‹ Histoire de la divination dans l'antiquitéChapitre 93 sur 163 · LE COLLÈGE PRIMITIF · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE PRIMITIF

questions intéressant ses auspices, s'est choisi des conseillers spéciaux, décorés du titre d' « augures publics du peuple romain^ ».

Les augures publics n'étaient ni des magistrats, ni des prêtres au vrai sens du mot : ils n'avaient point, comme les premiers, le droit d'auspices, ni, comme les seconds, le devoir de desservir un culte quelconque. C'étaient desp^wrfewfe, maîtres des cérémonies ou jurisconsultes suivant les cas, dont les magistrats pouvaient requérir en toute occasion l'assistance et invoquer les lumières. L'État se reposait sur eux du soin de conserver la tradition nationale ^ et de veiller à ce que la société ne rompît jamais, par l'abandon des rites consacrés, le pacte conclu à l'origine avec « Jupiter très bon et très grand », dont ils étaient les « interprètes* ».

Le collège passait pour être aussi ancien que Rome ellemême. D'après Cicéron, Romulus, bien qu'excellent augure lui-même*, choisit pour l'assister #rois augures, un de chaque tribu» : et le collège ainsi fondé fut augmenté de deux membres par Numa*. Tite-Live accorde qu'il y a eu des augures du temps de Romulus, puisqu'il fait inaugurer Numa par un augure assistant ^ ; mais il affirme ailleurs que le collège a été créé par Numa®. Denys d'Halicarnasse est de l'avis de Tite-Live ' ; seulement il fait instituer par Romulus un collège d'haruspices dans lequel on reconnaît les augures de Cicéron *®. A part cette intempestive addition, que rien ne justifie, les deux systèmes se concilient très bien, les augures ayant pu, dès le début, être nommés individuellement par le

\) Augures publici (Varr., Ling, lat, V, 33. Cic, Legg,, III, 8, etc.). Au- Qures populi romani (Gell., XIII, 14). Augures publici populi romani Quiritium Obell., 2130, 2284, 2335, etc.). — 2) DiscipUnam tenento (Cic, Legg., H, 21). — 3) Cic, ibid. — 4) Cic, Divin., I, 2. Cf. 40. 48. — 5) Cic, Rep., ", 9. — 6) Cic. Rep,, II, H. — 7) Liv., l, 18. — 8) Liv., IV, 4. — 9) Dion., lï, 64. — 10) Dion., Il, 22. Voy. ci-dessus, p. 103.

roi sans constituer pour cela un collège, au lieu que l'organisation définitive de la corporation peut dater d'une époque postérieure.

En ce qui concerne le nombre des augures dans les premiers ' siècles de l'histoire romaine, les auteurs s'accordent moins encore. Cicéron admet trois augures au temps de Romulus, et cinq à partir de Numa. Le nombre 3 s'explique, suivant lui, par la raison que les trois tribus génétiques étaient représentées au sein du collège, chacune par un membre : raddition de deux augures par Numa reste inexpliquée. Tite-Live ne traite qu'incidemment la question. Comme il n'y avait, en l'an 300 avant notre ère, que quatre augures dans le collège et que ce nombre n'a aucun rapport avec celui des tribus, il suppose deux places vacantes par décès des titulaires '.

Il y a peu d'utilité à chercher un moyen de concilier des opinions si peu sûres d'elles-mêmes. Pour les uns, les chiffres de Cicéron sont exacts, mais il faut les interpréter en ce sens que le roi, augure par prérogative inhérente à la souveraineté ^, s'ajoute aux deux, puis auxgwa^re membres qui représentent les deux tribus des Ramnes-Tities : après la chute des rois, le collège se trouvait réduit, non pas accidentellement, comme le croit Tite-Live, mais normalement, à qtiaire membres ^ Tel autre accepte sans réserve les allégations de Tite- Live, et pense que le nombre ternaire des membres a été simplement doublé à une certaine époque et porté à six K

{) Liv., X, 6. — 2) Nostracivitas in qua reges augures.,, rempublkam religionum auctoritate reœerunt (Cic, Divin,, I, 40). — 3) Cf. L. Mercrlin, Die Cooptation der RoBmer^ p. 96 sqq. — 4) Marquardt, Rœm. StaaisvencaltimOi III, p. 383. Ce qui parait certain, c'est que le collège représentait les tribas et que le nombre de ses membres devait être l'équivalent t)u le multiple du nombre des tribus (Cf. Liv., X, 6). Avec deux tribus (Ramnes-Tities)^ on avait deux ou quatre augures, c*est-à-dire. avec le roi, un collège de trois ou cinq membres. La troisième tribu {Luceres), entrée plus tard dans la cité, put ne pas être représentée ; de sorte que, la royauté disparaissant, le collège se trouva réduit à quatre membres. Ce chiffre, que Tite-Live regarde comme accidentel, aurait été, de 509 à 300 av. J.-C, le chiffre normal.

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