèrent à dire que les pe'rils et les malheurs annoncés au sa^ criflcateur retomberaient sur ceux qui avaient en leur possession les entrailles ; et; en effet, les choses ne se passèrent pas autrement * . »
Le cas n'était pas nouveau. A la fin du siège de Yéïes (393), € le roi des Yéïens offrant un sacrifice, les soldats romains entendirent la voix de Tharuspice disant que la victoire serait à celui qui découperait les entrailles de la victime : cela les décida à s*emparer des entrailles et à les porter au dictateur >, » moyennant quoi, les Romains eurent en effet la victoire. Le principe appliqué ici était donc que Tavenir et le signe révélateur se trouvaient rivés Tun à l'autre et suivaient le même maître. Ce système n'avait rien d'illogique pour des gens qui croyaient que les dieux se décident, eux aussi, suivant les circonstances, et font en quelque sorte Tavenir au jour le jour. Aussi le retrouve-t-on dans les violences ou les ruses imaginées pour rejeter sur autrui l'effet des mauvais présages et confisquer le profit des signes heureux^. Du reste, à défaut de principes, les devins experts prenaient conseil d'eux-mêmes, de leur expérience et surtout de ce qu'ils avaient appris ailleurs qu'à l'autel*.
L'extispicine à la mode toscane était plus exposée que Tart fulgural à subir la dépréciation que provoque la concurrence; mais elle eut et garda jusqu'au bout la clientèle des Romains, qui lui assura la prééminence sur les rites analogues. Rome
1) SuET., Atigti5l., 96. — 2} Liv., V, 21. •— 3) Cf. entre autres exemples, le fameax conte de la « tête d*01us {caput OH) », éponyme du Capitole. L*hamspice Olenus Galenus, consulté en Étrurie, trace avec son lituus sur le sol un temple et dit aux Romains, entendant par hic son temple et le sol toscan : Hoc ergo dicitUf Romani, hic templum Jovis 0. Af. futurum esty hic caput invenimm? Le brillant destin du Capitole eût été transféré à TÉtrurie, si les envoyés romains n'avaient répondu : Non plane hic, sed Romse inventvm caput dicimus (Plin., XXVIII, § 45). — 4} A/ta posita sunt in monumenUs et disciplina... alia autem subito ex tempore conjectura explicantur (Cic, Divin,, }, 33).
fut comme la patrie d'adoption des haruspices : leur art y était fort apprécié de l'État et des particuliers ; si on les y traitait parfois avec hauteur, on les rémunérait largement, et ils y goûtaient le plaisir d'affirmer leur supériorité sur les prêtres de Rome. Les généraux avaient foi aux entrailles en un temps où ils fabriquaient eux-mêmes leurs auspices, et c'est pour suppléer à l'insufâsance de la science des Pontifes que le Sénat appelait les devins toscans à connaître des prodiges dont se préoccupait de temps à autre Topinion publique.