CLASSIFICATION DES SIGNES OMINAUX
Gomme rinterprétatiou dépend, dans une certaine mesure, des données, on pouvait faire naître artificiellement des présages favorables. Aussi, dans les cérémonies religieuses et civiles, les prières, les acclamations, les vœux, étaient formulés de manière à remplir l'esprit des auditeurs de pronostics heureux.
Nous avons cherché jusqu'ici à concentrer Tattention sur Vomen parlé, le seul qui réponde à ce terme pris dans son sens propre ; mais il faut au moins indiquer de loin le do-maine indéfini qui reste encore à la divination ominale, en dehors des allusions fournies par le langage. « Si nous acceptons Vomen tiré des paroles, dit Cicéron, alors il nous faudra observer et le heurt du pied, et la rupture d*une courroie, et les éternuements ». Sans doute. La superstition populaire ne connaissait point ces dédains philosophiques et tirait parti des incidents en apparence les plus insignifiants. Tout ce que la langue flexible des Grecs rangeait sous des titres divers et résumait au besoin dans le terme générique de syrnboloniancie ^, tout ce que peut ofi'rir de rapprochements imprévus l'inépuisable fécondité du hasard, se rassemble et se confond dans la divination ominale des Latins.
Les deux catégories proposées plus haut comme divisions pour les onùna parlés s'appliqueraient également bien aux autres présages fortuits. En effet, ou bien l'incident visé a un sens propre qui en règle Tinterprétation, ou il ne signifie rien par lui-même. La part d'initiative laissée à l'observateur varie donc dans les mêmes proportions que pour les présages oraux.
Enfin, on pourrait ouvrir une classe à part pour les incidents fortuits qui servent de prétexte à des présages oraux et se trouvent modifiés par leur combinaison avec ceux-ci.Tout
i) Cic , W»ûi., II, 40. — 2) Voy. vol. I, p. Ii9-122. i49.
144 DIVINATION LATINE ET OMBRO-SABELLIQUE
le monde connaît Tà-propos avec lequel Jules-César, débarquant en Afrique, rassura ses soldats effrayés de Tavoir vu trébucher, en s'écriant : « Maintenant, je tiens TAfrique ! » Julien se souvint de ce trait d'esprit, qui devait servir encore à Guillaume le Conquérant, Un jour qu'il s'exerçait avec ses troupes à Lutèce, son bouclier se rompit et il ne lui resta dans les mains que la poignée : « Que personne n'ait peur I s'écria-t-il. Je tiens ferme ce que j'avais en main * >. Le présage fondé sur un incident fâcheux se trouve ainsi retourné en sens contraire par une interprétation qui n'aurait aucune valeur si elle était faite après coup, mais qui, en raison de sa spontanéité même, devient un omen supérieur au premier. La promptitude de la repartie lui donne le caractère fortuit, imprévu et impossible à prévoir, qui est l'essence même des omina.
L'usage finit par donner à ce terme technique une extension illimitée, et on le trouve appliqué dans des cas où le hasard n'a que faire. Il désigne souvent cette influence,bonne ou mauvaise, attachée par la coutume à certains jours, à certains arbres, à certains animaux. C'est dans ce sens impropre que le rédacteur du calendrier de Préneste emploie le mot, quand il défend de faire entrer dans le temple de Carmenta aucun *ome/^ moriicinum^. Enfin, non content de comprendre sous ce vocable indéterminé tout ce qui n'était point classé sous un titre quelconque, on appela souvent omen le sens des prodiges et des auspices'. A plus forte raison pouvait-on désigner ainsi l'espèce particulière de présages fortuits dont il nous reste à parler, les présages cléromantiques ou Sorts,
\) Amm. Marc, XXI, 2, 2. Fronlin avait déjà écrit là-dessus uq chapitre intitulé De dissolvendo metu quem milites ex adversis conceperint ominibus (Strateg,,!, ^2). — 2) Kal. PRiENEST., H /on. — 3) Serv., ifin., IIî, 246 ; IV, 3#0.
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