‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 25 sur 163 · CARACTERE PRODIGÏEUX DES SIGNES · texte numérisé non relu

CARACTERE PRODIGÏEUX DES SIGNES

turelle sont des prodiges ; ceux qui non seulement peuvent passer inaperçus, mais n'ont d'influence sur la destinée qu'autant qu'on les remarque et les accepte, sont des omina. Les premiers ont une énergie intrinsèque ; ils sont l'indice d'une volonté arrêtée, et, négligés, ils se reproduisent et s'aggravent : les autres sont un avertissement discret dont les gens attentifs sont seuls à tirer parti, et oil l'action surnaturelle est si voilée qu'on la désigne par le mot vague de hasard (fors). Mais où placer la ligne de démarcation entre ces deux espèces de signes ? A quel degré d'intensité Vomen devient-il un prodige? On conçoit que la distinction soit toujours restée flottante S et que, par conséquent, la théorie déjà complexe des prodiges se soit embarrassée d'idées et de règles appartenant à la théorie plus confuse encore des omina.

C'est une entreprise vaine que de chercher à utiliser les synonymes latins [prodigium ^^portentum — ostentum — monstrum) pour jeter quelques motifs de classification à travers la masse incohérente des exemples recueillis çà et là dans les auteurs. On peut supposer que la théologie romaine les a créés pour suivre, dans ses appréciations subtiles, la science des haruspices ; mais l'usage les a si bien confondus qu'ils ne sont plus susceptibles d'un sens spécial. Les grammairiens de l'antiquité ont essayé de retrouver ce sens à l'aide d'étymologies ^ qui, fussent-elles exactes, restent insufiSsan tes

1) Suétone le coDstate lui-même : Prodigiorum loco habita sunt etiam quw forte illo ipso die prius acdderant (Calig.y 57). On avait converti en prodiges de simples omina ou présages fortuits. Voilà pourquoi Pline dit des prodiges ce qui. ne convient réellement qu'aux omina : exemplis adparet ostentorum vires et, in nostra potestate esse, ac prout qudsque accepta sint valere (Plin., XXVIII, § (7), tandis que Valère-Maxime affirme des omina ce qui n'est pour eux que sous-entendu : Ominum ohservatio , , . non fortttUo motu, sed divina providentia constare creditur (Val. Max., I, 5, i). — 2) PnoDiGiuM— quodporro dvrigit (Varr. ap. SERV.,iEn.,UI, 366. Augustin, Civ, Deiy XXI, 8), quod prœdicit ou prodicit (Cic, Divin.y 1, 42. iVa^ Deor.y II, 3. Fkst., p. i38. Paul., p. 140. s. v. Monstrum^. Cf. prodigium de proagere

pour déterminer l'emploi historique des termes. Leurs hésitations sont une preuve, d'ailleurs superflue, de l'impossibilité qu'il y a de faire des distinctions sérieuses dans les mots quand la science divinatoire n'en avait point voulu ou pu faire dans les choses. Il est loisible à un érudit de décider que portentum et ostentum^ termes absolument synonymes, indiquent d'ordinaire des phénomènes apparaissant dans la nature inanimée : que les monstra sont des singula* rites de la nature organisée et vivante; les prodigia^ des actes ou mouvements singuliers opérés par des êtres vivants; et les miraculay des organismes animaux d'une struc* ture anormale * . Mais il faut, pour maintenir ces interprétations arbitraires, corriger à chaque instant les auteurs *.

(Scaligbr) ou prodo^ere (Hartung). — Portentom — quod porlendit, i. a. prœ- \

ostendii (Varr. Fest. Paul. Augustin, ibid, Fesi. s. v. Portenta, p. 245). On î

soutenait aussi que c*était un présage annonçant un événement à longue échéance (porro iendere, Fronto, De diff. vocab.y II, p. 467), ou encore un signe de bonheur ou de malheur, selon que l'on traduisait pro (tenderé) par !

pour ou par contre {Fest., ibid,) : d*autres traduisaient par chose contre nature |

(Augustin, ibid.), — Ostentum est dérivé, à Funanimité, de ostendere. On en !

faisait un synonyme tantôt de portentunif tantôt de prodigium. Pour les uns» c'était un présage heureux, par opposition à portentum; pour les autres, un ^igne funeste, toujours par opposition à portentum (FBST.,p. 245). Tel enten- j

dait par là un fait contre nature, tel autre, un incident simplement rare. I

On trouve aussi, comme le remarque Festus, ostentum employé comme par- i

ticipe et signifiant « ce qui se voit», ce qui se passe, sans spécifier davantage. — MoNSTRUM a deux dérivations, de monere ou de monstrare. On donne souvent à ce terme le sens actuel de « monstre » ou monstruosité. Les casuistes raffinés pensaient que le monstrum devait m»mtrer le remède à côté du mal dénoncé par lui (Fbst., ibid.), ou qu'il montrait le présent, par opposition au prodige, qui regarde en avant (parro-pro) et révèle Tavenir (Serv., JEn.y II, 681). — MiRACULUK n'est pas une expression technique*: le mot ne qualifie pas l'objet en lui-même, mais exprime l'impression qu'il fait sur l'observateur. !

i) Hartung, Religion der Bœmer, I, p. 97. — 2) Par exemple, Tite-Live (I, 55) appelle prodigium l'invention de la tête de Tolus, alors que Florus I, 7) qualifie ceUe trouvaille de momtrum. Gicéron appelle portentosa des fœtus monstrueux {Divin., U, 28) : Pline appelle ostenta des prodiges végétaux (XVH, § 243), et Suétone {Domit., 23) appelle aussi ostentum une corneille parlante. Enfin, Valôrc -Maxi nie confond les monstres et les prodiges, tandis

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