SIÈGE DE CORFOU
basileus. Nous raconterons, en leur temps, les diverses tentatives faites par Manuel pour réaliser ce dessein. Notons seulement ici que c’est en 1148 qu'apparaissent nettement les vues du fils de Jean Comnène sur l'Italie. Jusque-là les affaires italiennes avaient fait avec l'empire allemand l’objet de longues négociations diplomatiques. Celles-ci nous sont assez mal connues, et c’est seulement, en 1148, que nous pouvons apercevoir avec netteté l'idée qui pendant de longues années dirigea la politique byzantine en Italie.
Malheureusement pour les Grees, l'expédition si soigneusement préparée n'allait point avoir lieu. Au moment même où l'armée impériale allait entrer en campagne, une invasion des Polovtzes, vint empêcher Manuel de donner suite à ses projets ?, L'empereur dut se porter sur la frontière des Balkans et diriger lui-même une expédition pour repousser les barbares. Il convient de placer cette campagne au printemps de l'année 1148. Nous voyons, en effet, que la flotte grecque qui, au moment du départ de Manuel pour les Balkans, avait reçu l'ordre de se rendre à Anchiale, ne fut prête qu'au printemps ?.
Vainqueur des Polovtzes, Manuel revint aussitôt à ses projets contre les Normands, mais, il éprouva divers contre-temps ; l’entrée en campagne des Vénitiens fut retardée par la mort du doge *; la flotte byzantine n’arriva dans l'Adriatique qu'à l'automne 1448, sa marche ayant été contrariée par le gros temps. Le bloeus de Corfou fut établi aussitôt, malgré la saison avancée, par les vaisseaux byzantins, aidés de la flotte vénitienne. L'armée
1. Nikétas Choniatès, Il, 2, pp. 103-104; Kinnamos, I, 3, p. 93.
2. Kinnamos, I, 3, p. 93, et#, p. 96. Il ressort de Kinnamos que le siège de Corfou a commencé à l'automne 4448. Dandolo, Chr., Muratori, R.LSS., t. XII, p. 232. Manuel et une partie des troupes hivernèrent à Berroe d'où l'empereur se rendit à Constantinople avec Conrad. C’est en son absence, et plus de trois mois après le commencement du siège, que se produisit la rixe entre Grecs et Vénitiens ; c’est également en son absence que Kontostephanos fut tué. L'empereur n'est revenu qu'après le départ de Conrad, c'est-à-dire au printemps 1149. La prise de la ville est postérieure aux combats livrés par les Grecs, pendant l'été 1149 ; elle doit être d'août 1149. C'est à tort que Kap-Herr, op. cit., p. 134, note 1, reproche à Choniatès de ne faire durer le siège que trois mois. Nikétas Choniatès, Il, p. 109, dit simplement que le siège durait depuis trois mois au moment de l'incident qu'il raconte.