Falcand, Loc. cit
2. .Kinnamos, IV, 15, p. 175. Simon avait été exilé après la révolte des vassaux de Guillaume Ier. Cf. Falcand, op. cil., pp. 63 et 68.
d'apaisement inspira sa conduite envers les villes du royaume; la taxe de rédemption, que Guillaume 1° avait établie après la dernière insurrection, fut supprimée, et des ordres furent donnés pour que les fonctionnaires des finances ne réclamassent plus jamais rien à ce titre aux habitants des villes !.
Ces premiers actes acquirent à Marguerite une grande popularité ; mais, malgré cet heureux début, la reine ne se dissimula pas les difficultés qu'elle allait rencontrer dans l’accomplissement de la tâche qui lui avait été dévolue. Même parmi les fidèles de son mari, elle ne voyait aucune personnalité qui s'imposât à son choix, pour l'aider à gouverner et lui servir de conseiller et d'appui. La régente, qui devait partager à l'égard de l'aristocratie les idées de Guillaume I", ne paraît pas un instant avoir songé à chercher parmi les vassaux de la couronne le conseiller dont elle avait besoin. Les conspirations et les révoltes continuelles, auxquelles avaient pris part, sous le règne précédent, les membres de l'aristocratie, étaient encore trop récentes pour qu'elle songeñt à confier une partie quelconque de l'autorité royale à l'un des membres de cette féodalité turbulente. Marguerite ne pouvait pas davantage songer à choisir un premier ministre parmi les membres du clergé qui se pressaient à la cour, quand elle ne voyait autour d'elle que des prélats broullons et intrigants, sans intelligence politique, se haïssant les uns les autres, et occupés seulement à satisfare leurs mesquines ambitions. Dans l'entourage immédiat du feu roi, elle ne trouvait que des hommes, qui, n'ayant pas encore donné toute leur mesure, devaient lui paraître aptes seulement à occuper des situations inférieures, et incapables de jouer dans l'État les premiers rôles. Peut-être aussi, Marguerite redoutait-elle de voir méconnaître son autorité par les conseillers de son mari auxquels une longue possession de leurs charges devait avoir donné certaines habitudes d'indépendance. La reine, enfin, pouvait craindre qu'en
donnant dans l'État une place prépondérante à un homme de con-
1. Falcand, op. cil., p. 90. Romuald de Salerne, dans M.G.H.SS., t. XIX, p.435, dit que Guillaume 1°" prit cette mesure quand il sentit sa fin approcher.
dition inférieure comme le gait Pierre ou Mathieu d’Ajello, elle n'excitât le mécontentement de l'aristocratie. La régente se décida donc à faire face à une situation nouvelle en appelant au pouvoir un homme nouveau, et écrivit à son oncle Rotrou, archevêque de Rouen, pour lui demander d'envoyer en Sicile un de ses parents, soit son frère, Robert de Neubourg, soit Étienne, fils du comte du Perche!.
En attendant le résultat de cette démarche qui paraît avoir été ignorée de ses conseillers, la reine s’efforça de maintenir la concorde dans le personnel de la cour. Au début, rien ne parut changé à l’ordre de choses établi. Le gait Pierre, Mathieu d’Ajello et Richard Palmer continuèrent à remplir les fonctions qu'ils exerçaient sous le règne précédent. Une seule modification fut introduite par la régente; elle choisit le gait Pierre qu’elle affectionnait particulièrement * comme premier ministre, et lui subordonna Mathieu d’Ajello et l'élu de Syracuse #.
Pendant les premiers mois du règne de Guillaume II, la cour de Palerme fut le théâtre de toute une série d’intrigues, sur lesquelles 1l convient d’insister. Autour de la reine se pressent une foule de personnages désireux de se concilier la faveur et d’arriver à exercer le pouvoir. Nous assistons à la lutte sourde et contnuelle que se livrent tous les ambitieux qui vivent à la cour et cherchent, par tous les moyens en leur pouvoir, à acquérir des honneurs et des dignités. Grâce à Falcand, nous pouvons connaître assez exactement les manœuvres des divers partis en présence, manœuvres sur lesquelles Romuald de Salerne a gardé un silence qu'explique la part qu'il a prise à toutes ces intrigues.
On rencontre d’abord le parti du haut clergé. A diverses reprises nous avons déjà eu l’occasion de constater le rôle important Joué à la cour normande par les archevêques et les évêques du royaume de Sicile. Tous ces prélats ne résidant presque jamais
1. Falcand, op. cil., p. 109. L’archevêque de Rouen, Rotrou, était fils de Henri de Warwick et de Marguerite, sœur de Rotrou, comte du Perche, cf. Gallia christiana, t. XI, p. 48.