‹ Histoire de la domination normande en Italie et en SicileChapitre 376 sur 742 · Cf. Toeche, op. cit., p. 54 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. Toeche, op. cit., p. 54 et suiv

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LA POLITIQUE ORIENTALE DE GUILLAUME Il

Il est très difficile de discerner dans quelle mesure s’est exercée l'influence personnelle de Guillaume II sur les événements dont le récit a rempli le précédent chapitre. Jusque vers 1184, l'orientation générale de la politique sicilienne vis-à-vis de l’empire et de la papauté est restée sensiblement la même que sous le règne de Guillaume I, et c'est seulement au moment où Guillaume IT à voulu donner libre cours à son goût pour les conquêtes lointaines que s'est produit un changement, marqué par le mariage de Constance avee Henri VI. Au contraire, la politique suivie par le roi de Sicile vis-à-vis de l'empire grec et des États mulsumans diffère profondément de celle de Guillaume Ier. On a vu que celui-ci, sous l'inspiration de Maion, avait renoncé à toute idée d'expansion lointaine et avait abandonné ses possessions africaines. De même, pendant ses guerres avec le basileus, le fils de Roger II n’a Jamais songé à s'emparer du trône de Constantinople et s’est borné à faire ravager par sa flotte les côtes de l'empire. La politique alors inaugurée ne ressemble gutre à celle qu'avait suivie les premiers princes normands, Guiscard, le comte Roger et Roger Il, qui toujours s'étaient montrés favorables aux lointaines conquêtes et aux expéditions aventureuses.

Les difficultés intérieures et extérieures, avec lesquelles Guil-

laume Ie s'était trouvé aux prises, Justifient amplement sa conduite, Son exemple ne fut point imité par Guillaume II qui revint à une politique d'expansion et chercha en Orient, en Grèce et en Afrique à étendre la puissance normande. Il semble bien qu'il faille attribuer au roi lui-même l'initiative des diverses tentatives que nous allons raconter. Celles-ci, en effet, n'ont eu lieu qu'après que Guillaume II eut atteint sa majorité. Nous

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savons d'autre part que l’archevêque de Palerme était opposé à cette politique d'aventures et ne se montra point partisan des projets de Guillaume IT sur Byzance !. Formé à l’école de Maion, Mathieu d'Ajello, très probablement, devait partager les idées de Gautier. Les affaires italiennes lui paraissaient amplement suffisantes pour occuper les forces du royaume de Sicile; sa conduite dans l'affaire du mariage de Constance nous montre qu'il était opposé à une politique aventureuse qui sacrifiait semblait-1l, les véritables intérêts de la monarchie sicilienne *, I] me parait donc que l’on peut dire à bon droit que c'est Guillaume IT lui-même qui a voulu reprendre dans le bassin oriental de la Méditerranée la politique suivie par son grand-père.

L'activité du roi de Sicile se porta sur deux théâtres très différents; 1l entreprit diverses expéditions contre les Musulmans et tenta de s'emparer de l'empire grec. En lançant ses troupes à l'attaque des possessions byzantines, Guillaume avait à cœur, non seulement de venger l’injure qui lui avait été faite en 1172, et d’abattre la puissance de l'ennemi héréditaire, mais encore il se plaisait à l'idée de ceindre la couronne impériale. Il semble que dans ses rapports avec les Musulmans, Guillaume IT ait été poussé par des mobiles analogues. En envoyant ses vaisseaux attaquer les possessions musulmanes, Guillaume II n'avait pas en vue les seuls intérêts du commerce sicilien ; il ne cherchait pas seulement à maintenir la liberté des communications entre l'Occident et les lieux saints, mais il rêvait aussi de devenir le protecteur des chrétiens d'Orient ?. Guillaume II a cru à l’utilité de la croisade et l’on ne doit pas oublier, en étudiant les premières guerres du roi de Sicile avec les Musulmans, que, quelques années plus tard, il songera à prendre la croix et favorisera de tout son pouvoir la troisième croisade.

Après l'abandon par Guillaume I°"des possessions normandes de

1. Eustathios, De Thessalonica a Latinis capta narratio (dans Corpus scriplorum historiae byzantinae, éd. de Bonn), p. #21.

2. Richard de San Germano, dans M.G.HL.SS., t. XIX, pp. 323-324.

3. Cf. Romuald de Salerne, dans M.G.H.SS., t. XIX, p. 456, et Sigeb. Cont. Aquicinct., dans M.G.H.SS, t. VI, p. 425.

DR ne 2:

l'Afrique du Nord, les Almohades, avec Abdel Moumen et Abou Yacoub Youssouf, atteignirent le plus haut période de leur puissance !. Dès lors, les Normands ne cherchèrent plus à reprendre pied sur le littoral de l'Afrique; en effet, l’attaque de la flotte sicilienne contre El Medeah et Sousse, en 1163?, demeura un fait isolé et nous n'avons pas connaissance d’autres tentatives du même genre. Quand Guillaume IT se décida à reprendre les hostilités contre les Musulmans, le théâtre de la guerre changea. Ce ne sont plus, alors, les habitants des villes

du littoral de l'Algérie ou de la Tunisie qui ont à redouter

l'apparition des vaisseaux siciliens; c’est en Egypte que le roi de Sicile cherche à frapper la puissance musulmane. L'intervention de Guillaume II fut sollicitée par les chrétiens de Terre Sainte, menacés du côté de l'Égypte par les progrès de l’'Atabek Nour ed-Diîn et de ses généraux. C'est là ce qui explique que, pendant quelque temps, Guillaume n'ait pas attaqué l'empire almohade. A diverses reprises, des demandes de secours furent adressées aux princes d'Occident, par les Latins établis en Terre-Sainte 3. C’est à la suite d’un appel de ce genre que, d'après certaines sources, Guillaume IT serait, en 1169, intervenu dans les affaires d'Orient; il aurait fourni au roi de Jérusalem l'appui de sa flotte pour assiéger Damiette. Al Makrisi est le seul auteur qui mentionne expressément la prééence des vaisseaux siciliens devant Damiette #. Ibn el Athir dit simplement que les Francs de Syrie demandèrent assistance aux Francs de Sicile, d'Espagne et des autres pays, et en reçurent des secours en hommes et en argent ?. Le chroniqueur arabe ne désigne pas spécialement les Normands d'Italie comme ayant pris part au siège de Damiette. Guillaume de Tyr ne parle pas de l'intervention du roi de Sicile 5. Il ne me semble pas que l’on

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