Romuald de Salerne, dans M.G.SS., t. XIX, p
geat à demeurer en paix pendant quinze ans avec leur maître !, les envoyés siciliens, pour plus de sûreté, firent vidimer l’acte par Alexandre III ; une fois en possession de ce document, Romuald de Salerne et Roger envoyèrent, le premier son notaire, le second son chapelain à Gaiva où se trouvaient l’impératrice et son fils Henri. Au nom de ce dernier, l’évêque de Verdun jura que le roi des Romans observerait les traités que venait de conclure l’empereur. Enfin, le 14 août, en l’église de Saint- Marc, le pape prononça l’excommunication contre tous ceux qui violeraient les traités qui avaient été conclus.
Le même jour, les ambassadeurs siciliens s’embarquèrent et gagnèrent Barletta où ils arrivèrent le 22 août ?. Ils informèrent aussitôt Guillaume IT de l’heureux accomplissement de leur mission. Sur l’ordre du roi, ils gagnèrent tous les deux Palerme, au début de novembre ; après avoir rendu compte de leur mission au roiet à son conseil, ils remirent un exemplaire du traité conclu avec Frédéric et le vidimus qui en avait été fait par Alexandre III. Invités par Guillaume IT à attendre à Palerme l’arrivée des envoyés de Barberousse, Romuald et Roger d’Andria demeurèrent plusieurs mois à la cour. Comme les ambassadeurs allemands n'’arrivaient pas, le comte d’Andria, au début du carême (22 février 1178), obtint la permission de se retirer. L'archevêque de Salerne prolongea son séjour à la cour jusqu'au milieu du carême. Nous ignorons la date à laquelle arrivèrent à Palerme les envoyés de Frédéric. Romuald mentionne leur arrivée seulement après qu'il a raconté les événements d'août 1178. Au nom de Guillaume II, Roger, comte d'Avellino, jura que le roi observerait le traité conclu.
Le retour des ambassadeurs allemands fut mouvementé ;: à Lagonegro, ils furent attaqués par des paysans et dépouillés ; on leur enleva même l’exemplaire du traité qui leur avait été délivré par la chancellerie royale. Les envoyés de Barberousse furent donc obligés de s'arrêter à Salerne; ils y séjournèrent jus-
1. Sur les actes rédigés, cf. Kehr, Zur Friedensurkunde Friedrichs 1 von Venedig, dans le Neues Archiv., t. XXVII (1902), p. 758 et suiv. 2. Romuald de Salerne, Loc. cit.
qu'à ce que la chancellerie leur eût fait parvenir un nouveau diplôme. En même temps arrivait un huissier de la cour chargé d'ordonner aux justiciers de punir les paysans qui avaient osé attaquer l'ambassade allemande. La répression fut sévère et des exécutions destinées à servir d'exemple eurent lieu à Salerne, à Troia, à Barletta, à Capoue et à San Germano.
Le traité de Venise assurant à la Sicile quinze ans de tranquillité devait permettre à Guillaume IT de poursuivre sur de loimtains théâtres la politique de conquêtes qui lui était chère. Bien des questions toutefois n'avaient pas été résolues par les conventions conclues; il ne semble point que Guillaume II s’en soit préoccupé et nous le verrons s’abandonner à son goût pour une politique d'expansion sans se préoccuper de la situation de ses États vis-à-vis del’empire. Alexandre IT paraît par le traité de Venise avoir triomphé de l'empire; pourtant, à examiner les choses de plus près, son succès au point de vue politique est assez médiocre. Sans doute, le traité de Venise à mis fin au schisme, mais le pape, même après sa réconciliation avec l'empereur, n'a pu soumettre le Sénat de Rome. Protégé par les armées allemandes, Alexandre [1] réussira à rentrer dans Rome, mais 1l ne pourra s'y mainteniret devra reprendre le chemin de l'exil 1. À vrai dire, à Venise, Frédéric I" a été le véritable vainqueur et le résultat le plus certain du traité a été, en séparant ses adversaires, de rendre son autorité plus forte en Italie.
Les relations d'Alexandre III et du roi de Sicile, postérieurement au traité de Venise, nous sont assez mal connues. En 1178, nous voyons que le pape, sur la plainte de Barberousse, s'adresse au comte d'Andria et à Tancrède de Lecce, grand justicier de la Pouille et de la Terre de Labour pour leur demander d'intervenir et de rappeler les sujets de leur maître qui, passés au
service des Grecs, attaquent le territoire de l'Eglise et celui de
l'empire ?. Très probablement, un certain nombre de Normands aidaient les Byzantins demeurés à Ancône *, et Frédéric connais-