‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 47 sur 163 · PROPHYLAXIE DES MAUVAIS PRESAGES · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE DES MAUVAIS PRESAGES

bannissait de ses formules, mais il voulait que l'oiliciant eût la tête couverte d'un voile et qu'on fît silence autour de lui *, afin que nul présage fâcheux ne pût frapper ses oreilles ou ses regards. Au commencement du sacrifice, les hérauts criaient au peuple : Favete linguis '^ ; et, de peur que quelque imprudence ne fût commise, on couvrait avec le son des flûtes les bruits qui aurait pu compromettre la marche correcte de la cérémonie '.

La divination ominalo a donc reçu, de cete manière, une sorte de consécration officielle ; elle a même pénétré dans Part augurai qui, comme nous le verrons plus loin, exigeait pour la prise des auspices le silence absolu et reconnaissait la valeur prohibitive des dirœ obstrepentes ou bruits accidentels survenus pendant l'auguration. Cependant, elle n'a point pris rang parmi les méthodes divinatoires pratiquées par les augures, en ce sens que les signes fortuits n'ont jamais été considérés par eux que comme des influences perturbatrices et non comme des signes convenus de la volonté divine^.

Ni les Romains, ni les Grecs, n'ont essayé d'établir une classification raisonnée des omina. Ils distinguaient simplement les omina favorables {bona-fav^ta-accepta^lceta^^y et les défavorables (mala-infausta'adversa'Obscœna). Il n'est pas facile, en effet, de dégager, dans ces caprices de Timagination, le trait caractéristique sur lequel doit reposer une classification naturelle.

L'élément nécessaire de tous les présages fortuits, quel que soit l'objet extérieur ou le prétexte qui les fait naître, est le

i) SERv.,ifin., m, 407.— 2) Cic, Divin., II, 40. Plin., XXVIU,'§ {{. Paul., p. 88, s. V. Faventia. — 3) Plin., ibid. Cic, IHvin.y I, 45. TuscuL, IV. 2. — 4) L*Eiat ii*a pas empêché les particuliers de transformer certaines chapelles en oracles clédonisiiques, à la mode grecque que Cicéron [Divin, y I, 46] appelle, sans y regarder de trop près, mos veterum; mais ces pratiques sont restées en dehors de la divination officielle.

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travail spontané de Pintelligence qui les trouve en détournant le sens des paroles entendues. Il faut doac distinguer deux cas; l'un, dans lequel, les paroles entendues n'ayant aucun sens favorable ou défavorable, Vomen est pour ainsi dire créé de toutes pièces par l'observateur; Fautre, dans lequel Je caractère de Vomen est déterminé par le caractère agréable ou triste des mots et des phrases d'où il est tiré.

Toutes les variétés de présages ominaux rentrent dans ces deux catégories. La première n*a point de limites ; elle peut contenir autant d'espèces de présages qu'il y a d'associations d'idées possibles, c'est-à-dire ujie diversité infinie qui échappe à toute règle générale. Les Romains ne se demandaient pas si l'esprit de l'observateur n'était pas éclairé par une lumière intérieure et si la même divinité qui posait l'énigme ne suggérait pas aussi la réponse. Rien ne garantissait la vérité du présage, et pourtant on y avait une confiance entière, parce que, une fois exprimé et accepté, vrai ou faux, il devenait lui-même la matière d'un omen de la seconde catégorie. Cette seconde catégorie satisfait mieux la raison; la matière du présage y a déjà une valeur propre, et l'interprétation n'en est point absolument arbitraire. Il arrive même parfois que les paroles entendues ont la forme que leur conservera l'interprétation, sous un déguisement qui suffit à les travestir. Tel est le fameux jeu de mots que Crassus, prêt à s'embarquer à Brundisium, eut le tort de ne pas comprendre. Pendant que son armée faisait les préparatifs de départ, un marchand de figues criait à tue-tête : « figues de Cannes {Cauneas) ! » ce qu'il eût fallu interpréter : « Cave ne eas'p^ gardetoi d'aller aff'ronter les Parthes *. Au moment de partir pour la Macédoine, Paul-Émile entendit prophétiser la chute de Persée par sa petite fille qui pleurait la mort de son chat, appelé Persa ■.

1) Cic, m\)., 11,40. Plin.,XV,§83. -2) Cic, D*»., I, 46. Val. Max., 1, 4, 9.

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