LES SIGNES CÉLESTES
Ce qui est certain, c'est que la tradition vulgaire, moins soucieuse de faire commencer avec Rome elle-même le fonctionnement régulier des institutions postérieures, ne parlait point de cette inauguration personnelle : elle ne connaissait que les douze vautours, dont Tapparition avait fixé remplacement et désigné le chef de la cité nouvelle *. Il n'est pas davantage question de signes célestes lors de l'inauguration de Numa. Tite-Live dit simplement qu'elle se fit avec l'assistance d'un augure et suivant les auspices stipulés par celui-ci*. Plus tard, c'est un aigle qui présage à Tarquin sa grandeur future '. ;Mais déjà l'influence étrusque, qui devint dominante avec les Tarquins et Mastarna, avait commencé à tourner vers la science fulgurale les préoccupations des organisateurs de la cité. Numa avait réglé l'expiation des foudres : Tullus s'essayait à les ponjurer. L*admission des signes célestes dans le rituel augurai a pu coïncider avec l'avènement de Tarquin, qui a peut-être appliqué ces auspices insolites à l'inauguration de sa dynastie.
Même inscrits parmi les signes impétratifs, les présages météorologiques ne perdirent jamais complètement le caractère menaçant que persistait à leur attribuer l'opinion commune. En effet, le peuple ne pouvait se réunir dans ses comices le jour où avait été observé un signe céleste, même favorablement orienté, et un pareil avertissement suflîsait à dissoudre une assemblée déjà convoquée'*. L'usage en fut restreint aux occasions solennelles et rares, comme l'entrée en charge des dépositaires du pouvoir.
Pour cette fonction spéciale même> le rituel augurai ne l*econnaissait les signes célestes comme favorables qu'à plus
i) Liv.,I, 6-7. Plut., Romul,,9. — 2) Liv., I, i8. — 3) Liv., 1, 34. — 4) Dion. ^ II, 5. Cic, Divin., I, 18. In VaUn., 8. Philipp., V, 3. Liv., X. 42. 59. Tac, Ann., I, 18. Cf. ci-dessous Tusage de ïobnuntiatio, presque toujours fondée •or robservation des signes célestes.
d'une condition.Le tonnerre resta un signe négatif et funeste*. L'éclair seul, non accompagné de bruit et d'orage, autrement dit, le reflet de l'éclair dans un ciel serein, pouvait être heureux, pourvu qu'il apparût à gauche * et en avant ' de l'observateur. Ces conditions une fois remplies, l'auspice céleste, qui était le plus grand de tous% en devenait aussi le meilleur '.
Les Romains, qui ne laissaient pas volontiers réviser leurs élections par les dieux, se tiraient de toutes ces difficultés en créant l'auspice céleste, comme les autres signes, par la parole ominale. < Ne pensez-vous pas, dit Cicéron, que jadis ceux qui prenaient les auspices observaient eux- mêmes le ciel ? Aujourd'hui, ils commandent au puUaire et celui-ci leur annonce l'auspice demandé • ».
A ce point de vue, les auspices se ressemblent tous, et le rituel augurai ainsi compris devient d'une simplicité extrême. Il recelait assez de finesses pour qu'on fût assuré de trouver au besoin des irrégularités dans l'opération la mieux con-duite ; mais on n'invoquait cette casuistique que quand on jugeait à propos de le faire. Le cérémonial de l'auspication compte pour peu de chose dans toutes les considérations qui engendraient, en se combinant diversement, les mille difficultés du droit augurai.
i) Liv.. XXIU, 31. Plot., Iforc., 12. —2) Dion., II, 5. Vrac, £n., U, 692. VU, Ul . IX, 630. Skrv., ihid. — 3) Schol., Veron., ^n. Il, 693.-4) Cf. cidessus, p. i61, 5. — 5) Fulmen sinistrum auspiciitm opiumum habemus ad Ofimû res prœterquam ad eomitia (Gic, Divin., II, 35).