ATEXANDRE III ET GUILLAUME II
bury nous apprend que, après son avènement, le roi de Sicile fit remettre au pape une grosse somme d'argent, et que son frère, le prince de Capoue, imita cet exemple !. Ce simple fait nous montre que, en 1166, les rapports entre Rome et Palerme sont demeurés très bons; à l'appui de cette assertion on peut d'ailleurs alléguer d’autres faits qui nous fournissent la preuve de l'entente cordiale existant alors entre le pape et le roi de Sicile. C’est le cardinal Jean de Naples qui a servi le plus souvent d'intermédiaire entre Alexandre III et Guillaume IT. Falcand nous parle des allées et venues continuelles de Jean entre Palerme et Rome ”?: le même chroniqueur nous apprend que, vers cette époque (printemps-été 1196), Ubald, cardinal-évêque d'Ostie, séjourna quelque temps à Palerme’. Un document, conservé aux archives du Collège grec à Rome, nous fait connaître qu Alexandre IT envoya comme légats en Sicile, Bernard, cardinal du titre de Sainte-Rufine, et Manfred, cardinal du titre de Saint-Georges au Velabreï. En novembre 1166, les envoyés pontificaux revenant à Rome s’arrêtèrent à Mileto où ils consacrèrent dans l’église du monastère de la Sainte-Trinité l'autel majeur, qui avait été détruit par l’écroulement d’une partie de l'édifice. L'auteur de la Vie d'Alexandre IIT confirme ces divers témoignages, quand il écrit que le jeune roi de Sicile suivit l'exemple de son père et se montra toujours fidèle et dévoué au Saint-Siège”.
Le royaume de Sicile et la papauté, en 1166, avaient un égal intérêt à demeurer unis. On savait, en effet, à cette date, que
1. Jean de Salisbury, Epist., Migne, P. L., t. 199, n° 145, col. 138. Le ton de la lettre semble indiquer qu’elle se rapporte aux premiers jours du règne de Guillaume IT. Par suite, il faut distinguer cet envoi de celui qui a été fait au moment de l’arrivée de Barberousse à Rome, en 1168. Vita Alexandri II, dans Lib. pont., t. II, pp. 416-417.
2. Falcand, op. cit., pp. 95,96, 102, 104, 106. Tous ces détails sur les séjours de Jean de Naples à la cour de Sicile se rapportent bien aux premiers mois du règne de Guillaume IT, puisqu'ils sont antérieurs à l’arrivée d'Étienne du Perche. Cf. supra, t. Il, p. 320.
. Falcand, p. 106.
. Archives du collège grec, à Rome, B. IIT.
Vita Alexandri III, dans Lib. pont., t. II, p. #14.
ox: & ©
Frédéric Barberousse était décidé à entreprendreunenouvelle expédition contre l’État normand'!. Menacés par leurennemi commun, Alexandre [IT et Guillaume avaient besoin l’un de l’autre pour résister aux prétentions impériales. Le pape, en particulier, devait se montrer d'autant plus attaché à l'alliance sicilienne qu'ilse trouvait abandonné par tout le monde, etlivré presque à ses seules forces. À ce moment, en effet, le roi de France témoignait bien à Alexandre LIT une bienveillante sympathie, mais il se trouvait empêché de lui venir en aide d'une manière efficace. Mécontent de l'attitude prise par le pape dans l'affaire de Thomas Becket, le roi d'Angleterre se rapprochait de Frédéric I*?. En Italie, Alexandre IIT n’avait pas obtenu plus de succès, et ne voyait point se réaliser les espérances qu'il avait un moment, lors de son retour, formées sur l’union des villes du nord de la Péninsule. Celles-ci, en effet, sauf quelques exceptions, n’osaient se révolter contre la tyrannieimpériale, et presque toutes avaient peur d'attirer sur elles la vengeance de Barberousse. Au moment de la descente de Frédéric en Italie, le sentiment dominant dans toutes les villes du Nord est que la prochaine venue de l’empereur mettra fin aux maux et aux souffrances des populations {. Pour que les habitants des villes perdent tout espoir dans l'intervention impériale et se décident à agir avec énergie, il faudra la profonde désillusion qui suivra la diète de Lodi.
Au milieu de son isolement, la papauté n’a que deux appuis : le roi de Sicile et le basileus de Constantinople. Ce dernier met à profit la situation politique pour intervenir activement dans les affaires italiennes. Manuel Comnène n’a, en effet, rien abandonné de ses desseins sur l'Italie. Nous avons dit, déjà, la part
qu'ilavait prise aux événements dont le nord de la Péninsule
1. Falcand, op. cit., p.101. Cf. Reuter, op. cit, t.:Il, p. 229.