SIGNES ET PRODIGES
dait souvent le salut de la société. Mais ces mesures n'ont d*ejfficacité que si elles sont opportunes, si elles sont une réponse bien adaptée à la nature et au sens du prodige. Dans le sens actif du mot, la procuration des prodiges est Part de trouver et de formuler cette réponse, et c'est peut^tre la tâche la plus ardue qui ait été imposée à la science divinaptoire.
Le problème, en effet, est complexe, et il faut déjà pour le bien poser une analyse minutieuse à laquelle la divination grecque n'a jamais voulu plier son libre génie.
Nous ne reviendrons plus sur les associations d'idées et les raisonnements qui constituent le fond même de la divination inductive, sur la conversion progressive desprodiges en signes usuels, et la limite incertaine qui sépare ces deux catégories de présages \ Le prodige, dans la langue des devins, est bien un phénomène extraordinaire et remarqué pour cette raison ; mais il n'est pas nécessairement contraire aux lois de la nature, à celles même que connaissaient les anciens. Ainsi, il n'est pas miraculeux en soi que les abeilles aillent sus-
]I y a là une collection à faire et à classer. Nous ne mentionnerons ici que la chronique des prodiges de Julius Obsequens, qui va de Tan 249 à 12 avant J.-C.
JuL. Obsequens, Frodigiorum liber ab U, C. DV[cum LycosthenU (Wolfhart) siqtplementis. 1552.]
J. Cjbs. Bulbngerus, De prodigiis (ap. Grsev. Thes. \, p. 457-5*5).
Jo. Spencer, De prodigiis. Londin. 1665.
Olaus Celsius, Diss, de prodigiis. Upsal. 1704.
Anselme, De ce que le paganisme a publié de mei'veilletix, 1717 (Mém. Acad. Inscr. IV, p. 39f»-4H).
Frérbt, Bé flexions sur les prodiges rapportés dans les Anciens, 1717 (Ibid. p. 411-437).
J. A. Fr. Steger, DieProdigien und Wunderzeichen der alten Welt; Beitrag zurErklsrung des Livius und Tilgung des Aberglaubens. Braunschweig, 1800.
K. ScHWENCK, Reemische Mythologie {Anzeichen und ihre Sùhnungf p. 400- 433) 3« édit. 1855.
ijvoy. vol. I, p. 111-116.
pendre leur essaim à un arbre sacré, à la corniche d'un temple, dans un camp, ou même aux étendards; que des araignées y filent leur toile; que des rats rongent des boucliers; que des loups errent et hurlent dans les ténèbres ; que des serpents entrent dans une maison ; qu'un incendie s'allume sans cause connue et fasse des dégâts considérables ; qu*un homme soit frappé de mort subite ou écrasé dans une foule ; et pourtant, tous ces incidents pouvaient être et ont été considérés comme des prodiges. Le caractère prodigieux qu'y trouvent les hommes de l'art tient à un enchaînement de faits dont aucun n'est matériellement impossible, à une combinaison de circonstances que le hasard, à la rigueur, pourrait produire, mais qu'il ne produit guère \
C'est là ce qui trahit {prodere) ou montre {monstrare-' ostentaré) l'intervention divine et fait de ce qui aurait pu n'être qu'un incident singulier un prodige. On a vu la « divination par symboles » chez les Grecs ^ et on verra la divination ominale des Romains découvrir une intention providentielle dans les moindres rencontres, et rien ne ressemble plus aux espèces de prodiges énumérés plus haut que certains présages fortuits {omina).
En somme, la divination, entendue dans son sens le plus large, disposait d'une série indéfinie de signes qui allait, par une dégradation continue, du miracle évident aux remarques les plus triviales. De ces signes, un petit nombre avait été mis à part et avait servi à constituer des méthodes régulières : les autres n'avaient point de valeur fixe, et bon nombre même n'avaient que celle qu'on voulait bien leur donner. Ceux qui, par leur rareté ou leur éclat, s'imposent à l'attention et manifestent avec évidence l'action d'une force surna-
i) Tb "fàp€ÎwOl>ç oi xi^aç {TflEOPHR.,His(. P/an<.,V.,3).— 2) Voy. vol.î,p. Ji9- 121. 148-i49. 3i2.